Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

vendredi 5 octobre 2012

Une occidentale en plein mariage balinais


Réveil à 6h et pomponage.
Si le taxi ne m’attend pas comme demandé, c’est rapidement que le staff de l’hôtel m’en appelle un et que je file vers le lieu du mariage, qui se reconnait facilement aux décorations en bambou qui encadrent la porte principale. Un peu impressionnée je rentre à petits pas, attendant que quelqu’un me demande quelque chose, et suis guidée sans question par des hommes et femmes tout sourire jusqu’au cœur de la cour de la maison, toute parée de guirlandes et d’offrandes pour l’occasion. J’y découvre deux adorables poupées, habillées et fardées en danseuses de legong à qui je peux enfin dire que je suis invitée par Mita. C’est justement la sœur de l’une d’elles et, finissant de se faire maquiller, elle me rejoint rapidement et me mets à l’aise.





Son père, sa mère viennent se présenter à moi et me remercier d’être venue, on me demande si j’ai soif, faim, on me dit de me balader à mon aise, de faire comme chez moi… tout le monde me sourit, partout, et je provoque même une franche animation dans le groupe de femmes qui s’installe pour jouer du gamelan dans la première cour. Ce n’est apparemment pas la première fois que Mita prend la liberté d’inviter des étrangers aux cérémonies de sa famille, car il lui tient à cœur de partager sa culture, et personne ne semble se demander ce que je fais là, à part moi.

Je commence donc à mitrailler soigneusement, quand le témoin de ma batterie se met à clignoter.
Non… ? Si. Décidément, je crois que je suis maudite par l’appareil photo, et par ma confiance en ma batterie…
Installée dans un coin, j’essaye de me faire toute petite et de ne déranger personne durant les préparatifs, mais on m’engage au contraire à aller voir, à fureter, à me rapprocher. La première cérémonie est donc celle du limage des dents. Deux par deux, un garçon et une fille, habillés comme des princes, les jeunes de la maison (Mita, sa sœur, son frère, leurs cousins…) sont amenés en procession vers l’esplanade centrale sur laquelle est dressé un lit immense où on les couche, les calant avec des coussins et les recouvrant de riches étoffes. On s'affaire autour d'eux, on les touche, les soutien, les réconforte.

Deux prêtres en blanc officient, maniant un petit marteau et un burin symbolique, et une lime qui, vu le bruit qu’elle rend, est tout sauf symbolique. Les jeunes adultes, relevés, se voient nettoyer la bouche avec de l’eau de noix de coco et du miel, puis ré-allongés pour un dernier petit coup de lime, et escortés jusqu’à leurs chaises. C’est là que je les rejoins pour discuter un peu de la cérémonie, de sa signification. Il m’apparaît rapidement qu’aucun de ces jeunes ne sait vraiment ce qu’ils doivent faire ni ce que représentent les fils noir, blanc et rouge garnis de pièces chinoises qu’on leur noue autour de la poitrine, maintenant en place une écharpe blanche, à part que ce sont des symboles sacrés. Symbolique encore, la prière au temple familiale, sous l’autorité d’une matriarche en blanc. En revanche, un paquet qu'ils portent en main, noué de soie dorée, est censé représenter leur engagement à se comporter comme de jeunes adultes responsables et dignes.

 Arrive Florian, un français, couchsurfer comme moi et tout comme moi invité à assister à la journée, et nous passerons le reste du temps ensemble, à goûter le buffet qui s’ouvre d’un seul coup, sans qu’on comprenne bien pourquoi, ou à essayer de comprendre la représentation d’opéra balinais qui est donnée pour les mariés. La vraie cérémonie de mariage a en fait eu lieu hier, et aujourd’hui il n’y a qu’une prière, et cette sorte de spectacle.

