Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

mardi 19 mars 2013

Bellbunya 2- jardinage extrême

Ce post se lit en parallèle du précédent sur la vie dans la communauté.


Assez vite, je m’aperçois de trois choses :
-        -   la méthode de jardinage qui est employée ici, bien que bio, est tout sauf « soutenable », s’appuyant principalement sur des apports de fertilisants, paille et terreau extérieurs, ce qui me fait tiquer car c’est l’inverse que je cherche à apprendre.
-         -  Je ne m’entends pas avec Karl, le jardinier. Ce n’est pas qu’on ne s’entend pas « bien », juste qu’il ne communique pas. Du tout. Que quand il veut que tu fasses quelque chose il parle toujours pas ellipses ou suggestions, ne donne pas de réponses claires à mes questions… Du coup j’arrête assez vite d’en poser et ronge mon frein.
-        -   Joan, et la communauté dans son ensemble du coup, compte sur moi pour m’occuper du jardin pendant que Karl va prendre deux semaines pour aller voir ailleurs s’il ne s’y sentirait pas mieux. Deux semaines qui commencent mardi prochain. Oui, on est vendredi. Voilà. Je n’y connais rien en jardin potager ? C’est pas grave, je suis là depuis deux jours et il m’en reste trois pour comprendre comment marche ce jardin-là, maitriser son fonctionnement et poursuivre les plantations, afin qu’on puisse continuer à nourrir correctement la moyenne de 20-25 personnes qui vit ici en permanence. Timing parfait, effectivement.

Mes premières réactions, de panique et de colère, font assez rapidement place à une sorte de griserie à me dire « youhouuuu, je suis la responsable du jaaaardiiinnnn, je peux faire ce que je veuuuxxxx ! ». Pendant les trois jours qu’il nous reste ensemble, je bombarde Karl de questions sur ce qu’il faut faire, les fréquences d’arrosage (ici c’est sécheresse depuis 6 mois, arroser est LA tâche vitale) ; que planter ensuite ? où ? quels plants peuvent être arrachés ? qu’est ce qui doit être récolté ? quand ? Je note, note, note et quand il part, je suis fin prête. Et ce jour là… il pleut ! Premier jour de la saison des pluies. AHAH. Mais ça ne reste qu’une petite pluie, alors on arrose tout de même et on commence les gros chantiers que Karl m’a confié et que, étrangement, il n’a pas jugé bon de commencer pendant qu’on était trois au jardin. Se débarrasser de toutes les vignes de citrouilles après avoir récolté les fruits, aérer le sol à la fourche, l’amender, le recouvrir de paille fraîche, faire de même avec les courgettes… cette journée sera longue.

Le lendemain, il pleut comme vache qui pisse. Donc pour arroser hein, bah ça devrait aller. Par contre, vu la quantité de flotte qui tombe, on me signale que les tomates risquent de gonfler et de se fendre, donc que ce serait une bonne idée de les ramasser. Même les vertes ? Personne ne sait, je fais deux à trois fois le tour des personnes qui potentiellement seraient à même de me répondre, personne ne veut prendre de décision, je finis par passer tout de même plusieurs heures au jardin, plusieurs jours de suite, avec les filles, à récolter des saladiers pour 20 personnes de tomates, de poivrons presque mûrs, de concombres, tout ce qui est potentiellement mangeable ou murissable en intérieur.

Je me bats pour comprendre ce que la responsable de l’organisation cuisine veut que je fasse de ces satanées tomates vertes, qui doivent être laissées à la lumière. « Oui mais pas ici parce que c’est à portée des enfants, pas là parce que les cafards peuvent les trouver, pas là parce que c’est dans le noir. Oh ben je sais pas alors ». Moi non plus je ne sais pas Rose, et je veux bien les mettre où tu veux les tomates, mais tu me trouves un endroit. Point.

Je ressors dans la tempête, car le vent s’est levé et j’essaye de tuteurer et de soutenir les plants, les arbustes, avec le peu de tuteurs qu’on a de disponibles. Trempée jusqu’aux os, les filles pas bien plus vaillantes que moi, même si elles ne subissent ça que 3h par jour, j’essaye de maintenir le jardin contre le changement de saison. Bataille perdue d’avance.

