Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

vendredi 7 décembre 2012

Une nuit à Tjapukai

Autre chose dont j'ai oublié de parler, c'est la soirée que j'ai passé au parc culturel aborigène de Tjapukai! Parce que j'étais tellement déçue de ne pas être allée à Yarrubah pour le rassemblement de l'éclipse (même si finalement ils n'ont rien vu, bien fait!), Jez m'a proposé qu'on aille passer une soirée au Tjapukai. Moi, j'ai plutôt tendance à fuir ces attractions touristiques mais mes guides en parle comme un des endroits à faire où on découvre vraiment la culture aborigène. Et puis le site est alléchant, bien que je ne regarde pas en détails. Une initiation à la culture aborigène, un repas à quatre plats, une démonstration de feu et de danse? Et puis bon, on m'invite. Alors ok.

Ce soir là, un peu habillés, on attrape donc un taxi pour se rendre au parc, dont on paye heureusement l'entrée au tarif local (heureusement, ouais...). On nous fait d'abord attendre dans la boutique du parc, où nous est servi un verre de bienvenue. C'est à ce moment là que débarque un car de japonais. Argh. Bon, mais après tout... On nous dirige vers une première petite salle où sont exposés des objets traditionnels aborigènes et où sont suspendus un certain nombre de tableau et de tentures, dont une tapisserie qui est censée être l'une des plus grandes et des plus anciennes de l'histoire aborigène, et est effectivement plutôt impressionnante.


Mais pas le temps de s'attarder sur ces broutilles (ah bon?) parce qu'au centre de la pièce, la petite scène s'est illuminée, et le reste plonge dans le noir, à l'exception de faisceaux lumineux en forme d'animaux. Je commence à flairer l'embrouille.


Un des quatre aborigènes présents sur l'estrade prend la parole et nous raconte rapidement l'histoire de la tenture, puis nous explique que nous allons assister à une cérémonie sacrée pour allumer le feu. Et que pour ça nous allons devoir participer. Une porte s'ouvre, et une employée chargée d'une brouette drapée d'une étoffe vaguement aborigène apparaît. Dans la brouette, des paires de clapsticks, ces instruments percussifs aborigènes qu'on frappe l'un contre l'autre pour émettre un son. Dans le même temps, un homme et une femme aborigènes font le tour de la salle, les mains couvertes d'argile noire ou blanche, et nous laisse sur les joues les marques de leurs doigts.



Le principe de la cérémonie est simple, nous explique celui qui porte le micro, il y a certains mots qui désignent le feu, et peuvent l'encourager à prendre et à se développer, alors nous allons chanter, en nous accompagnant aux clapsticks, une sorte de chanson à réponse, tandis que le joueur de didgeridoo s'époumone dans son instrument et que ses acolytes s'efforcent de produire du feu en tournant une baguette de bois tendre dans un support en bois dur (à moins que ce ne soit l'inverse?) le tout au dessus d'une sorte de kapok hautement inflammable.


Nous voilà donc tous en train de rythmer le chant et de répondre aux lancées du chanteur, avec plus ou moins d'enthousiasme dans la salle. Plutôt plus du côté du car de japonais et moins de mon côté, je dois bien dire. Mais là où l'attraction attrape-nigaud tourne à la farce, c'est quand les acteurs n'arrivent pas à allumer le feu. Ça s'éternise, ils se relaient, discutent, changent de position, de baton, un flottement tenace s'installe et un fou rire me guette. Le joueur de didgeridoo s'y met, puis finit par demande un briquet à la salle, en plaisantant à moitié. Et puis celui qui est manifestement le maître de cérémonie et le plus ancien des aborigènes présents prend les choses en main et en quelques secondes, de ce qui n'était jusqu'ici que de la fumée, s'élève une flammèche. Cris d'enthousiasme dans la salle.


Vient alors la seconde partie du show. Toutes lumières éteintes, à part la veilleuse du feu nouveau-né, un tonnerre artificiel se déchaîne et des éclairs néons illumine la salle, alors qu'une créature (un esprit nous souffle-t-on) vêtue d'un pyjama noir à étincelles, avec une couronne d'antennes lumineuses et des bras plus longs que nature, vient attaquer le feu. Heureusement, la minuscule braise résiste et le mauvais esprit est chassé par les courageux aborigènes. Applaudissements nourris des japonais, échange de regards consternés entre Jez et moi.