Alors que l'heure tourne, les garçons commencent à se débarasser de leurs couronnes, et les filles à peiner sous leurs lourdes coiffes dorées. Mais impossible pour elles de s'en défaire si facilement. Je suis invitée à les assister pour s’en débarrasser.  Car le lourd diadème et les dizaines d’épingles garnies de fleurs métalliques sont piqués directement dans leurs chignons. Les accessoires viennent peu à peu s’empiler dans d’immenses boîtes en plastique, tandis que nous officions sous le regard des photos de familles qu’ils ont manifestement été faire chez le photographe : fond affreux de rigueur et pause compassée de toute la famille. Florian et moi interrogeons Mita qui nous confirme que les costumes sont loués, et est aussi admirative que nous de la profusion de décorations, « toutes faites à la main ! » souligne-t-elle.  Quant aux immenses panneaux en polystyrène souhaitant les meilleurs vœux aux jeunes mariés, ils seront remportés par les fleuristes qui les ont fournis. J’ai eu un instant peur qu’ils soient obligés de les accrocher chez eux !

Les parents de Paraminata
C’est sur de francs merci et au revoir que je prends congé de mes hôtes, encore toute ébahie d'avoir été accueillie et intégrée à la fête de façon si naturelle et même remerciée pour cela.


jeudi 4 octobre 2012

Retour à Denpasar, mais pour une bonne raison!


Je suis invitée à un mariage balinais !
Un petit sculpteur sur bois
dans son atelier
C’est une drôle d’opportunité. En fait Opa, le garçon de plage de Kuta qui m’a hébergée une nuit a reçu une invitation ouverte par l’intermédiaire du réseau de couchsurfing balinais : Paraminata invite qui veut venir à participer aux cérémonies qui se dérouleront dans sa maison familiale le samedi 22 septembre. A savoir, une cérémonie collective de limage des dents, qui marque aussi le passage à l’âge adulte, et le mariage de son cousin. C’est très gentiment que Mita a répondu à mon texto et m’a confirmé que j’étais effectivement la bienvenue, et que je pouvais évidemment venir en costume traditionnel balinais, ce qui serait très apprécié. Les filles et nièces de Darta, le patron de Roda’s Homestay, sont mises à contribution pour me prêter une Kebaya, la chemise longue en dentelle rituelle, et un sash, la ceinture qui va avec, à nouer au-dessus du superbe sarong que maman avait acheté il y a dix ans et m’a laissé, et qui semble en fait être javanais. Un des nombreux jeunes de la famille se voit aussi confier la responsabilité de m’emmener à Denpasar en scooter, ce qui me reviendra moins cher que de prendre le bemo puis un taxi, est plus flexible et lui fera de l’argent de poche à lui. Laissant mon gros sac et la majeure partie de mes affaires à la guesthouse je pars donc pour un dernier tour de ville.

En s'éloignant du coeur d'Ubud, on est très vite dans les rizières, les petits villages. Partie pour me rapprocher du jardin aux hérons, je ne l'atteindrais jamais, car il est bien plus éloigné que prévu et qu'en prévision du mariage je veux me faire un soin des cheveux, histoire d'arriver toute clean demain.
Voulant faire au plus cheap, j'ai choisit le salon qui pratique le tarif le moins cher. Mal m'en a pris je pense. La "coiffeuse" passe son temps à papoter avec une autre fille, tout en me malaxant le cuir chevelu et les cheveux dans un geste qui me semble délirant tellement il tire sur les cheveux. Et ça dure, ça dure... Quand elle passe au massage du cou et des épaules inclut dans le forfait, je dois carrément lui dire d'aller moins fort, tellement c'est douloureux. Et au final, elle me lisse les cheveux en ne les séchant qu'à moitié. Gros fail... surtout qu'à 15h je retrouve mon petit chauffeur, et pause sur mon crâne endolori et encore humide le casque de mobylette qui ne va pas me quitter pendant deux heures...

