Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

lundi 8 octobre 2012

Roadtrip jour 2



Réveil à 3 heures du mat’ par le mec de l’hôtel qui tambourine à la porte. On saute dans nos fringues et on sort pour prendre le thé prévu  et attendre la voiture qui doit venir nous chercher. Le ciel est magnifique et j’aperçois même Orion et les Pléïades, comme à la maison. Il me semble aussi voir Cassiopée, mais je n’en suis pas certaine. Au final, pas de thé, et on nous dit de prendre la mob’ avec laquelle on suit bien passivement le gars jusqu’au parking de départ des treks. Là il nous remet entre les mains de notre guide, qui enfourche également sa mob’ et commence à grimper le sentier de randonnée. Dion et moi on se regarde en se demandant à quoi tout ça correspond au juste. On nous avait dit qu’une voiture viendrait nous chercher et qu’on rejoindrait deux autres personnes, que c’était même pour ça que j’étais obligée de prendre le grand tour, parce qu’eux l’avaient choisi et qu’il fallait constituer des groupes… Ça monte raide et clairement la mob’ de Dion peut pas suivre. Je finis par descendre en marche, (vu qu’on est presque à l’arrêt), furieuse et dit au guide qu’on arrête là. « Tu aimes pas la moto ? » qu’il me demande. Heu, c’est pas le problème mais au cas où tu aurais pas remarqué (manifestement, il n’a pas remarqué) on va pas y arriver là, donc on va y aller à pied, comme tous les autres clampins. Car des clampins il y en a. Des centaines de touristes avec leurs lampes frontales. Ca on ne risquait pas de se perdre, c’est sur que la présence d’un guide était IN-DIS-PEN-SABLE.  Je suis fumasse et ça ne s’arrange pas quand je me rend compte qu’il ne m’adresse pas la parole et ne parle qu’avec Dion. Donc moi je peux galérer ou mourir de froid/ de soif, il s’en fout le guide. Heureusement la montée se fait bien, c’est un peu raide mais pas si difficile.
D’autant que c’est très court. A l’arrivée là-haut, nouvelle surprise : le petit déjeuner compris dans le prix du « trek » ne comprend pas le thé ou le café, qu’on doit payer, et moi je suis évidemment partie sans rien prendre, puisqu’on nous avait dit que c’était inclut. Toujours pas trace des autres touristes qu’on devait rejoindre, il n’y avait donc aucune raison que je prenne le grand tour et j’aurais pu payer juste pour la montée. Bref, l’humeur ne s’arrange pas. Mais le soleil se montre bientôt, et ça change pas mal les choses. Bon. C’est beau quand même ici. 

Oh et puis tiens, maintenant que le soleil est levé et qu’on fait un tour près des autres cratères (ben ouais, j’ai signé pour le grand tour hein…) le guide m’adresse un peu la parole, dans un anglais hésitant, pour me donner quelques infos sur le volcan, et sur les touristes malheureux qui sont morts en faisant les andouilles dans le coin. Sympa. Je comprends en tout cas que c’est en partie pour ça qu’ils imposent un guide, car s’il arrive un accident, ils ont la responsabilité du volcan, qui est sacré (nooonn ???) et ils doivent descendre chercher le corps. Heu, oui enfin vu qu’il est jamais à côté de moi, si je me casse la gueule je doute qu’il soit en mesure de me rattraper hein. Mais bon. Le « grand » tour n’est pas particulièrement intéressant, on va voir le nouveau cratère etc, mais on ne monte même pas au sommet, là d’où on est censé voir jusqu’à la mer, parce que c’est pas dans le trajet prévu et que vu qu’on a laissé la mob’ en route et pas sur le parking, il faut redescendre par le même itinéraire. GRUMPH. Décidemment.