La double porte qui mène vers l'extérieur s'ouvre alors et nous suivons nos animateurs sous un porche, alors qu'il pleut à grande eau. De l'étincelle qu'ils ont fait naître, les aborigènes allument une torche, placée au bout d'une lance, qu'ils projettent avec un percuteur jusqu'au milieu d'un lac situé quelques 20 mètres en contrebas, où elle s'abîme manifestement dans une mare de pétrole, au vu de la flamme qui jaillit. Ooooohhh fait le foule. Puis, vite vite, on nous dirige vers le restaurant, nous faisant au passage déposer nos clapsticks dans la brouette.

A table, les boissons que nous avions demandées avant le show nous attendent. Ainsi que la buffet. Taïauuutttt, à nous le kangourou, l'émeu, et autre baramundi mariné, à nous les confitures et chutneys de fruits étranges, les noix et plantes de la forêt, les... la soupe miso et le riz au porc laqué? Comment ça??? 

Le buffet est définitivement international, avec un coin réservé à nos très chers hôtes japonais, où on m'indique que le tofu va dans la soupe miso et pas dans celle au potiron, avec celle au potiron j'ai le droit à la crème et aux croûtons, non mais. Ah. Heu, pardon, mais je vais quand même mettre du tofu dedans, un peu... Ce que je fait, sous le regard réprobateur de la serveuse et des japonais qui m'entourent. Le reste est à l'envi. Des salades composées, césar et autres, de la viande marinée, des pâtes... c'est à pleurer tellement c'est commun. On décide d'en rire plutôt. Si au moins c'était bon. Alors pour en rajouter une tranche, on se prend en photo, avec nos têtes de débiles et nos peintures de guerre.



Et puis, alors que je me dirige vers les desserts (terriblement européens eux aussi) le spectacle de danse commence. Ahhhhh! Ah? Heu. Ah. Bon alors d'accord je n'y connais rien en danses aborigènes et ce n'est clairement pas ce que j'imaginais, mais ils ont quand même l'air de se faire chier là les danseurs. Non? Au final, après renseignement, oui c'est normal que les morceaux de danse soient si courts et si peu développés au niveau difficulté, mais ça n'explique pas le manque d'enthousiasme. Mais le pire est encore à venir, parce qu'ils demandent des volontaires dans la salle. Au final, ce sont deux enfants japonais qui montent sur scène pour s'essayer (sans succès) à allumer du feu et danser la danse qui va avec. La soirée culmine ensuite avec le moment des photos, où tous les touristes se ruent sur scène les uns après les autres, pour se faire immortaliser en compagnie des pauvres bougres qui arborent soit un rictus crispé qui cherche à passer pour un sourire, soit une pose animale caricaturale. A peine le flot épuisé, ils repartent qui vers leur bus, qui vers leur taxi, et Jez et moi restons là comme deux imbéciles, à finir notre boisson alors qu'autour de nous le staff s'active et vient nous retirer les assiettes les unes après les autres. Le tout à duré moins de deux heures, et, clairement, ils n'attendent plus que notre départ pour fermer.

C'était donc Tjapukai, haut lieu de la culture aborigène en Australie. Et bien c'était en quelque sorte très intéressant. Déprimant mais intéressant de voir que c'est là une des seules opportunités de boulot pour les aborigènes et que c'est la façon dont ils transmettent (ou dont on leur fait transmettre) leur culture.

Finalement, le climax de ma journée ce sera plutôt ces deux animaux qui nous attendent à notre retour à la maison :
Croa? Qu'est ce que tu me veux?

On l'a baptisé Hugo. Hugo le mini-gecko.

Les petits pois sont de toutes les couleurs

J'étais tellement excitée et obnubilée par cet achat de van que j'en ai oublié de vous parler de mon escapade sur la grande barrière de corail!
Retour vers le futur donc, nous sommes le dimanche 18 novembre.

