Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

mardi 1 janvier 2013

Paronella Park

Là encore, les photos sont ici.


Un tour rapide à Kurrimine Beach et je prends la direction de Paronella Park, avec dans l’idée d’acheter quelques provision supplémentaires en route, au petit magasin du dernier village avant le parc. Naïve que je suis. Je n’ai pas encore bien compris à quel point tout est loin ici et donc qu’il vaut mieux acheter quand on trouve plutôt que de se dire qu’on va trouver plus loin. C’est donc plus riche d’une petite boîte de champignons en conserve que j’arrive au parc, m’enregistre et vais me poser sur mon emplacement de camping. Les visites ayant lieu toutes les demi-heures j’ai largement le temps de me poser, de profiter de l’internet gratuit pour checker mes demandes de wwoofing, et constater que c’est la misère et que personne ne semble très motivé pour héberger autour de Noël.

Alors que je dévore une mini-tourte d’une main en pianotant de l’autre, on me tape sur l’épaule. Inge, la hollandaise qui a été hébergée avant moi chez Jez et Allister est devant moi. Venue de Cairns avec des amis, elle continuera ensuite sur Brisbane, pour passer les fêtes. On commence à discuter mais assez vite les sujets tournent courts et je la laisse rejoindre ses potes, sachant que nous devons nous recroiser pour la visite de nuit.

La visite de jour me laisse un sale gout dans la bouche. Si le guide est sympa il s’adresse principalement à moi, en ignorant le couple de coréens qui sont avec moi, parle à toute vitesse et nous fait passer d’un point d’intérêt à l’autre tout aussi vite pour finalement nous lâcher sans transition, alors qu’on étaient bien lancés pour papoter. 5 minutes après, je le croise avec un autre groupe. Culture du rendement ou juste choix de sa part ? En tout cas j’apprécie bien plus ma balade en solo dans le parc, même si certaines des explications qu’il a données n’étaient pas inintéressantes. J’y apprends notamment que José, le constructeur de l’endroit, est venu en Australie pour faire fortune dans la culture de la canne, laissant sa fiancée en Espagne. Durant 11 ans, celle-ci l’a attendu. Mais voilà, étant sans nouvelles après 11 ans, elle a fini par épouser un notable du coin. José, revenu l’année suivante, ne s’est pas laissé démonter et a épousé la cadette, qu’il a embarquée avec lui au pays des kangourous.

L’autre truc qui me déçoit beaucoup c’est que, du fait que le « château » a été construit en (mauvais) béton allemand ( !), il est maintenant plus que partiellement détruit. Il faut dire que les deux cyclones qui se sont abattus sur la région ces 7 dernières années n’ont pas du aider. Mais il ne reste en tout cas plus rien de la splendeur de ce lieu qui a vu la bourgeoisie locale venir jouer au tennis, se baigner dans la rivière alimentée par la cascade ou assister à des représentations dans le théâtre ou des bals dans la grande salle.

Heureusement, la visite nocturne, à 18h, change un peu la donne. Principalement parce que celui qui la guide est le nouveau proprio du lieu, et que son enthousiasme est contagieux. A la lumière des lampes torches, nous allons voir les micro-chauves-souris voleter autour de l’entrée de ce qui aurait dû être le Tunnel de L’amour, un tunnel qui mène à une jolie cascade et qui aurait dû être formé de deux murs aquariums. Mais voilà, le mauvais béton n’était pas étanche et le projet a été abandonné. L’illumination du bâtiment où se tenaient les vestiaires du tennis et du lac a également un petit côté magique. Et puis au retour au point de départ, nous est distribué un petit sachet fluo qui contient un morceau du mur de la salle de bal qui s’est effondré en 2011. Le propriétaire nous explique que c'est un cadeau très spécial, pour nous rappeler qu’il faut toujours essayer et aller au bout de ses rêves. Sur le sachet est imprimé « José a pu réaliser son rêve, puissent les vôtres se réaliser aussi ». Le sachet est cheap, mais je ne peux m’empêcher de sourire en me disant que je suis sur ma voie.

Un bon petit dîner en solo dans mon van, et au dodo, demain je dois me lever tôt pour arriver à Mission Beach avant 8h.

Voir Undara et puis repartir

En raison d'une connection internet limitée je n’inclurais pas immédiatement les photos dans ce post, mais vous pourrez les consulter ici.