Arrivés en bas le guide me dit à peine au revoir (mais se fait prendre en photo avec Dion…) et on rentre en mob’ à l’hôtel, où le gars qui m’a vendu le trek n’est miraculeusement pas là. Moi qui avais bien l’intention de l’engueuler et de faire un scandale, j’en suis pour mes frais. On avait caressé l’idée d’aller ensuite aux sources chaudes, mais les photos aperçues hier m’ont montré qu’il s’agit simplement d’une bête piscine, mais remplie d’eau rendue chaude par le volcan… cheap, alors on bouge sur Besakih. Heureusement, le mec de la réception nous aide gentiment à remonter la côte inouïe que nous avons descendue hier, en me prenant en croupe sur son scooter pendant que Dion remonte péniblement mon sac sur le sien. La montée est presque plus flippante que la descente. 
 Sur le chemin, on se fait arrêter par une femme qui se jette en travers de la route et nous demande si nous aller bien à Besakih. Heu… oui ? Elle commence alors à nous bénir, à bénir la mob’, à placer des offrandes dessus, car il y a une cérémonie au temple, à nous déposer du riz sur le front et la gorge (tiens, celui-là colle). Je trouve ça relativement sympa et folklorique, même si je me doute bien qu’une donation est attendue. En fait, elle n’est pas attendue mais exigée, pour les fleurs soit disant, et le montant est même précisé : 40 000 roupies. Heu… mais c’est-à-dire qu’on mange pour deux à ce prix-là. Oui. Sauf que la petite bonne femme est  toujours entre la route et nous, et moi je suis bêtement descendue de moto. Je lui lâche donc un billet de 50 000 en grimaçant, et comme elle n’a pas la monnaie, évidemment, elle me remercie. J’ai l’impression que c’est ma journée pigeon…
Notre fidele mob, toute couverte d'offrandes
Et l’impression ne s’arrange pas en arrivant à Besakih, où je me fais sauter dessus par deux mégères qui me mettent presque de force dans la main les offrandes qu’elles veulent à tout prix me vendre « Parce qu’il y a une cérémonie dans le temple aujourd’hui ». Mais tu m’emmerdes ! Il y a tout le temps des cérémonies ici, alors non j’en veux pas de tes offrandes. Scrogneugneuuuuuuu. Je deviens rien moins que sympa et elles lâchent prise de mauvaise grâce, tandis que je me drape en grommelant dans mon sarong. Evidemment, arrivée à l’entrée on me « propose » un guide. Oh oui bien sur que je peux y aller sans, mais je ne saurais pas où j’ai le droit ou pas le droit d’aller, et si j’ai le droit de prendre des photos, et puis je n’aurais pas d’explications… Evidemment… Mais le responsable des guides est conciliant et voit bien que je suis à la fois perdue et énervée, il m’explique donc que je peux donner ce qui est dans mes moyens, et que j’aurais tout de même un guide, quel que soit le montant. Je ne sais plus combien je laisse, mais je sais que c’est peu. Et effectivement, un guide, charmant au demeurant, me prend en charge et commence par me complimenter sur le fait que je porte le costume traditionnel complet (« ben oui, on m’avait dit qu’il y avait une cérémonie alors euhh… »). Au final, je ne regrette pas d’avoir sacrifié à l’obligation du guide, parce qu’il m’emmène en effet dans des coins que je n’aurais pas trouvé toute seule, et où je suis d’ailleurs la seule touriste, et me fait même une petite démonstration de gamelan pour moi seule. Et puis j’y gagne de nombreuses photos « moi devant le temple truc ; moi devant le temple bidule » dont voici un petit échantillon.















On repique ensuite vers Klungkung et Tirtagganga, où j’ai dit à Dion que je voulais passer la nuit, et on passe dans un superbe paysage de rizières avant de s’arrêter en bord de route pour gouter un Durian. C’est Dion qui régale, et je m’efforce dont de surmonter l’odeur (atroce), la texture (gluante) et le gout (étrange). Au final, ce n’est pas si pire, c’est même presque pas mal, dans le genre asperge très sucrée. Et ça reste en bouche. Longtemps. Je ne suis pas si sûre que j’aime ça, mais Dion adore et il en mange bien les 2/3. 

On ne s’est encore une fois pas compris sur la route à prendre, et, la fatigue aidant, Dion me dit que clairement, il n’ira pas jusqu’à Tirtagganga. C’est vrai qu’on s’est levés à 3h, et que lui il conduit. Alors, sur la promesse qu’on repassera de toute façon par Klungkung pour rentrer sur Sanur dans deux jours, cap sur Padang Bay, petit port de pêche et de départ de ferries qui a l’air bien sympathique. On s’y trouve un hôtel pas cher avec accès internet, et on s’y écroule pour une bonne sieste, dans une immense chambre twin avec salle de bain extérieure. Oui. Dehors. Mais avec un mur pour préserver notre intimité tout de même. J’adore le concept !