7h - Une voiture s'arrête devant la maison et, alors que je tarde à finir de préparer mon sac, Sarah apparaît au coin de la piscine. J'arrive j'arrive! A l'extérieur, on voit Nadine faire demi-tour avec la voiture et revenir vers nous, avec l'air à la fois coupable et content d'un félin. Elle a trouvé des mangues tombées de l'arbre, elle qui en raffole, et en a ramassé quelques unes. Des mangues dans le coin, ce n'est pas ce qui manque, et je lui indique quelques autres spots à explorer quand elles me déposeront au retour.

Car oui nous partons ensemble voir la grande barrière de corail! Je suis vraiment contente de faire ça avec elles, parce que seule, ça n'aurait clairement pas la même saveur. Et puis du coup on a pu discuter les différentes agences et Nadine, qui a déjà fait plusieurs fois l'excursion snorkelling (palmes/masque/tuba) nous  trouvé quelque chose de bien et pas cher. 7h20, arrivée au bateau, même pas en retard, ce qui est manifestement inhabituel pour elles. La dernière fois, elles ont du louer un petit bateau avec chauffeur pour rattraper le bateau de croisière... On se présente, on donne nos noms et je ne suis pas sur la liste. Ah. Par contre l'argent a bien été retiré de mon compte hein. Et non, je n'ai pas confirmé 48h à l'avance mais Nadine non plus, et leurs noms y sont. Bon, on me laisse tout de même monter à bord, ils vont appeler le bureau pour vérifier. Ouf. Temporaire. On remplit un petit questionnaire qui nous mets aussi en garde contre les dangers de ce qu'on s'apprête à faire et on reçoit notre numéro de sécurité (qui sera collecté lors du retour au bateau, histoire d'être sur qu'on laisse personne en mer). En rendant le questionnaire, nouvel accrochage, je ne suis toujours pas sur la liste. Mais bon, ça passe, après que le ton soit un peu monté entre un des membres de l'équipage d'un côté, et Nadine et moi de l'autre. Oui oui, ils vont vérifier...

Au final, on part, donc j'imagine qu'ils ne vont pas me mettre à l'eau. Heu. J'espère!
Le temps est très couvert, il a même plu un peu ce matin, mais sur le Reef, cela devrait être dégagé. En tout cas Cairns et les collines alentours sont dans les nuages, c'est mystique...







Rapidement, le responsable de l'équipage nous réunit tous sur la plate-forme arrière et nous donne quelques règles de base de sécurité sur le bateau, et un peu d'information sur la plongée en elle-même. Jeune, dynamique, avec un discours bien rôdé et plutôt rigolo, il s'adresse clairement au public qui est là, principalement des voyageurs qui reviennent du festival de l'éclipse, sont encore bien stupéfiés et sont là pour s'amuser. Je crois qu'à part un autre couple, Nadine et Sarah sont les plus âgées. Quelques signes à retenir en cas d'homme à la mer, en cas de fatigue lorsqu'on palme autour du bateau, en cas de problème, ou si au contraire tout va bien, et il nous laisse à notre contemplation du paysage.










Le trajet vers la barrière de corail dure en fait près de 2h30 et à mesure qu'on s'éloigne de la côte, je suis de moins en moins rassurée. J'aime pas la pleine mer. J'aime pas ça, j'aime pas ça! Et puis si c'est si loin ça va être profond non? Et il y a des requins alors? Juste des petits répond Nadine, que ça amuse. Gnagnagnaaaa. Au moins, Sarah non plus n'est pas rassurée. Mais comme elle est culottée, elle demande au capitaine si on peut s'asseoir sur la banquette dans la cabine de pilotage et nous voilà toutes les trois en rang d'oignon à papoter avec le commandant du bateau. Moi, à mesure qu'on approche du premier spot, l'excitation et le stress commencent à me serrer le ventre. J'aime paaassss la pleine mer, j'aime pas l'eau profonde et d'abord il y a des requins...


Si le gps tombe en panne, on a la chance d'avoir un des derniers capitaines qui sait encore naviguer sans dans les parages. Youhou!