Réveil précoce pour un petit déjeuner avec la faune de l’aube puis une courte balade dans le site, en suivant les petites flèches qui m’emmènent jusqu’à l’un des points les plus hauts du coin, d’où je n’aperçois que de la savane, à perte de vue. C’est rocailleux, incroyablement dépaysant avec cette terre très rouge, ce ciel très bleu, cette végétation très sèche… Cette promenade est aussi l’occasion de passer de « oooohhhhh un kangourooouuuuuu ! » à « tiens, encore un kangourou ». Car ils sont des dizaines, par paquets de 5-6, à vaquer dans la savane, à se déplacer toutes pattes bondissantes ou à se vautrer à l’ombre entre les installations du parc qui, s’il est actuellement désert, à l’air de pouvoir accueillir un sacré nombre de visiteurs. Des bungalows, des wagons-couchettes, des tentes en dur, des sites de camping… Il y en a pour tous les goûts, et probablement pour tous les budgets.

Un dernier détour par la piscine pour évacuer la sueur qui a déjà commencé à me tremper au cours de cette marche d’une heure et il est bientôt temps de rejoindre le bus pour le départ de l’excursion. La balade en elle-même, le lieu et la route pour venir m’ont déjà comblée, alors même si le tour payant est pourri, je serais quand même ravie d’être venue. Mais il va s’avérer très loin d’être nul. Un couple d’allemands est arrivé ce matin, et nous serons donc trois, plus le guide. La première chose que celui-ci nous explique est d’ailleurs que, en saison, le parc emploie 35 personnes et accueille une moyenne de 180 personnes par nuit, alors qu’en basse saison comme actuellement il n’y a qu’un employé sur le site (lui) et une visiteuse (moi ^^).

Pendant l’heure et demi qui suit nous allons visiter trois tunnels de lave, chacun avec sa spécificité. Le premier me coupe le souffle, avec son toit effondré qui laisse apparaitre la forêt pluviale environnante. Il parait à première vue couvert de peintures rupestres, qui ne sont en fait que des dépôts calcaire, mais dont les formes sont parfois très évocatrices. Dans les entrailles de ce boyau de lave, loin de la lumière du soleil, et dans un silence de tombe, l’atmosphère humide a provoqué ces dessins. Le guide nous apprend que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le toit des tunnels de lave est poreux, ce qui fait qu’il y pleut autant qu’à l’extérieur lorsque la pluie tombe. Il n’y a donc pas d’évidence de présence d’aborigènes les utilisant comme abris. Le second tunnel nécessite le test du briquet, pour vérifier que l’air y est respirable. La première chose qui me choque est surtout la forte odeur animale (des chauves-souris) qui disparait rapidement à mesure que je m’habitue. Dans ce tunnel vivent en effet des colonies de microbats, de minuscules chauves-souris qui, piaillent sous la lumière, manifestement mécontente que le type à la torche soit de retour. On y découvre aussi du corail de roche, là encore des concrétions calcaires qui laissent ces fleurs blanchâtres à la surface du roc.

En nous rendant sur les lieux du troisième tunnel, nous croisons un étrange échassier. Faisant environ 1 mètre de haut il se balade le cou tendu, l’air hautain, et porte le doux nom d’Australian bustard, que je confonds avec Australian bastard, ce qui va bien avec son air méprisant. Une autre « merveille de la nature » nous attend sur le site numéro 3. Des golden orbs. Ces araignées peuvent faire jusqu’à la taille de la main. Et même si elles ne mangent que des insectes, qu’elles saucissonnent en chapelet derrière elles pour les conserver, elles restent impressionnantes. Mais ce qui fait leur particularité c’est la couleur dorée de leur toile au soleil. Sublime. On dirait vraiment une sorte d’énorme bijou arachnomorphe suivi d’un semi de gemmes et monté sur un filet d’or.

De retour à l’accueil je fais rapidement le plein d’eau fraiche, chaude, et le niveau d’huile et me revoilà sur la route, avec devant moi pas loin de 6h de route pour rejoindre Mission Beach, où m’attendent mes prochains hôtes. 

Le ciel est incroyablement bleu, la terre incroyablement rouge et les pâturages et forêts rivalisent dans les tons de vert. Au cours de ces 6 heures je vais passer de la savane la plus aride au bord de mer tropical (cocotiers inclus) en traversant au passage la forêt pluviale, des prés verdoyants, avec en fond d’horizon des montagnettes bleutées par la distance. J’ai envie de m’arrêter toutes les 5 minutes pour prendre des photos et hurle plus d’une fois « Mais que c’est beaaauuuuuu ! » en sentant mon cœur se serrer devant toute cette magnificence. Les lumières et les contrastes sont incroyables, et ce n’est pas dû qu’à mes lunettes et à mon pare-brise teintés.