Plus tard, on va se balader au bord de mer, repérant le petit warung où on mangera ce soir, et jusqu’au blue lagoon, une minuscule crique où se niche un café avec des transats en bambous, fermé à l’heure où nous arrivons. Il ne reste plus sur la plage de sable blanc que deux jeunes balinais qui jouent dans les vagues. L’endroit n’a pas volé son nom. L’eau est couleur de menthe glaciale, et on s’étonne même qu’elle soit si chaude autour des chevilles. 



Petit repas de poisson puis un verre dans un bar complètement psychédélique tenu par des hollandais, et puis au dodo, de nouveau.

samedi 6 octobre 2012

Dimanche 23 - 1er jour du road trip

L'étape d'aujourd'hui doit rejoindre le Mont Batur, que j'ai prévu de grimper demain matin, pour aller voir le lever de soleil. Mais avant, il y a tout un tas de monuments et de sites que je veux voir au Nord d'Ubud. A commencer par Goah Gajah, la grotte de l'éléphant. Si la grotte en elle-même n'est pas très profonde (elle recèle trois petits autels) le complexe autour est situé dans une très belle jungle et le lieu fourmille de la préparation de futures cérémonies.




Puisque j'ai acheté une Kebaya, autant m'en servir

Dion, qui crâne dans son sarong d'emprunt


Direction ensuite Gunung Kawi, lieu de sépultures royales et ancien lieu de vie d'une communauté de moines. On y descend par un escalier de pierre bordé de petits marchands qui vendent notamment des noix de coco sculptées, et, si j'avais de la place dans mon sac, je pense que je craquerais. En parlant de sac, voilà un paramètre que je n'avais pas pris en compte en choisissant un guide à moto : à chaque halte, on peut certes laisser les casques sur le scooter, car ça ne risque rien, mais que faire de mon gros sac? Dion prend les choses en main, et sur chaque site sollicite la bienveillance d'un vendeur, pour qu'il accepte que nous posions nos affaires dans sa boutique. J'apprend à dire les différents bonjour de la journée et "merci beaucoup" (Terima Kasih) en Indonésien, ça me servira pas mal ces prochains jours. On va aussi pas mal éviter les flics, car Dion a perdu ses papiers, donc son permis, et que vu qu'il conduit une touriste, la police peut lui demander des comptes. Bon, j'aurais bien aimé savoir ça avant...







Moi qui ne suis pas du tout photo type "Moi devant ceci, moi devant cela",
avec Dion, il est dur d'y échapper, alors je me laisse faire.

Après Gunung Kawi, Dion est près à monter directement vers le Batur, et c'est là que je me rend compte qu'on ne s'est pas parfaitement compris hier quand je lui montrais la carte, car il y a d'autres choses que je veux voir encore. Il me précise que ce n'est pas du tout la route mais vu que je reste silencieuse à lui sourire, il ré-enfourche le scoot' et nous voilà repartis. C'est une scène qui va se répéter plusieurs fois les prochains jours : je lui précise où je veux qu'on aille, et ce n'est pas du tout ce qu'on fait, ou imparfaitement...

En tout cas, il m'emmène de lui-même d'abord à Tirta Empul, lieu où les sources sont sacrées (comme presque partout ici) mais où surtout les pélerins viennent s'immerger pour se purifier. La scène est effectivement impressionnante : des centaines de personnes de tout âge, immergées jusqu'au dessus de la taille, font la queue dans les bassins, en attendant de pouvoir déposer leurs offrandes et s'asperger aux bouches qui crachent l'eau sacrée.























Puisque vraiment j'insiste, on pousse jusqu'au Pura Gunung Kawi de Sebatu, qui est un autre site que celui des tombes, mais que je ne regarde que du haut de la colline, car il se fait tard et nous avons encore de la route. La vue en tout cas est un enchantement.



L'arrivée en haut du Batur me fait prendre conscience des limites de la motocyclette de Dion, qui peine parfois dans les montées. Il faut dire que ça grimpe. On passe des pleines rizicoles à des champs et des pré-vergers pentus, où je découvre les co-cultures effectuées et les petits stands de fruits dispersés au bord de la route. Avec leurs pyramides bien nettes de fruits mûrs et fraîchement cueillis, ils donnent envie. Pour entrer dans la zone du Batur, il faut payer une taxe, et aussitôt un rabatteur nous saute dessus pour nous proposer un hôtel. J'ai déjà repéré une guesthouse, mais le prix est dans ma fourchette, et je laisse faire. On suit donc son scooter dans une descente complètement vertigineuse et flippante, dont on sorts convaincus qu'on n'arrivera jamais à la remonter demain, à deux sur la mob avec les sacs. Les chambres sont correctes, avec une belle vue sur le lac, et on reste donc là.