Première escale donc, avec une profondeur de 7m. Il y a quelques bateaux alentour mais ce n'est pas non plu bondé. Hop, on enfile tant bien que mal sa combinaison pour ceux qui en ont loué une, ou emprunté à David, comme moi, qui galère avec ma combinaison longue mais vais être bien contente de ne pas cramer ni geler une fois dans l'eau. On s'équipe, on se dirige en désordre vers les plates-formes de plongeon, armée de pingouins aux palmes colorées, l'air un peu stupide avec leur paille géante et leurs gros yeux.

Plouf. Et tout de suite ou presque, du simple fait de voir autour de moi, je suis plus rassurée. Même si clairement, durant cette plongée, je vais rester très près de Nadine et Sarah et veiller à ce qu'il y ait toujours quelqu'un entre moi et le "large" (comprendre : entre moi et un potentiel requin venant du large). La première impression est très mitigée. Il y a des poissons, pas mal même, mais je m'attendais à des formes et des couleurs incroyables, et je n'ai pas l'impression de découvrir d'espèces différentes de ce que j'ai pu voir en méditerranée (côté sardaigne) ou aux îles Gilis. Des portes-plumes, des poissons perroquets, d'autres qui ont l'air d'avoir un circuit imprimé fluo tatoué sur le museau, tout ça est joli mais déjà vu. Même le corail, dans ces premières minutes, me déçoit un peu.

Par contre il y a les bénitiers. Ces immenses coquillages, dont certains font pas loin de ma taille, vivants, plein d'une chair violet foncé ornée de paillettes vert fluo ou émeraude. Leur évent, blanchâtre, laisse voir l'intérieur de l'animal. Et c'est en regardant en détail leurs couleurs que je commence à me rendre compte de toutes celles autour de moi. Et de l'incroyable diversité de formes. Passé le moment de grisaille post plongeon, je découvre des tapis d'herbes sous-marine rosée, agités de mouvements fluides, des empilements calcifié, d'un jaune tendre, des forêts branchues, dures, d'une nuance de bleu jamais vue jusqu'ici. Et des verts d'eau, toutes les nuances de crème, de rose, de bleu, de vert, d'orange et de jaune, la majeure partie du temps pastels, mais parfois éclatants et tranchants sur le fond plus doux des autres couleurs. Incroyable, plus je regarde et plus ça change, plus je vois de différences, plus je perds aussi la notion du reste autour de moi.

Et puis d'un seul coup, coup de froid, malgré la combi, petit vertige. Il est temps de rentrer. Je me suis éloignée de Sarah et Nadine et n'arrive pas à les retrouver dans l'immédiat mais mon urgence est de retourner vers la stabilité du bateau. Grave erreur, car, à l'ancre et dans le courant, le bateau roule d'une flanc sur l'autre et le temps de me débarrasser de ma combinaison, j'ai pris une jolie couleur vert pâle. Pas petit déjeuner, fatiguée, je trouve plein d'explications, mais en attendant je m'allonge sur une banquette et j'essaye de calmer mon oesophage. Sarah, qui est aussi remontée, m'apporte une serviette humide et je reste là à agoniser. Heureusement, on repart assez rapidement et ça se calme dans mon ventre. Sauf qu'il est maintenant l'heure de manger, que l'odeur des saucisses bas de gamme grillées sur le barbecue me lève le coeur et que même le gout du pain et des salades me révulse. Mais le bateau avance toujours et je me force à manger, et ça finit pas passer. 

Deuxième escale, je me sens mieux, ré-enfile ma combi, resaute à l'eau et... AAHHHHH mais c'est profonnnnd!! Plus de 15 mètres, avec un mur de corail couvert de poissons à quelques coups de palmes de là, vers lequel je m'empresse de me diriger. Je me retrouve de nouveau dans une eau peu profonde, même s'il y a cette fois des creux à 8/10 mètres, et les formations coraliennes sont un peu différentes ici. Même scénario, je profite bien jusqu'au moment où je sens de nouveau une petite faiblesse. Pas vraiment envie de retourner sur le bateau ivre mais le courant est fort ici et je ne peux pas juste faire du surplace comme au premier spot. Un des moniteurs qui me voit lutter pour remonter et tourner au vert me conseille de redescendre à l'eau, en m'asseyant sur un boudin de mousse pour ne pas avoir à palmer. Me voilà donc, trônant sur ma frite en plastique mou, me retenant d'une main au bateau, les palmes dans 15 mètres d'eau. Je ne me sens pas très maline et, malheureusement, le simple fait de tenir le bateau et de le voir monter et descendre juste à côté de moi suffit à amplifier encore mon malaise. Bon et bien j'ai bien fait de me nourrir, au moins ça va servir aux petits poissons... Étonnant comme il est facile et presque agréable de vomir alors qu'on est déjà en quasi apesanteur dans l'eau.