Après 5 jours de pluie diluvienne, le ciel s’éclaircit enfin et un tour dans le jardin me ravage complètement le moral. Les haricots ont été brûlés par le vent, le maïs tout entier est par terre, ainsi que les artichauts de jérusalem, les plants de tomates ont été secoués jusqu’à casser, tout comme les poivrons. Les courgettes, courges, melons et concombres pourrissent sur pieds. Les passages sont défoncés, certains lits de semences se sont effondrés.  Ça sent la mort dans le jardin, la pourriture en progrès, les insectes ravageurs sont partout, des tâches de maladies émaillent les feuilles… J’en pleurerais.

Sous le soleil revenu, grâce à Karston, qui semble être le seul à comprendre l’importance du jardin pour nourrir la communauté et arrête de rénover la maison principale pour me tailler des dizaines de tuteurs, j’entreprends patiemment de remonter ce qui peut l’être. Je taille les tomates, arrache les courgettes, ébranche les poivrons, ramasse le basilic, collecte ce qui peut être mangeable, jette aux poules ou au compost ce qui est pourrissant, remonte les papayers, le maïs, le tout en leur parlant, comme à de petits enfants qui auraient eu une grosse frayeur, et en leur disant qu’on va bien prendre soin d’eux, que ça va aller, qu’ils vont s’en sortir. Je ne sais pas d’où me viennent ces mots et ces sons d’apaisement, mais je laisse couler, ça me fait surtout du bien à moi, d’extérioriser, de me sentir utile. Avec l’aide de Stefanie, qui est bien plus costaude que moi, on soutient les bananiers, dont deux ont craqué sous le poids de leur régime secoué par la tempête et doivent être abattus à la machette… Seuls les oignons nouveaux, les pieds encore dans l’eau, semblent contents comme jamais. Eux qui avaient l’air de peiner quand on ne faisait que les arroser deux fois par semaine. Je fais de mon mieux, avec mes faibles connaissances, espérant faire ce qu’il faut, et que Karl saura gérer la suite quand il reviendra. Chris, Line, Karston, Stéfanie, Brett, qui voient mon désarroi et à quel point je prends tout ça à cœur, tâchent de me remonter le moral, mais ça reste un coup dur. Même si je découvrirais plus tard auprès d’autres hôte que, lors de cette même tempête, ils ont perdu la quasi-totalité de leurs plantes. Au final, ce sera une leçon en soi : lorsque vient le changement de saison, il faut savoir lâcher prise et accepter de perdre les derniers légumes de la saison sèche.

Bellbunya 1 - L'approche de la communauté

Du fait de la double dimension de ce que j'ai vécu à Bellbunya, ce post et le suivant ont été vécus en parallèle. Et comme la connexion internet ici est plutôt légère, vous trouverez les photos ici.


Quand j’ai envoyé ma flopée de demande, début janvier, Joan, de Bellbunya Community, a été la deuxième à me répondre, en me disant qu’ils avaient une disponibilité pour un volontaire temps plein (6h par jour) au jardin à partir du 16 janvier, ce qui me convenait parfaitement. Timing parfait, une fois encore (à ce moment, je n’ai toujours pas appris à me méfier du « timing parfait » ^^). J’arrive donc comme une fleur en début d’après-midi, sans bien trop savoir où aller car il y a un certain nombre de bâtiments. Je hèle un homme travaillant à reconstruire l’un d’eux, et il me mène jusqu’à Joan. Visite des lieux, découverte de la salle à manger, de la cuisine commune et de son lot de règles et de tours de vaisselle et cuisine, du « café internet » (une pièce avec un modem et trois câbles ethernet), de la chambre que je partagerais (mais qui possède, luxe, sa propre salle de bain et ses toilettes) dans le bâtiment commun… Et en parallèle, présentation à toutes les personnes que nous croisons, membres ou volontaires comme moi, qui, toutes sans exception, buttent sur mon prénom, pendant que j’essaye désespérément de stocker toutes ces informations dans ma mémoire. Un peu étourdie, je transfère mes affaires dans ma chambre, m’installe, vais faire un tour du jardin, et très vite il est déjà l’heure du dîner. Ici on mange à 18h30, comme les poules, qu’il faut d’ailleurs enfermer avant le dîner.