La vue sur le Batur, pris depuis la lèvre du cratère primordial
S'ensuit une farouche négociation pour le prix du trek pour voir le lever du soleil du haut du Batur, car l'hôtel l'organise. Il est bien précisé dans mon guide qu'on est pas obligé d'avoir recours à un guide, mais les employé de l'hôtel ne veulent rien entendre, et Dion ne m'est pas d'une grande aide car il refuse de prendre la responsabilité de m'y emmener seuls. Soit, très bien, puisque je n'ai pas le choix manifestement... Combien? 1 000 000 roupies. PARDON??? COMBIEN? Il est juste hors de question que je paye 100€ pour nous deux. Après que je leur ai dit que puisque c'était comme ça, rien à faire, je ne monterais pas et je me contenterais de profiter de la vue d'en bas, "juste pour moi" ils baissent le prix de moitié. De moitié? Mais on marche sur la tête... Dion me dit qu'il ne comprend pas, qu'il n'est pas censé payer puisqu'il est un local. Très bien, donc ils ne me font pas du tout une fleur, je me fait juste enfler. Je suis furieuse mais j'en ai marre, alors je paye et on file voir le lac d'un peu plus près. 

Lac d'eau douce plein de poissons, le Batur fourmille de pêcheurs

On m'avait prévenu, ici les sollicitations sont bien plus agressives qu'ailleurs sur Bali, et ça se confirme. Même Dion finit par craquer sous la pression d'une petite bonne femme, à qui il achète un bracelet dont il ne voulait pas. On attrape un paquet de chips, et on change d'endroit, allant se poser au bord du lac pour voir le coucher de soleil, puis dans un resto de poisson que mon guide recommande. Étrangement, c'est complètement mort. Après nous avoir cuisiné le meilleur poisson de lac que j'ai jamais mangé (ail, oignon et citron pour la sauce, et-c'est-tout! Pas un poil de chili) la patronne nous explique qu'un affaissement de terrain à eu lieu il y a quelques mois à cause de la pluie et que du coup le parking des sources chaudes voisines a été déplacé, ce qui a complètement tari l'afflux de touristes. Dire qu'ils venaient juste de refaire le restaurant...

Road trip, ça commence enfin, par un retour à Ubud

Dion est venu me chercher chez Paraminata, et après un crochet par sa chambre à Kuta (aussi simple mais moins miséreuse que celle d'Opa) nous filons vers Ubud. Enfin, filer, pas tout à fait, parce que j'ai repéré plein de trucs que je veux voir sur le trajet, à commencer par un endroit très étrange qui ressemble à un temple tout blanc et or, mais qui est, m’apprend-il, un atelier de fabrication de bijoux en argent. Qui se visite.   On y va donc et je suis prise en charge par une charmante hôtesse qui me mène de poste de travail en poste de travail pour voir travailler les ouvriers, courbés sur leurs pinces, leurs loupes et leurs bandes polissantes, sous les ventilateurs qui rafraîchissent un peu l'air. La visite se termine évidemment par le magasin, indécent de luxe après les conditions de travail que je viens de voir. J'y cherche en vain une breloque suffisamment petite pour s'attacher au bracelet que m'a offert Fabien. La spécialité de l'atelier est la libellule, mais je n'en trouve aucune de la bonne taille et renonce. (Les photos sont sur mon téléphone, et je n'ai toujours pas de quoi les transférer.)
Dion me propose aussi de visiter un atelier de batik. En fait d'atelier il s'agit de quelques tables en plein air où des femmes dessinent à la cire sur des tissus, pour préparer les zones à préserver des bains de colorant. Tout ça m'est expliqué par une autre balinaise, qui me dirige ensuite vers la boutique, mais je décline et on ré-enfourche la moto direction Ubud cette fois. Retour chez Roda's homestay, mais cette fois dans la chambre des rizières, qui possède un deuxième lit, et que Dion accepte de partager avec moi, ce qui arrange bien mon budget. On va manger local, dans un petit warung puis prendre un verre qui nous coûte deux fois plus cher que notre repas dans un café avec de la musique live très sympa. Mon guide est assez silencieux mais cela me convient bien pour l'instant, et de toute façon je suis épuisée de ma journée.