Pendant ces deux jours, j’ai été entièrement hors réseau et ce n’est qu’en arrivant à Innisfail que je retrouve un semblant de réception téléphonique, de quoi appeler mes hôtes pour savoir si je suis toujours la bienvenue ce soir. Patatra, ce n’est pas le cas, c’est-à-dire qu’ils doivent se rendre à Cairns demain, ça tombe mal, mais peut-être que je peux arriver demain soir ? Grumph, j’aurais bien aimé savoir ça avant et ne pas tant me presser pour venir, mais ce qui est fait est fait, les plages sont belles dans le coin et, faute d’endroit paumé pour poser mon van, je m’offre le petit luxe d’un camping un peu excentré. C’est là qu’en feuilletant les prospectus, après avoir échangé certains de mes bouquins contre ceux d’autres vacanciers, je tombe sur une pub pour Paronella Park.

Jez m’a parlé de cet endroit comme du rêve un peu fou d’un espagnol qui voulait se construire un château en… Australie. Les photos sont belles, le prix n’est pas monstrueux mais il est le même qu’on reste ou non sur place pour la nuit. Alors c’est décidé, demain j’y vais et j’y passe la nuit, je rejoindrais mes hôtes jeudi. Après tout, demain soir ou jeudi matin, ça ne change pas grand-chose.

Hit the Road John !

Ca y est ! Vendredi, j’ai enfin reçu ma vignette. Mon van signé par John Butler (le John Butler, de John Butler trio, que le précédent propriétaire du van a rencontré dans un bar un soir), est officiellement autorisé à prendre la route ! Reste quelques trucs à faire cependant, notamment un petit tour à Kuranda pour voir des amis que Jez a promis de me présenter, et quelques derniers préparatifs.

C’est donc lundi que je prends la route, pour de bon, après un au revoir difficile et un passage éclair chez le mécano, pour lui dire que tout s’est bien passé avec le test du van, le remercier encore, et recevoir sa bénédiction pour la suite de mon voyage. Direction : undara lava park, un parc national qui présente les plus longs tunnels de lave du monde, dans un environnement de savane absolument somptueux. Première mission, faire le plein, du réservoir et du jerrycan, car là où je vais, l’essence est rare, et chère.

Avant de m’enfoncer loin de la civilisation, je m’offre un petit tour des cascades qui sont sur ma route, en profite pour grignoter mon pique-nique (et m’ouvrir le pouce avec mon opinel, qui coupe toujours aussi bien) le cœur un peu serré de la tristesse des adieux et de l’anticipation impatiente de la route qui m’appelle.

Pas de temps à perdre, la nuit tombe tôt et mieux vaut ne pas se retrouver sur une route non revêtue, de nuit, avec des pâturages non clôts tout autour et la faune sauvage qui ne demande qu’à se jeter sous vos roues manifestement, vu le nombre de cadavres en bord de route. Et puis il y a la possibilité de devoir partager la route avec un « road train », un camion qui traine un train de remorque de 50 mètres et prend bien plus que sa part de la chaussée. Talkie-walkie (encore une des surprises du van) branché sur la fréquence 40, j’écoute grésiller les ondes dans les blancs de la musique qui marche à fond, et capte parfois des bribes de conversation qui semblent indiquer qu’un de ces mastodontes n’est pas loin. Je n’en croiserais finalement pas durant ces heures de conduite sans voir une voiture, ni devant ni derrière, à ne croiser que les pauvres bougres qui travaillent à restaurer la route sous un soleil de plomb. Mais, alors que la route commence à se faire longue et la fatigue à se ressentir, je me retrouve à éviter les vaches, quelques kilomètres avant Undara.

Et puis d’un seul coup, j’y suis, et ma première vision d’undara est celle du panneau d’accueil, sous lequel m’attend placidement un kangourou. Un kangourou !!! Le parc a l’air désert et, posant mon van dans le parking réservé aux arrêts courts, je m’enfonce entre les structures, à la recherche de la réception qui a, pour la basse saison, été transféré au bar. Au bar, m’attend un talkie walkie, et une petite note « Si je ne suis pas là, parlez dans le talkie et je vous dirais en combien de temps je peux vous rejoindre ». « Heu, hello ? ». Andrew, comme son badge l’indique, est là dans les deux minutes.