Part importante de la vie de la communauté, le diner n’est pas optionnel. De toute façon, la plupart des membres de la communauté n’ont pas de cuisine (ni de salle de bain d’ailleurs) et ne « possèdent » guère que leur chambre. Une cloche 15 minutes avant, pour annoncer que c’est bientôt près, une seconde, accompagnée du pouet pouet d’une trompe de voiture, au moment où on va servir. La cuisine étant centrale, les habitants affluent de tous les points alentours et se retrouvent dans la grande pièce où le dîner est servi, pour un moment tous ensemble. Chacun donne la main à ses voisins, la droite au-dessus, la gauche en dessous, et, suivant les volontaires chargés de cuisiner, on ferme les yeux et on respire profondément, on chante une des chansons favorites de la communauté, on prend un moment pour réfléchir à ce pour quoi on est reconnaissant aujourd’hui, ce qui a illuminé notre journée... Un « Ommm » collectif, et puis petites annonces, s’il y a. Ce soir-là, c’est ma présentation, et les adieux à Marie, que je remplace au jardin. Un tour de prénom, pour que chacun se présente, et je suis poussée vers les plats « les derniers arrivés se servent en premier ! ». Un peu mal à l’aise, je m’exécute et vais m’installer à une des deux longues tables, sans trop bien savoir où me mettre. Les trois ou quatre personnes suivantes s’installent à l’autre, à part. Mince, est-ce que j’ai fait une erreur ? Et puis finalement certains s’attablent avec moi, chacun commence à manger et les discussions s’enclenchent. A la fin du repas, chacun disparait dans son coin et, un peu déboussolée encore, je rejoins ma chambre. Je commence à 6h demain matin, il est 20h, le soleil est couché depuis 1h30 et je suis claquée. Bon ben… au lit alors. Heureusement, les autres soirs, ce sera plutôt jeux de cartes jusqu’à des 22h, méditation guidée par Carolyne, ou discussions avec les autres wwoofers et certains des membres.

Rapidement un rythme s’installe. Levé tôt, de plus en plus tôt même, pour pouvoir travailler un peu plus de deux heures avant d’être terrassée de chaleur (vers 8h du matin… les joies de l’exposition plein Est), j’entraîne bientôt dans mon rythme les filles qui bossent comme volontaire temps partiel avec moi au jardin : Line et Stefanie, puis Isobel. Toujours la première au jardin, un thé à la main, je profite des premières lueurs du soleil et me sens spéciale, face à ce paysage incroyable qui émerge doucement des brumes matinales comme j’émerge de celles du sommeil. Pour quelques instants je suis une reine contemplant son royaume. Puis commence une des parties peu agréables du travail : la patrouille insectes. Gants de chirurgien sur les mains, je récolte les insectes prédateurs sur les différentes plantes, et les écrase, entre les doigts ou sous mes chaussures. C’est ce qu’on appelle du contrôle biologique, pas d’insecticide, juste de l’extermination manuelle… En faisant le tour des cultures, je suis censée déterminer lesquelles ont besoin d’eau et les indiquer à mes camarades, qui se chargeront de commencer l’arrosage. L’autre avantage de commencer si tôt c’est que je peux sans culpabilité arrêter à 10h pour reprendre à 15, quand le soleil est passé de l’autre côté de la colline et que la chaleur tombe. Il y a largement de quoi faire et je ne m’ennuie pas, passant mes heures libres à siester, lire un peu plus sur la permaculture et papoter avec les membres et volontaires. Avec tant de personnes (une vingtaine en permanence), il y a toujours quelqu’un dispo pour discuter.

Les jours s’écoulent doucement, je m’attache à cet endroit, à ces gens, je me fais des amis et refait le monde avec Fabio, l’italien arrivé en Australie il y a 6 mois sans parler un mot d’anglais, Line, la suédoise, venue ici pour une étude sociologique sur les communautés, Stefanie, l’allemande, 22 ans, 2 ans de voyage derrière elle et de retour à Bellbunya ou elle partage la même chambre que moi et passe ses dernières semaines avant le retour au pays, dans le froid hiver germanique, Isobel, la New Yorkaise, a sa place ici comme un chat de race au milieu de chats de gouttière, venue au départ pour 2 semaines sur ces 4 d’Australie et qu’on poussera gentiment à voyager et profiter, plutôt que de « perdre son temps de visite » ici, à wwoofer. Et puis Joan, minée lentement par l’ostéoporose, Brett, qui a gardé son accent américain en quittant Hawaï et s’est installé ici dans une minuscule chambrette de terre-paille où il se consacre à l’étude du massage, après avoir possédé une immense baraque avec « tout le confort moderne », Karston et Karston, qui viennent tous deux du Danemark, ne se connaissaient pas, et ont décidés, chacun de leur côté, d’intégrer cette communauté, l’un pour en construire les bâtiments, l’autre pour en bâtir la dynamique, Chris, soigneur, d’humains et de poules, attrapeur de python, qui me prendra dans ses bras pour me dire tout doucement « tu as fait tout ce que tu pouvais » quand la tempête ravagera le jardin, Jade, insaisissable elfe, masseuse à la douce lumière, qui est si difficile d’accès et si fascinante… d’autres encore.