vendredi 5 octobre 2012

Une occidentale en plein mariage balinais


Réveil à 6h et pomponage.
Si le taxi ne m’attend pas comme demandé, c’est rapidement que le staff de l’hôtel m’en appelle un et que je file vers le lieu du mariage, qui se reconnait facilement aux décorations en bambou qui encadrent la porte principale. Un peu impressionnée je rentre à petits pas, attendant que quelqu’un me demande quelque chose, et suis guidée sans question par des hommes et femmes tout sourire jusqu’au cœur de la cour de la maison, toute parée de guirlandes et d’offrandes pour l’occasion. J’y découvre deux adorables poupées, habillées et fardées en danseuses de legong à qui je peux enfin dire que je suis invitée par Mita. C’est justement la sœur de l’une d’elles et, finissant de se faire maquiller, elle me rejoint rapidement et me mets à l’aise.





Son père, sa mère viennent se présenter à moi et me remercier d’être venue, on me demande si j’ai soif, faim, on me dit de me balader à mon aise, de faire comme chez moi… tout le monde me sourit, partout, et je provoque même une franche animation dans le groupe de femmes qui s’installe pour jouer du gamelan dans la première cour. Ce n’est apparemment pas la première fois que Mita prend la liberté d’inviter des étrangers aux cérémonies de sa famille, car il lui tient à cœur de partager sa culture, et personne ne semble se demander ce que je fais là, à part moi.

Je commence donc à mitrailler soigneusement, quand le témoin de ma batterie se met à clignoter.
Non… ? Si. Décidément, je crois que je suis maudite par l’appareil photo, et par ma confiance en ma batterie…
Installée dans un coin, j’essaye de me faire toute petite et de ne déranger personne durant les préparatifs, mais on m’engage au contraire à aller voir, à fureter, à me rapprocher. La première cérémonie est donc celle du limage des dents. Deux par deux, un garçon et une fille, habillés comme des princes, les jeunes de la maison (Mita, sa sœur, son frère, leurs cousins…) sont amenés en procession vers l’esplanade centrale sur laquelle est dressé un lit immense où on les couche, les calant avec des coussins et les recouvrant de riches étoffes. On s'affaire autour d'eux, on les touche, les soutien, les réconforte.

Deux prêtres en blanc officient, maniant un petit marteau et un burin symbolique, et une lime qui, vu le bruit qu’elle rend, est tout sauf symbolique. Les jeunes adultes, relevés, se voient nettoyer la bouche avec de l’eau de noix de coco et du miel, puis ré-allongés pour un dernier petit coup de lime, et escortés jusqu’à leurs chaises. C’est là que je les rejoins pour discuter un peu de la cérémonie, de sa signification. Il m’apparaît rapidement qu’aucun de ces jeunes ne sait vraiment ce qu’ils doivent faire ni ce que représentent les fils noir, blanc et rouge garnis de pièces chinoises qu’on leur noue autour de la poitrine, maintenant en place une écharpe blanche, à part que ce sont des symboles sacrés. Symbolique encore, la prière au temple familiale, sous l’autorité d’une matriarche en blanc. En revanche, un paquet qu'ils portent en main, noué de soie dorée, est censé représenter leur engagement à se comporter comme de jeunes adultes responsables et dignes.

 Arrive Florian, un français, couchsurfer comme moi et tout comme moi invité à assister à la journée, et nous passerons le reste du temps ensemble, à goûter le buffet qui s’ouvre d’un seul coup, sans qu’on comprenne bien pourquoi, ou à essayer de comprendre la représentation d’opéra balinais qui est donnée pour les mariés. La vraie cérémonie de mariage a en fait eu lieu hier, et aujourd’hui il n’y a qu’une prière, et cette sorte de spectacle.