Une fois l'estomac vide, je me hisse péniblement à bord et retourne m'allonger sur ma banquette de douleur, verte de nouveau. Là encore, dès que le bateau repart et que j'ai une serviette froide sur le front, la nausée passe. Et heureusement, car c'est l'heure du boom-netting pour les braves. Autant dire pas moi parce que je suis tout ce qu'il y a de plus fébrile. Mais Nadine et même Sarah y vont, enthousiastes. Alors le boom-netting c'est quoi? A l'arrière du bateau, l'équipage accroche un grand filet et, alors que le bateau avance (doucement dans un premier temps) une rangée de garçons saute, accrochés au bout du filet. Puis, le reste des enthousiastes saute tour à tour et vient s'accrocher dans le filet (ou dans les garçons, au choix). Le principe? Rester accroché quand le bateau accélère. Pour assurer le coup, la petite annexe va se poster 20 mètres derrière le bateau, pour rattraper les "hommes à la mer". Et c'est parti!











Au final, un certain nombre de filles décroche, le plus souvent rattrapées par le rang de garçons (aahh le mythe du chevalier servant) mais bataillant parfois de façon vraiment comique pour réussir à sortir du filet. Ça rigole certes, mais avec la pression de l'eau, certaines ont vraiment la sensation qu'elles risquent de se noyer. Au final, tout ce petit monde remonte en sécurité sur le bateau et, alors qu'on se dirige vers Cairns, sont servis en en-cas des crackers, du fromage, des fruits frais et des boissons. J'avale tout ça goulûment, puis me ré-allonge par précaution... et émerge deux heures plus tard.

Décidément, j'ai été une bien piètre compagne de virée. Nadine et Sarah, pas rancunières, s'arrêtent au passage chez David pour que je puisse lui ramener la combinaison (ce qui m'évite un trajet en bus) puis me déposent à Machans Beach chez Allister et Jez, avant de repartir vers Koah, tout en me proposant de venir m'y reposer si je ne me sens pas mieux les jours qui viennent. Elles sont vraiment en or.

Au final, malgré le mal de mer, qui n'est toujours pas réglé, contrairement à ce que je croyais vu que je ne suis plus malade en voiture, ça aura quand même été une chouette journée avec tous ces coraux! Je me souviens alors d'une phrase de la fille qu'hébergeait David quand je suis arrivée à Cairns et qui travaille sur un bateau de plongée "ce qui est incroyable, c'est qu'à chaque fois qu'on plonge, on en découvre de nouveaux!". Vivement la prochaine alors!

lundi 3 décembre 2012

Découvrir le contenu de ce que j'ai acheté

Acheter un van tout équipé à un backpacker, c'est un peu comme s'offrir une grosse pochette surprise. Alors que nous attendions le contrôle technique et les réparations diverses, j'ai eu tout le temps de vider le van et d'inspecter la totalité de son contenu.


L'aventure en photos, c'est par ici :

La bestiole sur la route, pour sa première sortie

Dans le van, il y avait tout ça!
Enfin non, pas le parpaing bleu ciel, ni le vélo, ni le lit, ni la chaise en plastique.
Mais tout le reste!

Une guitare, des tas de bouquins, des produits anti bêtes, un frigo, des palmes (trop grandes), une bâche, une paire de bottes (à ma taille), des tapis de sol, des guides de l'australie et de la nouvelle-zelande, des crèmes solaires, crème pour le corps, paquet de coton, insecticide...