Si mon scepticisme à l’égard des communautés n’a pas complètement disparu, faire partie de la vie de celle-ci, toute jeune encore, et rencontrer toutes ces belles personnes m’a secouée très profondément. C’est une famille qui vit ici, avec ses membres boiteux, ceux avec qui il est plus difficile de s’entendre, ces décisions qui doivent être consensuelles et qui prennent pour cela des heures et des semaines de discussion. Bien sûr, la communauté est dans son enfance (4 ans qu’elle est créée) et n’est pas encore fonctionnelle telle quelle. Elle se cherche encore, cherche le pourquoi de ce vivre ensemble, l’intention derrière ça. Bien sur le poids de la dette à rembourser pour l’achat de ce lieu avec toutes ces infrastructures pèse beaucoup sur la tranquillité des esprits et fait prendre aux membres de mauvaises décisions en termes de recrutement de nouveaux habitants et de gestion des wwoofers (trop de volontaires, qui doivent soit payer 10€ pour leur logement et nourriture malgré 3h de boulot quotidienne, soit travailler, comme moi, 6h par jour). Et puis leur manque d’implication au jardin, qui pourtant les nourrit jour après jour, me sidère. Mais même s’ils se cherchent encore, ces gens rayonnent. Ils s’ouvrent à vous et vous remplissent d’amour, il y a toujours quelqu’un pour vous demander ce que vous avez fait de votre journée, si tout va bien, et pour vous écouter, vous écouter vraiment.

Alors à mon dernier repas du soir, je fais un tour du cercle de toutes ces belles personnes et les remercie de ces deux semaines où j’ai, simplement, été heureuse, malgré le temps et les soucis au jardin. Je leur dit aussi que je regrette de ne pas avoir eu le temps de parler, de me connecter à certains d’entre eux, et puis nous rompons le cercle, pour un dîner qui sera bien morose. Stefanie quitte la table à peine son assiette finie et je la retrouve effondrée sur un canapé, les yeux brillants de larmes. Je prends dans mes bras cette grande saucisse d’1m80 et elle pleure contre mon épaule, tandis que je lui caresse les cheveux et lui assure, comme je l’ai dit à tant d’entre vous, que je ne disparais pas, que je continue juste mon voyage, que j’en ai besoin, mais que ça ne change rien au fait que nous sommes amies, et qu’il ne tient qu’à nous de faire vivre cette amitié.

C’est la gorge serrée d’émotion que je me dirige vers mon van, même si je ne regrette pas de partir car en termes de jardinage pur, je n’apprends pas assez ici. Et puis j’ai une belle opportunité qui m’attend, une des pionnières de la permaculture a accepté de me faire travailler quelques jours…

mardi 5 mars 2013

Chez Tania

Entre la plage et Cooroy, je zig et je zag. Flânant, nez au vent, je prends le temps de regarder le paysage, de monter une bonne petite côte sur dirt road avec mon fidèle compagnon à 4 roues, au bout de laquelle je découvre un superbe point de vue sur les environs. C'est dit, ce sera mon spot de déjeuner et de sieste. Je ne suis pas pressée d'arriver, Tania ne m'attend qu'en milieu d'après-midi. Un bouquin pioché parmi les livres laissés par le précédent propriétaire dans le van, et je me coule sur mon tapis de sol, à l'ombre d'un grand arbre, jouant à cache-cache avec le soleil. "Further along the road less traveled" m’emmène sur le terrain passionnant de "l'apprendre à grandir" et rapidement les pages me happent. Une heure, deux heures, trois heures passent peut-être, entre somnolence et feuilletage, avant que je ne me décide à reprendre mon chemin.