Alors que l'heure tourne, les garçons commencent à se débarasser de leurs couronnes, et les filles à peiner sous leurs lourdes coiffes dorées. Mais impossible pour elles de s'en défaire si facilement. Je suis invitée à les assister pour s’en débarrasser.  Car le lourd diadème et les dizaines d’épingles garnies de fleurs métalliques sont piqués directement dans leurs chignons. Les accessoires viennent peu à peu s’empiler dans d’immenses boîtes en plastique, tandis que nous officions sous le regard des photos de familles qu’ils ont manifestement été faire chez le photographe : fond affreux de rigueur et pause compassée de toute la famille. Florian et moi interrogeons Mita qui nous confirme que les costumes sont loués, et est aussi admirative que nous de la profusion de décorations, « toutes faites à la main ! » souligne-t-elle.  Quant aux immenses panneaux en polystyrène souhaitant les meilleurs vœux aux jeunes mariés, ils seront remportés par les fleuristes qui les ont fournis. J’ai eu un instant peur qu’ils soient obligés de les accrocher chez eux !

Les parents de Paraminata
C’est sur de francs merci et au revoir que je prends congé de mes hôtes, encore toute ébahie d'avoir été accueillie et intégrée à la fête de façon si naturelle et même remerciée pour cela.


jeudi 4 octobre 2012

Retour à Denpasar, mais pour une bonne raison!


Je suis invitée à un mariage balinais !
Un petit sculpteur sur bois
dans son atelier
C’est une drôle d’opportunité. En fait Opa, le garçon de plage de Kuta qui m’a hébergée une nuit a reçu une invitation ouverte par l’intermédiaire du réseau de couchsurfing balinais : Paraminata invite qui veut venir à participer aux cérémonies qui se dérouleront dans sa maison familiale le samedi 22 septembre. A savoir, une cérémonie collective de limage des dents, qui marque aussi le passage à l’âge adulte, et le mariage de son cousin. C’est très gentiment que Mita a répondu à mon texto et m’a confirmé que j’étais effectivement la bienvenue, et que je pouvais évidemment venir en costume traditionnel balinais, ce qui serait très apprécié. Les filles et nièces de Darta, le patron de Roda’s Homestay, sont mises à contribution pour me prêter une Kebaya, la chemise longue en dentelle rituelle, et un sash, la ceinture qui va avec, à nouer au-dessus du superbe sarong que maman avait acheté il y a dix ans et m’a laissé, et qui semble en fait être javanais. Un des nombreux jeunes de la famille se voit aussi confier la responsabilité de m’emmener à Denpasar en scooter, ce qui me reviendra moins cher que de prendre le bemo puis un taxi, est plus flexible et lui fera de l’argent de poche à lui. Laissant mon gros sac et la majeure partie de mes affaires à la guesthouse je pars donc pour un dernier tour de ville.

En s'éloignant du coeur d'Ubud, on est très vite dans les rizières, les petits villages. Partie pour me rapprocher du jardin aux hérons, je ne l'atteindrais jamais, car il est bien plus éloigné que prévu et qu'en prévision du mariage je veux me faire un soin des cheveux, histoire d'arriver toute clean demain.
Voulant faire au plus cheap, j'ai choisit le salon qui pratique le tarif le moins cher. Mal m'en a pris je pense. La "coiffeuse" passe son temps à papoter avec une autre fille, tout en me malaxant le cuir chevelu et les cheveux dans un geste qui me semble délirant tellement il tire sur les cheveux. Et ça dure, ça dure... Quand elle passe au massage du cou et des épaules inclut dans le forfait, je dois carrément lui dire d'aller moins fort, tellement c'est douloureux. Et au final, elle me lisse les cheveux en ne les séchant qu'à moitié. Gros fail... surtout qu'à 15h je retrouve mon petit chauffeur, et pause sur mon crâne endolori et encore humide le casque de mobylette qui ne va pas me quitter pendant deux heures...

Mon petit guide conduisant très vite, c’est peu rassurée que j’arrive à l’hôtel que j’ai réservé la veille, malgré les mauvaises critiques de tripadvisor, pour la simple raison que c’est le moins cher que j’ai pu trouver dans les parages du lieu du mariage. Il se trouve que les critiques sont largement injustifiées car le personnel est charmant, la chambre plutôt propre, et que je n’ai rien à redire sur la literie et les serviettes. C’est plus que je ne peux en dire de plusieurs autres endroits. 