Mon petit guide conduisant très vite, c’est peu rassurée que j’arrive à l’hôtel que j’ai réservé la veille, malgré les mauvaises critiques de tripadvisor, pour la simple raison que c’est le moins cher que j’ai pu trouver dans les parages du lieu du mariage. Il se trouve que les critiques sont largement injustifiées car le personnel est charmant, la chambre plutôt propre, et que je n’ai rien à redire sur la literie et les serviettes. C’est plus que je ne peux en dire de plusieurs autres endroits. 

 Je m’essaie alors à visiter un peu Denpasar, mais la circulation dantesque me fait prendre de longues minutes pour oser enfin traverser les routes. Arrivant près de ce qui ressemble à un petit marché, je décide d’aller y jeter un œil, aidée pour traverser par  Ketut, un local bien sympathique qui, quand je lui explique que je cherche une kebaya pour un mariage (parce qu’un brin de coquetterie fait que je n’aime pas trop celle prêtée par les filles de Darta), me prend entièrement en main. Et qu’il me ballade dans le marché qui s’étend en fait tout le long de la rivière et sur plusieurs étages, en un labyrinthe incroyable, et que je sollicite les vendeuses pour savoir où trouver une kebaya. Un premier essai d’une tunique magnifique et de son foulard assorti manque mal se terminer quand je comprends que la vendeuse et moi négocions avec un zéro d’écart et que je me suis complètement trompée sur la valeur de cette chemise, que je n’ai absolument pas les moyens de me payer. Mon charmant guide m’aide à me sortir de là, car il a bien compris que je n’ai pas beaucoup de sous et que de plus je ne vais porter cette chemise que demain. Et nous voilà repartis, jusqu’à des sous-sols où les marchandes qui rangent leurs étals me regardent passer avec un œil goguenard. Je dois bien être la seule européenne là-dedans et ne suis pas mécontente de jouer le poisson pilote. Je fini par lâcher prise et achète, après d’âpres négociations, une chemise en dentelle noire et un foulard jaune pâle qui, selon la vendeuse et ses voisines, me rendent très sexy… Pas sûre que ce soit approprié pour un mariage, mais il se fait tard et je fatigue.
Un vendeur de nourriture ambulant,
 la couleur de la carriole
 indique le type de nourriture
Je remercie mon guide, qui refuse tout argent, à part si j'ai quelques euros pour sa "collection" de pièces. Il est trop tôt pour l'inviter à manger et il est de plus attendu par sa femme donc je continue pour un petit tour dans la ville. Mais rapidement l’impression me prend que je n’y trouverais rien qui m’intéresse, et je retourne vers mon hôtel, pour manger dans un warung local à deux pas de ma chambre où je vais m’écraser vers 19h. J'en profite pour regarder un peu la télé et ce qu’elle révèle sur la culture locale. Publicités pour des compléments alimentaires et vedettes invariablement très blanches de peau, masterchef indonésien, échappées sauvages couleur locale et émission musicale, je balaye un peu les chaînes. Mais après plusieurs jours à me coucher tard et à peu dormir à cause du décalage horaire, je suis épuisée et sombre dès 20h.

mercredi 3 octobre 2012

Ubud, jour 2


Il semblerait que j’ai perdu l’intégralité des photos de cette journée. 
Une fausse manip de copie liée à Picasa probablement. La frustration est grande car cette journée a été riche en beauté, et les photos que j’en ai fait son probablement mes plus belles. Mais les souvenirs restent tout de même dans ma tête.
Ce jour-là, je suis allée me balader dans les rizières autour d’Ubud. Un arrêt au Lotus Café tout d’abord, pour contempler le magnifique bassin aux nénuphars qui s’étend devant le Puri Saraswati, et c’est parti pour une bonne ballade. Suivant les conseils d’un couple de français qui petit déjeunait près de moi ce matin à la guesthouse, je me dirige vers la rivière et ses ponts suspendus, afin de traverser à gué pour récupérer les escaliers qui mènent au temple et au début de la promenade (environ 6 kilomètres). Mais arrivée au gué, une surprise m’attend. Sur la grosse pierre ronde qui permet de traverser à pied sec, se tient une petite cérémonie domestique. Une femme en blanc la mène, et ses quelques ouailles sont tout à leurs offrandes et prières. Pas question de passer par là. Je rebrousse donc chemin et traverse la cour d’une école toute proche pour récupérer mon itinéraire.