J'ai fait confiance à la chance (et à mon GPS) et je file vers Cooroy, où j'entends bien trouver une carte des rues et localiser celle qui m'intéresse. Sans succès. Je demande mon chemin à un marchand de 4 saisons, et avant que j'ai pu comprendre comment on en était arrivé là le gérant laisse d'une main un message à mon hôte pour la prévenir tout en regardant de l'autre l'itinéraire sur Google map. Serviables ces australiens, décidément. Nantie de ses explications censées, je reprend la route, et décide bêtement de suivre tout de même mon GPS. Me reperds. Appelle chez Tania, qui cette fois réponds. On ne se comprend pas, elle m'emberlificote de ses explications, je repart dans la même direction, hésite, soupire, fait demi-tour un peu sèchement, me fait klaxonner, revient sur mes traces et décide de suivre les explications du marchand, enfin! (j'en vois un qui rigole dans le fond...) C'était pourtant simple car me voilà bientôt sur la bonne route, une côte, une descente, un bouquet de bambou, ça doit être là!

Je pose mon van près de la grange, comme prévu, et me dirige vers la maison, plus à l'intérieur de la propriété, où je réveille mon hôte. Oups. Tania s'avère être une charmante vieille dame de 76 ans, un peu dure de la feuille, auprès de laquelle je vais passer trois jours très sympas, à ne pas beaucoup travailler, bien manger et visiter Cooroy. Elle me loge dans sa grange, dans une sorte de studio séparé de la partie outillage par un rideau, avec toilettes à compost extérieurs et douche extérieure aussi. Autrement dit, je me lave en regardant la nature autour de moi ^^

Mon petit chez moi

Les "facilités"
Et la vue côté intérieur

Mon séjour chez Tania, pour bref, est très agréable. Sa maison et sa propriété sont juste incroyables. Designées par un des penseurs de la permaculture, elles sont toutes les deux fortement efficientes en termes de productivité, résilience, faible en consommation électrique... Et accessoirement sublimes. La maison, pour petite (une seule pièce de large et trois d'affilée, cuisine et sdb se partageant la largeur de la maison, puis un séjour et une petite chambre) est extrêmement bien conçue et rien n'y manque, me faisant prendre conscience une fois encore combien nos immenses baraques sont surdimensionnées. C'est un sentiment que j'avais déjà éprouvée juste avant mon départ avec la chambre d'hôte que nous avions louée près d'Honfleur et qui était en fait un studio complet dans une maisonnette. Tout y était, pas besoin de plus.




























 

lundi 4 mars 2013

De Gin Gin à Cooroy - savourer l'instant et le temps qui passe

Après Tin Can Bay je décide de faire une autre étape dans mon périple allure escargot où je savoure chaque seconde de solitude. Direction Rainbow Beach. Au bout d'une longue route serpentant entre des parcs naturels, la ville est petite, organisée autour de la plage, superbe, époustouflante...

J'y passerais quelques heures, les yeux dans l'eau, à l'ombre des dunes, à regarder pagayer les surfeurs avant de reprendre la route, une nouvelle paire de tongs au pied, craquant finalement pour des Havaïanas auxquelles j'avais préféré une marque plus fairtrade mais finalement moins résistante.


















dimanche 3 mars 2013

De Gin Gin à Cooroy - Partir enfin

Mes demandes de wwoofing envoyées le 2 janvier au matin ont bien porté leurs fruits, et je me retrouve avec trois réponses positives, à échelonner comme je le peux en expliquant gentiment aux divers hôtes que je suis désolée mais que j'ai envoyé plusieurs requêtes en même temps alors est-ce qu'on peut s'arranger? C'est vers la Sunshine Coast que je me dirige cette fois, Cooroy plus précisément, chez Tania Coppel, une dame âgée qui habite une propriété qui a été conçue par Geoff Lawton, l'un des designer majeurs du mouvement de permaculture, et qui a accepté de m'héberger juste quelques jours, en attendant que mon hôte suivant, la communauté Bellbunya, ait une place pour moi en tant que volontaire à temps plein (6h par jour) s'occupant du jardin.

Les choses ne se sont pas vraiment améliorées chez les Bradfield et, malgré les promesses de Robb comme quoi nous allions au moins finir la baie à compost, histoire que j'ai accompli quelque chose, ou allez visiter la ferme à lombrics, encore une fois, rien n'a eu lieu. C'est dans ces moments qu'on voit la différence entre ceux qui parlent et ceux qui font. J'ai besoin d'air, de partir d'ici et de faire un break avant de me replonger dans la vie de quelqu'un d'autre. Alors même s'il n'y a qu'un peu plus de 2h30 de route entre Gin Gin et Cooroy, je décide de partir de chez eux le samedi midi, alors que je ne suis attendue que le dimanche après-midi chez Tania. En chemin, j'ai prévu un certain nombre d'escales dans des lieux connus pour être superbes. Me reconnecter avec la nature et l'océan m'aidera surement à me sentir mieux, après avoir eu la sensation d'avoir perdu trois semaines ici.