 Je m’essaie alors à visiter un peu Denpasar, mais la circulation dantesque me fait prendre de longues minutes pour oser enfin traverser les routes. Arrivant près de ce qui ressemble à un petit marché, je décide d’aller y jeter un œil, aidée pour traverser par  Ketut, un local bien sympathique qui, quand je lui explique que je cherche une kebaya pour un mariage (parce qu’un brin de coquetterie fait que je n’aime pas trop celle prêtée par les filles de Darta), me prend entièrement en main. Et qu’il me ballade dans le marché qui s’étend en fait tout le long de la rivière et sur plusieurs étages, en un labyrinthe incroyable, et que je sollicite les vendeuses pour savoir où trouver une kebaya. Un premier essai d’une tunique magnifique et de son foulard assorti manque mal se terminer quand je comprends que la vendeuse et moi négocions avec un zéro d’écart et que je me suis complètement trompée sur la valeur de cette chemise, que je n’ai absolument pas les moyens de me payer. Mon charmant guide m’aide à me sortir de là, car il a bien compris que je n’ai pas beaucoup de sous et que de plus je ne vais porter cette chemise que demain. Et nous voilà repartis, jusqu’à des sous-sols où les marchandes qui rangent leurs étals me regardent passer avec un œil goguenard. Je dois bien être la seule européenne là-dedans et ne suis pas mécontente de jouer le poisson pilote. Je fini par lâcher prise et achète, après d’âpres négociations, une chemise en dentelle noire et un foulard jaune pâle qui, selon la vendeuse et ses voisines, me rendent très sexy… Pas sûre que ce soit approprié pour un mariage, mais il se fait tard et je fatigue.
Un vendeur de nourriture ambulant,
 la couleur de la carriole
 indique le type de nourriture
Je remercie mon guide, qui refuse tout argent, à part si j'ai quelques euros pour sa "collection" de pièces. Il est trop tôt pour l'inviter à manger et il est de plus attendu par sa femme donc je continue pour un petit tour dans la ville. Mais rapidement l’impression me prend que je n’y trouverais rien qui m’intéresse, et je retourne vers mon hôtel, pour manger dans un warung local à deux pas de ma chambre où je vais m’écraser vers 19h. J'en profite pour regarder un peu la télé et ce qu’elle révèle sur la culture locale. Publicités pour des compléments alimentaires et vedettes invariablement très blanches de peau, masterchef indonésien, échappées sauvages couleur locale et émission musicale, je balaye un peu les chaînes. Mais après plusieurs jours à me coucher tard et à peu dormir à cause du décalage horaire, je suis épuisée et sombre dès 20h.

mercredi 3 octobre 2012

Ubud, jour 2


Il semblerait que j’ai perdu l’intégralité des photos de cette journée. 
Une fausse manip de copie liée à Picasa probablement. La frustration est grande car cette journée a été riche en beauté, et les photos que j’en ai fait son probablement mes plus belles. Mais les souvenirs restent tout de même dans ma tête.
Ce jour-là, je suis allée me balader dans les rizières autour d’Ubud. Un arrêt au Lotus Café tout d’abord, pour contempler le magnifique bassin aux nénuphars qui s’étend devant le Puri Saraswati, et c’est parti pour une bonne ballade. Suivant les conseils d’un couple de français qui petit déjeunait près de moi ce matin à la guesthouse, je me dirige vers la rivière et ses ponts suspendus, afin de traverser à gué pour récupérer les escaliers qui mènent au temple et au début de la promenade (environ 6 kilomètres). Mais arrivée au gué, une surprise m’attend. Sur la grosse pierre ronde qui permet de traverser à pied sec, se tient une petite cérémonie domestique. Une femme en blanc la mène, et ses quelques ouailles sont tout à leurs offrandes et prières. Pas question de passer par là. Je rebrousse donc chemin et traverse la cour d’une école toute proche pour récupérer mon itinéraire.

Le soleil cogne dur et je sue à grande eau dans la chaleur humide qui monte des palmeraies qui bordent la rivière. Le long de son cours, des villas et hôtels luxueux s’étagent dans une verdure luxuriante, étalant leurs piscines et terrasses déportées jusqu’à l’extrême bord de la vallée. Il ne doit pas faire mauvais se payer des vacances de riches dans ces endroits paradisiaques. En attendant, moi je marché sous le cagnard, en grignotant des gateaux veggies et raw (sans cuisson) achetés la veille dans un magasin hyper branché. Le contraste est frappant entre cette nature vierge, les quelques villages qu’on y croise, et la branchitude soigneusement polissée et occidentalisée d’Ubud. Le petit village charmant que me décrivait papa a été bien modelé pour complaire aux touristes. Boutiques de fringues et restaurants bio/végétariens, galeries d’art, on se croirait plus à San Fransisco qu’en Indonésie à certains moments.