Le soleil cogne dur et je sue à grande eau dans la chaleur humide qui monte des palmeraies qui bordent la rivière. Le long de son cours, des villas et hôtels luxueux s’étagent dans une verdure luxuriante, étalant leurs piscines et terrasses déportées jusqu’à l’extrême bord de la vallée. Il ne doit pas faire mauvais se payer des vacances de riches dans ces endroits paradisiaques. En attendant, moi je marché sous le cagnard, en grignotant des gateaux veggies et raw (sans cuisson) achetés la veille dans un magasin hyper branché. Le contraste est frappant entre cette nature vierge, les quelques villages qu’on y croise, et la branchitude soigneusement polissée et occidentalisée d’Ubud. Le petit village charmant que me décrivait papa a été bien modelé pour complaire aux touristes. Boutiques de fringues et restaurants bio/végétariens, galeries d’art, on se croirait plus à San Fransisco qu’en Indonésie à certains moments.

J’ai dû me perdre à un moment, et mon guide ne m’est d’aucune aide. Si l’itinéraire de balade dans les rizières est censé faire 6 kilomètres, cela fait bien plus longtemps que je marche. Pire, je me retrouve coincée sur une route assez passante, et sans espoir de trouver de chemin parallèle pour éviter de m’y faire klaxonner à tout bout de champ par scooters et camions. Les rizières sont loin et me voici de nouveau dans une forêt type jungle, que j’arpente durant de longs kilomètres, demandant mon chemin de loin en loin. J’y gagne la découverte des villages environnant, et l’arrivée par la JL Raya Sangginan, que j’envisageais justement d’arpenter. J’y trouve notamment un petit warung spécialisé dans les grillades, naughty nick où je commande un riz aux légumes tellement riche en gout que je n’arrive pas à en avaler plus de la moitié. C’est délicieux, mais simplement trop puissant, sans pour autant être épicé. Pour une fois qu’il n’y a pas de chili… en tout cas je commence à croire que je ne me ferais pas à la nourriture asiatique, même si je souffre moins ici qu’au Népal.

Juste en face de ma halte déjeunatoire, le Nekka museum, référence de la peinture balinaise. Très bien organisé l’édifice se constitue d’un jardin où plusieurs pavillons qui se succèdent et montrent la peinture balinaise telle qu’elle était à son origine (visages de profil, formes et costumes très stylisés, absence de perspective…), puis l’influence des peintres occidentaux venus s’installer dans la région, et décortique les changements survenus. Dans la peinture balinaise moderne, de nombreux styles semblent se côtoyer et certains tableaux me touchent vraiment énormément. Une bonne introduction à la peinture balinaise disait mon guide. Je veux bien le croire. Un des derniers pavillons renferme une collection de photos noir et blanc montrant la vie quotidienne balinaise au milieu du siècle dernier et les performances et entrainements d’un de leurs danseurs stars de Kacak et legong. Passionnant. C’est d’ailleurs le choix que j’ai fait pour ce soir, aller voir un spectacle de legong, au palais royal.

Mais il me reste encore de longs kilomètres avant d'arriver au centre ville. Sur le chemin, je croise un immense squat d'art contemporain, de charmantes rues adjacentes où je cherche en vain à me faire masser, car tous les salons sont plein, pour finalement échouer près de la rue principale pour un soin complet (massage d'1h+ gommage, bain aux fleurs et soin du visage). Si le massage est divin, je ne me sens pas plus douce du gommage, bien que je doute qu'il me reste une seule peau morte sur le corps. Attendant que la pièce soit nettoyée pour recevoir mon soin du visage, je m'amuse avec les pétales dans la baignoire, me sentant un peu nouille tout de même. Quant au soin du visage, c'est frais, à l'aloe vera, mais je ne vois pas de modifications drastique sur ma peau. Enfin, j'aurais essayé.