Le jour de mon départ, alors même que je suis en train de finir de ranger mes affaires dans mon van, Robb et Tammy sont rivés à leurs téléphones, ne m'adressant pas un mot. Ils ne me proposent pas de rester déjeuner (mais je me fais quand même un petit quelque chose à grignoter), ne m'offrent rien à emporter pour mon repas du soir, qu'ils savent que je vais préparer sur la route, rien. Peut-être qu'ils sentent ma réprobation latente, probablement même, même si j'essaie de ne pas la laisser transparaître. Nos adieux sont malgré tout assez chaleureux et j'ai le coeur à la fois lourd et léger quand je pars. Les grands enfants ne sont pas revenus, les petits sont au lit, mais j'ai de toute façon la sensation qu'à force de voir des wwoofers passer dans leur vie, ils ne s'intéressent et ne s'attachent plus.

Prendre la route me fait du bien. J'ai les cowboys fringuants dans les oreilles et le spectacle de la nature du Queensland suffit à m'alléger. Au programme? Allez à Hervey Bay, point de départ pour la mythique Fraser Island, la plus grande île de sable du monde, que des dizaines de voyageurs à la recherche de sensations fortes sillonnent en 4x4. Pas mon trip, mais les plages sont censées être belles et un peu de grands espaces me fera du bien. Station balnéaire artificielle, tout comme Airlie Beach, Hervey Bay n'a que peu d'intérêt en soit, mais, alors que la marée est extrêmement basse, je vais vadrouiller sur la plage et mettre mes doigts de pieds dans une eau tellement chaude que je ne peux que rigoler toute seule en murmurant pour moi seul "Ahaha. c'est complètement, cooooomplètement indécent!" tout en pensant à la famille et aux amis qui grelottent en France.


Parfois les crabes font dans l'art figuratif.
La route est belle, bordée de sublimes forêts qui semblent irradier d'énergie après cette première pluie, le ciel est bleu... Et pour ce soir je me suis trouvée un petit spot, une aire de repos un peu à l'écart de l'autoroute, où je me pose face à la prairie et m'installe pour une petite soirée tranquille, en tête à tête avec moi-même, et avec un bon film sur mon laptop. Seule. Libre. Hmmmmm.




Le réveil se fait aux aurores pour ne pas louper les dauphins à Tin Can Bay. A une heure de route se situe en effet une petite plage dans la ville où viennent, tous les jours, s'alimenter quelques dauphins. Je m'en suis fait toute une joie. Arrivée sur place, force m'est de constater que je ne suis pas la seule à fantasmer sur l'idée de nourrir des dauphins, et que l'attraction est devenue un business, où il faut payer pour avoir accès à la mini-plage où les animaux ont été habitués à venir recevoir leur poisson. L'endroit est bondé, et la seule chose spontanée que j'y vois, ce sont les cormorans qui se sont aussi rassemblés, prêts à sauter sur tout ce qui sera dédaigné par les animaux aquatiques, et qui forment une drôle de foule en miroir de celle des humanoïdes.




Incroyable cet oeil vert...
Bientôt, les premiers becs et dos argentés apparaissent et une vague d'excitation saisie la foule, autrement bovine et marinant dans l'eau salée jusqu'à mi-mollet. Je ne resterais pas jusqu'au moment où ils donnent les poissons car le processus prend un temps fou et je crois que j'ai ma dose de foule et pas envie de rester sur la pointe des pieds pour apercevoir un éclair de chair grise et glissante de mammifère marin entre deux morceaux de chair rose et huileuse de mammifères terrestres.





La magie du moment n'est pas au rendez-vous et mon estomac crie famine, alors je délaisse le spectacle décevant et reprend le volant. Mais il ne faut pas plus de quelques minutes de conduite pour que je trouve un parc donnant sur l'autre côté de la baie où une vue superbe et bien plus majestueuse m'attend. En tailleur sous un arbre, je m'y régale de mon tout nouveau mélange de céréales que j'enrichis à chaque fois de nouveaux ingrédients : pâte de sésame, airelles séchées, dattes, mélange de noix... La magie est ici, dans cet instant tout simple de ce délicieux petit déjeuner devant un paysage à déguster lui aussi.