Petit moment de flottement lorsque je lui dis que je suis là pour passer la nuit dans un emplacement de camping et faire la visite le lendemain. Il y a bien possibilité de rester et de visiter hein ??? C’est ce que disait le répondeur quand j’ai appelé. Oui oui me rassure-t-il. Mais vu que je suis la seule personne sur site actuellement, je peux aussi bien aller me poser où je veux sous les arbres et profiter de la piscine, des tables et banquettes du restaurant (fermé), et du café et thé à volonté. Lui se volatilise et je ne l’apercevrais que brièvement au cours de cette fin d’après-midi et soirée que je passe seule au milieu du parc désert, à sourire au ciel nocturne. Le bar et le restaurant sont installés dans d’anciens wagons de train ré-aménagés et c’est sur leurs banquettes que je viens me vautrer avec un bon thaï chaud (car il fait enfin frais !) pour bouquiner tranquillement après mon repas.

Le lac placide,
qui a donné la fameuse couleur de guitare Fender Lake Placid Blue

















lundi 17 décembre 2012

Tester le van, deuxième partie


Notre prochain « grand » road trip avec Jez a lieu le jeudi. On a prévu de monter jusqu’à Cape Tribulation pour visiter une ferme là-bas. Ils cultivent des arbres fruitiers, ont un B&B et, plus important encore pour Jez, sont les seuls de la région à cultiver et vendre des arbustes et des graines de Breadfruit, l’arbre à pain, un arbre qu’il cherche depuis longtemps. Mais un coup de fil nous apprend qu’ils sont en vacances. Tant pis, on a prévu de monter au Nord, on va au Nord. Il y a eu une nouvelle engueulade avec Allister entre-temps et j’ai vraiment envie de l’arracher à cette maison, au moins pour une journée.  Et puis Jez n’est jamais monté si haut. Alors on file, mais vu que je n’ai plus de cash et qu’il n’a pas une thune, on vise Daintree village plutôt que Cape Trib’, qui nécessite de payer près de 20 $ pour traverser en ferry la rivière qui coupe la terre en deux à cet endroit. Si on se fie à mon guide il y a là un sympathique village avec des croisières sur la rivière, pour voir les crocodiles. La réalité est un peu plus simple. En termes de village il s’agit de quelques maisons regroupées là, un restaurant, deux agences de tourisme, des toilettes publiques et un camping. Vu de chez nous, ce n’est même pas un hameau. Mais c’est là que nous mangeons notre pique-nique, au bord de la rivière. 















On repique vers Mossman Gorge, où, toujours suivant mon guide, on peut piquer une tête. On peut, effectivement, moyennant 5$ pour prendre le petit bus qui nous emmène à la piscine naturelle, au milieu de la forêt tropicale. Jez renacle. Ras le bol de payer. Mais comme il est hors de question que je le laisse sur place, vu que j’ai l’intention de passer un moment à me balader là-haut, je paye. Après tout, ce n’est même pas le prix du granité que j’ai pris après manger. Et surement moins que ses deux canettes de bière. Mais on a chacun nos priorités. La suite nous prouvera que j’ai eu largement raison de faire du forcing. Car au bout d'un pont suspendu qui danse sous nos pieds, bien plus qu’un petit bout de piste, c’est une balade de près d’une heure qu’on découvre, dans une forêt parfaitement entretenue, que Jez apprécie en connaisseur, lui qui a fait de la maintenance de chemins forestiers en Tasmanie dans sa jeunesse. En chemin, on rencontre un mini-kangourou, un lézard à collerette et une collection de papillons. La forêt est superbe, elle nous recharge, nous remplit d’énergie, et c’est suants mais heureux qu’on finit par rejoindre la majorité des touristes qui se sont arrêtés au premier trou d’eau, pour aller barboter dans l’eau froide. Très froide.





















Si on veut voir Port Douglas avant la nuit, il s’agit de se dépêcher un peu. Alors on se rhabille et on attrape la navette dans l’autre sens, puis le van, et go. Port Douglas ressemble exactement à l’idée que nous nous en faisions : une station balnéaire pour riches. L’arrivée en ville se fait d’ailleurs par une route bordée de chaque côté d’hôtels de luxe proposant piscines, spas, golf privatif, cours de tennis… La ville elle-même est proprette, manifestement constituée de maisons secondaires, avec une rue principale regroupant magasins, restaurants et backpackers pour jeunes à petit budget. La petite plage, avec ses airs de mangrove, a l’air d’un nid à crocodile mais la marina est peuplée de yatchs. Au détour d’une rue secondaire on prend une côte qui s’annonce raide, pour rejoindre le point de vue qui domine l’autre côté de la ville. Bonne occasion là encore de tester le van, qui s’en tire sacrément bien. Et puis retour par la route côtière, en regardant la lumière tomber sur la mer et en essayant de maintenir les pensées de Jez loin d’Allister, vers lequel on rentre.