Pour cause de cérémonie au palais, la représentation est déplacée sur l’esplanade de danse adjacente. Ce second spectacle est rythmé cette fois par les tambours traditionnels et l’ensemble percussif de gamelans. Baignés de lumière, les musiciens et danseurs sont magnifiques, et les photos aussi. Certaines sont presque mystiques, baignées de la lumière des bougies, empruntes de spiritualité...
Grrrrr. 
Pourquoi a-t-il justement fallu que je supprime celles-ci ??? 
Enfin… La représentation finie je me précipite à mon homestay pour manger, car l’un des habitants m’a proposé de m’emmener vers 10h voir les cérémonies de son temple, qui pour le coup seront de vraies transes et de vraies danses, et non pas des représentations touristiques comme ce que je viens de voir. 
Mais une fois mon (délicieux) poisson englouti, impossible de mettre la main sur lui. Je n’ai évidemment pas pensé à demander son prénom et hors les deux jeunes gens qui servent encore au restaurant, personne dans la cour de la maison familiale. 
La fatigue me prenant, je laisse tomber, et file me coucher, non sans m’agacer d’entendre, tout près mais impossible à localiser, le son des gamelans d’une cérémonie au temple.
Levant la tête au ciel, je m'aperçois qu'ici, la lune est comme moi, elle a la tête en bas.

Ubud, jour 1, suite et fin


Avant d’aller voir mon premier spectacle de danses balinaises il me reste le temps de m’offrir un massage du dos et des épaules pour dissiper les séquelles de mon cours de yoga. L’effort a en tout cas eu le mérite de faire disparaître la douleur de mon cou, remplacée par celle des courbatures. Puissante, la malaxation travaille mes muscles et en extrait la douleur. Moi qui ne suis pas une grande habituée des salons de beauté, j’apprécie assez l’ambiance feutrée et très attentive du lieu, et remonte d’un pas léger demander à mon hôte quel est selon lui le meilleur spectacle à choisir parmi la dizaine qui sont présentés chaque soirs dans les temples de la ville.

 Sur ses conseils, ce sera du Kecak, une danse tirée de la mythologie et rythmée par le chant d’une centaine d’hommes assis en cercles autour de l’espace scénique. Le pitch est assez simple : une princesse se fait enlever par un méchant et son prince la cherche partout, lorsque son grand ami singe vient le trouver pour lui dire où est la princesse et l’aider à la récupérer en se battant contre les méchants. 

Décidément les princesses sont toujours des nouilles, quelle que soit la culture.

Située dans un temple annexe joliment éclairé de lampes à huiles la prestation dure 1h30, un sacré exploit vocal car le tchaktchak des chanteurs ne s’arrête quasi jamais. A observer, il me semble que les vocalises sont régies par le même système de code que la danse tribale : chaque participant connait un certain nombre de figures imposées, annoncées par un code que lance le meneur. Ici il s’agit d’un mot, qui donne la tonalité de la variation rythmique suivante. Les mouvements qui accompagnent certains sons doivent faire partie de ces unités apprises par coeur. 
Pour ce qui est des danses en elles-mêmes, elles sont codifiées à l’extrême et très précises, mais d’une esthétique tout à fait étrangère. Les costumes, riches d’or et de couleurs flamboyantes, luisent doucement à la lumière des bougies.


Suit une transe de feu qui était bien plus impressionnante sur le papier. 
Un homme «en transe», harnaché d’une sorte de destrier en bois, shoote dans des tas de coques de noix de coco enflammées et les disperse violemment, tandis que deux assistants les regroupent régulièrement en de nouveaux tas. Pas de marche sur les braises au sens propre donc, et vu la vitesse des mouvements, la transe n’est probablement pas nécessaire pour éviter les brûlures. Quelle mécréante et sceptique je fais…



Ubud, jour 1, partie 2



Direction donc la forêt des singes, avec un arrêt dans un warung qui s’autoproclame le moins cher de la ville, faute de trouver celui que recommande mon guide. Riz blanc, épinards et haricots. J’ai des souvenirs du Népal qui remontent. Le thé glacé est bon, très sucré, comme tous ceux que j’ai commandés jusqu’ici et ceux qui suivront.