J’ai dû me perdre à un moment, et mon guide ne m’est d’aucune aide. Si l’itinéraire de balade dans les rizières est censé faire 6 kilomètres, cela fait bien plus longtemps que je marche. Pire, je me retrouve coincée sur une route assez passante, et sans espoir de trouver de chemin parallèle pour éviter de m’y faire klaxonner à tout bout de champ par scooters et camions. Les rizières sont loin et me voici de nouveau dans une forêt type jungle, que j’arpente durant de longs kilomètres, demandant mon chemin de loin en loin. J’y gagne la découverte des villages environnant, et l’arrivée par la JL Raya Sangginan, que j’envisageais justement d’arpenter. J’y trouve notamment un petit warung spécialisé dans les grillades, naughty nick où je commande un riz aux légumes tellement riche en gout que je n’arrive pas à en avaler plus de la moitié. C’est délicieux, mais simplement trop puissant, sans pour autant être épicé. Pour une fois qu’il n’y a pas de chili… en tout cas je commence à croire que je ne me ferais pas à la nourriture asiatique, même si je souffre moins ici qu’au Népal.

Juste en face de ma halte déjeunatoire, le Nekka museum, référence de la peinture balinaise. Très bien organisé l’édifice se constitue d’un jardin où plusieurs pavillons qui se succèdent et montrent la peinture balinaise telle qu’elle était à son origine (visages de profil, formes et costumes très stylisés, absence de perspective…), puis l’influence des peintres occidentaux venus s’installer dans la région, et décortique les changements survenus. Dans la peinture balinaise moderne, de nombreux styles semblent se côtoyer et certains tableaux me touchent vraiment énormément. Une bonne introduction à la peinture balinaise disait mon guide. Je veux bien le croire. Un des derniers pavillons renferme une collection de photos noir et blanc montrant la vie quotidienne balinaise au milieu du siècle dernier et les performances et entrainements d’un de leurs danseurs stars de Kacak et legong. Passionnant. C’est d’ailleurs le choix que j’ai fait pour ce soir, aller voir un spectacle de legong, au palais royal.

Mais il me reste encore de longs kilomètres avant d'arriver au centre ville. Sur le chemin, je croise un immense squat d'art contemporain, de charmantes rues adjacentes où je cherche en vain à me faire masser, car tous les salons sont plein, pour finalement échouer près de la rue principale pour un soin complet (massage d'1h+ gommage, bain aux fleurs et soin du visage). Si le massage est divin, je ne me sens pas plus douce du gommage, bien que je doute qu'il me reste une seule peau morte sur le corps. Attendant que la pièce soit nettoyée pour recevoir mon soin du visage, je m'amuse avec les pétales dans la baignoire, me sentant un peu nouille tout de même. Quant au soin du visage, c'est frais, à l'aloe vera, mais je ne vois pas de modifications drastique sur ma peau. Enfin, j'aurais essayé.

Pour cause de cérémonie au palais, la représentation est déplacée sur l’esplanade de danse adjacente. Ce second spectacle est rythmé cette fois par les tambours traditionnels et l’ensemble percussif de gamelans. Baignés de lumière, les musiciens et danseurs sont magnifiques, et les photos aussi. Certaines sont presque mystiques, baignées de la lumière des bougies, empruntes de spiritualité...
Grrrrr. 
Pourquoi a-t-il justement fallu que je supprime celles-ci ??? 
Enfin… La représentation finie je me précipite à mon homestay pour manger, car l’un des habitants m’a proposé de m’emmener vers 10h voir les cérémonies de son temple, qui pour le coup seront de vraies transes et de vraies danses, et non pas des représentations touristiques comme ce que je viens de voir. 
Mais une fois mon (délicieux) poisson englouti, impossible de mettre la main sur lui. Je n’ai évidemment pas pensé à demander son prénom et hors les deux jeunes gens qui servent encore au restaurant, personne dans la cour de la maison familiale. 
La fatigue me prenant, je laisse tomber, et file me coucher, non sans m’agacer d’entendre, tout près mais impossible à localiser, le son des gamelans d’une cérémonie au temple.
Levant la tête au ciel, je m'aperçois qu'ici, la lune est comme moi, elle a la tête en bas.