Si la forêt est sacrée, et que les singes qui la peuplent le sont tout autant, cela n’empêche pas que les touristes sont ici comme ailleurs les bienvenus pour dépenser leurs roupies. Nombreux sont ceux à acheter des fruits aux marchands commodément placés, pour pouvoir les donner aux singes, et se faire photographier avec. La forêt en elle-même, si elle a plus la taille d’un bois, a en tout cas toute la luxuriance d’une jungle. Mais une jungle domptée, parsemée de statues magnifiques ou effrayantes, et comportant une sorte de rond-point en son centre. On y trouve aussi trois temples dont un avec un bassin d’eau (sacrée) avec des poissons (sacrés), un vraiment majeur, dont les degrés extérieurs sont gardés par des rangées de statues de héros, et une aire de crémation, qui est malheureusement en travaux.

 Les statues aidant, un petit air de jurassique dans cette jungle sacrée. 




Une simple feuille, mais ici  la nature a des proportions délirantes. 

 C'est le contraste d'Ubud : des statues incroyables parsèment la rue qui remonte de la forêt des singes, et autour d'elles ce scooter et ce panneau, tout est intégré, spiritualité et religion sont des éléments intrinsèques de la vie.


Là encore, contraste, on tourne au coin d'une grande rue et paf, une rizière, nous sommes en pleine ville, à deux pas de son coeur grouillant.



Une autre entrée de villa. Certaines personnes doivent être fort riches par ici.

Ubud, Jour 1, partie 1

Au réveil, Jay a retrouvé sa réserve.
Il me rejoint cependant au jardin, où je suis sortie pour un petit tour matinal et prendre mieux conscience de l’étendue du lieu où nous sommes, et qui semble bien lui appartenir. Il y a plusieurs villas, un spa privé, une piscine et un potager où poussent péniblement ses premiers essais de plantation. 

 Nous déjeunons quasi en silence des pancakes à la banane et de la salade de fruits (les premiers d’une longue série) que nous prépare sa cuisinière et puis il me dépose à la guesthouse que j’avais repéré et appelé la veille.
Égrenés autour d’un charmant jardin central, les bâtiments de la guesthouse sont très mignons et semblent très propres. Au deuxième étage, terrasse, balcon et lit deux places, la chambre est très bien et, si elle est plus chère qu’annoncé dans mon guide, me convient tout de même pour ce soir. Je la prends donc et commence à m’y installer, préparant même mon linge à donner à laver. Mais lorsque le garçon revient prendre mon identité pour le check-in je l’interroge sur un point que souligne mon guide Petit Futé et nous découvrons ensemble que je me suis trompée d’endroit. A une lettre. Je suis en effet au Rodah Homestay et non au Rojah Homestay, qui sont tous deux situés dans Jalan Kajeng.
Désolée, je me confonds en excuse et explique au pauvre garçon que j’ai déjà prévenu l’autre guesthouse et que la politesse veut que je m’y rende. Je récupère donc mes affaires et fait trois cent mètres. Dommage, car les chambres qui étaient encore disponibles la veille ne le sont plus ce matin chez Rojah, mais celui-ci me propose une chambrette un peu miteuse mais propre et très peu chère, collée à la piscine de la maison et en plein milieu de sa cour. Ou bien une plus luxueuse, au milieu des rizières, mais plus chère. Va pour la miteuse ce soir, celle digne d’une retraite d’amoureux sera pour demain.


Je confie donc mes affaires à laver au patron de la guesthouse et file visiter la ville. Aujourd’hui, direction la monkey forest road. Le palais royal me retient d’abord, avec ses murailles et ses portails sculptés. La majeure partie des bâtiments sont fermés au public, car les descendants de la famille royale vivent encore dans certaines des parties du palais. J’en croise d’ailleurs quelques-uns, et m’amuse de les voir habillés en sarong-t-shirt, comme tout le monde ici. M’éloignant un peu du circuit bien délimité réservé au touriste, j’entraperçois ce Garuda (le véhicule de Vishnu) polychrome blotti dans la végétation. L’endroit est joli, tout apprêté pour recevoir les démonstrations de legong qui s’y déroulent le soir, mais pas aussi exceptionnel que je m’y attendais.

 Presque en face, le marché étale ses étages (un de plein pied, un souterrain et un en hauteur, au moins) et ses étalages, bardés d’artisanat pour touristes. On y trouve aussi de véritables échoppes locales, pour peu qu’on s’enfonce un peu dans le dédale. Dans les profondeurs du sous-sol, magasins d’épices et stands de nourritures rivalisent pour remplir d’odeur la pénombre moite. Si je commence à avoir faim, je ne me sens pas assez téméraire pour tester les mets étalés là, parfois à même le bois des tables, dont on ne sait si elles sont noires de patine ou de crasse.

Les femmes des stands sont excessivement insistantes, et je m'applique à ne rien regarder, pour décourager les propositions. Une robe m'attire tout de même l'oeil, mais mon sac est tellement plein déjà que je n'ai de place pour rien. Un bon rempart contre la tentation. Dommage car contrairement à Kuta, ici certaines choses ont l'air joli.
A l'extérieur, dans un des milliards de temple qui parsème la ville et le pays, des femmes font leurs dévotions matinales.



Temple? Entrée d'hôtel de luxe?
Non non, c'est le portail d'une maison, rien de plus, mais ici tout est magnifique.

Mardi toujours, bouger enfin sur Ubud

Alors que posée dans un restaurant au bord de plage, j'essaie de me remettre de ma séance de yoga de ce matin qui m'a laissée toute fébrile, ce que la longue marche sur la plage de semyniak avec tous mes sacs n'a pas aidé à arranger, je reçois enfin LE texto. "Votre appareil photo canon est réparé, vous pouvez venir le chercher." A peine le temps de finir mon apple mojito et mes tempuras de poisson et je saute dans un taxi direction Denpasar, pour récupérer mon précieux et avoir le temps ensuite d'aller directement à Ubud depuis la gare de bémo.

 Mon taxi essaie évidemment de me convaincre que ce sera moins cher pour moi de l'engager jusqu'à Ubud, mais un rapide calcul me convainc que non, et c'est de très mauvaise grâce qu'il me ramène à Kuta, pour que je puisse prendre la navette tant désirée. Ravie d'avoir retrouvé mon appareil, je commence à mitrailler dès la salle d'attente de l'agence de navette, qui cela dit vaut effectivement le coup d'oeil. Plantes en folie et bassin aux carpes, on ne se croirait pas vraiment dans une simple agence de transport de touristes, surtout pratiquant des tarifs aussi cheap.


Sanur,
un gardien de temple bien coloré
Attendre la navette ...
La route pour Ubud passe entre des dizaines de boutiques où les balinais peuvent trouver tout ce dont ils ont besoin pour ameubler leur temples domestiques et leurs jardins. Statues, autels, plantes en tout genre et de toutes tailles, retables… la profusion est telle qu’on imagine mal que qui que ce soit soit venu acheter quoi que ce soit depuis des années, et pourtant… Des ganeshs vert bouteille, des boudahs de trois mètres dont on comprend mal comment l’acheteur peut les faire transporter jusqu’à sa demeure, des statues couchées, assises, avec huit bras… Les visages de pierre se succèdent et défilent devant les fenêtres du bémo grinçant qui m’amène en presque deux heures à Ubud.
 Avec le rêve que m’avait vendu papa, je m’attendais en arrivant à Ubud à être dans un petit village emprunt de mysticisme. La réalité est tout autre, mais les lieux ont dû tellement changer en dix ans… A l’arrivée, j’attends Jay, mon hôte de couch surfing de ce soir, qui doit venir me chercher en mob. Un texto de lui me prévient qu’il y a une procession sur la route, qui devrait le retarder d’un quart d’heure…. « This is Bali » lui réponds-je dans un sourire, en sirotant mon thé glacé, bien installée dans le café juste en face du terminal Perama.

Au premier abord, Jay n’est pas facile d’accès. Au deuxième non plus à la réflexion. Embarquée sur son scooter, dans le jour qui décline, nous quittons le centre-ville pour nous retrouver au milieu des rizières, sur des chemins à peine plus large que la moto. Voilà de quoi me faire sérieusement repenser à l’option de louer un scooter. 
Jay me fait entrer ce qui semble au départ être un hôtel de luxe. A aucun moment je ne comprendrais vraiment ce qu’est cet endroit, mais à mesure que je le découvre, j’hallucine de plus en plus. Un salon extérieur, une immense piscine, partout des plantes et des statues dans un jardin léché à l’extrême. 
Abasourdie, je suis mon hôte sur de petits chemins de pierre qui nous font passer devant des villas pour arriver enfin devant une construction moderne, incroyablement haute de plafond et meublée de ce qui, même à mes yeux de profane, est clairement un ensemble de pièces uniques et d’œuvres d’art. 
Jay, toujours distant, me montre ma chambre, où une baie vitrée immense donnant sur un mur végétal éclaire un lit king size, et m’indique la salle de bain, pour que je puisse m’y rafraichir. La salle de bain… A elle seule, elle doit être plus grande que mon premier studio à Paris.
 Plongé dans son ordinateur, Jay ne m’accorde pas vraiment d’attention lorsque j’en émerge, sinon pour me demander du bout des lèvres si j’ai mangé et ce que je voudrais manger. Je commence à avoir l’impression persistante qu’il n’est pas enchanté de ma présence. Il a pourtant accepté ma requête… Le tête à tête autour du repas risque d’être bien froid… Et pourtant non, pas du tout. Après avoir trouvé un resto où le bâtiment principal a une architecture javanaise et dont la pelouse est parsemée de petites tables en bambou, mon hôte se met brusquement à me parler et nous en venons rapidement à aborder quasi les mêmes thèmes que ceux dont j’ai déjà parlé avec Anthony en cette première nuit à Kuta. Complot mondial, rôle des banques et du FBI dans les attentats du 11 Septembre, envie de retourner à une vie plus saine, plus détachée du système, et de cultiver ses légumes en permaculture, décidément, soit le monde change, soit les gens que je rencontre font de plus en plus partie du même cercle de pensée, de la même noosphère.

Il se trouve que j’ai la chance d’être à Ubud pour l’anniversaire des temples, qui se produit tous les 210 jours et il y a justement une cérémonie au Pura Dalem Ubud ce soir. Jay m’y laisse, sur la promesse qu’un de ses (sept) employés viendra me chercher vers 10h15. Un sarong d’emprunt noué autour de la taille et une fleur à l’oreille, je monte donc au temple m’entasser avec les fidèles pour une longue prière collective où les offrandes se succèdent. Coincée près de la sortie, contre une suisse, j’observe puis me fait bénir par leur prêtre et manque faire une grosse bourde lorsqu’il me donne un peu de riz que je porte à ma bouche. Ce riz-là est pour marquer qu’on a prié et se dépose sur le front, les tempes et le creux de la gorge. Mais sur moi comme sur ma camarade étrangère, le riz ne colle pas… On se regarde et on rigole. On a apparemment loupé les danses legong pour ce soir et je rejoins le boy de Jay, qui me dépose à la villa, en passant de nouveau par ce chemin effrayant dans les rizières.