Des casseroles, des saladiers, assiettes, tasse (x1), un duvet, une tente, une cible pour flechettes et ses flechettes, une raquette electrique anti-moustiques, une couette, des fringues de mec, des cables divers et variés, un sac à dos, une petite table pliante, du liquide de refroidissement, de l'huile moteur, un boîte pleine d'outils, de dégrippant, de cordes, sangles, rallonges, matériel de pêche...

La bonbonne de gaz du gaz cooker, une glacière pour l'eau, un bidon pour l'essence...
Je récupère même les restes de provisions!

Une fois trié, et mes affaires ajoutées à l'ensemble, tout remettre en ordre à l'intérieur :

Le lit, en version canapé banquette, et une bonne vue sur l'intérieur du van.
1, 2, 3, tout est là!
Ma cuisine, moins pratique que l'autre peut-être, mais bien équipée, et le hayon fait aussi étendoir à linge.
Le cockpit : un rideau à rayure pour isoler la "chambre", un frigo, et une casquette.
La route n'attend plus que moi!

Enregistrer son Van, c'est toute une aventure

A peine le contrôle technique en poche, nous filons vers le bureau d'enregistrement du queensland. Marie et Sylvain sont là encore d'une grande aide, restant avec moi et m'expliquant comment remplir les formulaires. Premier passage au comptoir, les documents sont prêts, tout est en ordre. Tout? Non, mon justificatif de domicile, une lettre de Jez sur papier libre, n'est pas suffisant. Il me faut le témoignage de quelqu'un ayant un permis de conduire, or Jez ne peut pas conduire. "Désolée, mais vous êtes coincée" m'annonce calmement la fonctionnaire.

Ok, plan B. Filer à Rusty's market pour demander à Allister s'il veut bien témoigner en ma faveur. Le petit hic? Jez et lui se sont engueulés méchamment hier soir, ou plutôt Jez l'a traité de tous les noms et menacé devant ses amis quand ils sont revenus à 8 ont commencé à se pourchasser partout au deuxième étage et à jouer de la guitare à 3h du matin... Jez a fini par les mettre dehors et même si je ne suis pas directement impliquée là dedans, j'espère qu'Allister n'est pas trop de mauvaise humeur. Arrêt au marché donc, on discute, on débriefe le drama d'hier soir et il signe bien volontiers le témoignage qui me permettra d'avoir la fameuse vignette sans laquelle je ne peux pas rouler. On se rend compte que l'adresse sur sa licence de conducteur n'est pas la même que celle de son domicile actuel, mais bon, c'est aussi le cas de ma carte d'identité et de mon permis et ça n'a jamais posé problème. Je file et le laisse à son ré-empaquetage en prévision du massage qu'il doit recevoir dans une petite dizaine de minutes.

Ahah. Retour au département des transports, re petit ticket numéroté, re-attente, nouvelle fonctionnaire. Très bien la feuille de témoignage est remplie et signée. Oh mais par contre il y a un problème, ce n'est pas la même adresse. Heu, ben non, il vient de déménager et... Ah oui mademoiselle mais là ça ne peut pas marcher, il faut qu'il change son adresse. Mais il peut nous appeler pour ça, si vous avez son numéro ça peut se faire très vite. Heu.. ben non, il vient aussi d'en changer..? Je me sens très misérable et piteuse sur le coup. Il faut donc retourner à Rusty's market, alors que je pense qu'Allister est déjà aux mains de la masseuse. Mais avant, détour par le parking de l'esplanade, où Sylvain et Marie sont censés récupérer leurs affaires, laissées dans le van de potes qui doivent partir d'ici ce soir. Sur le parking, les copains ne sont pas là, un coup de fil miraculeux car Sylvain est à bout de batterie et on les localise dans un des backpackers de la ville, en train de surfer sur internet. Conduire jusque là, prendre les clés, revenir sur le parking, prendre les affaires, retourner rendre les clés... Ça me laisse largement le temps de me rendre compte que le numéro d'Allister est noté sur la feuille de témoignage (ce qu'aurait pu me dire la fonctionnaire...), de l'appeler et de lui demander de passer le coup de fil pour changer son adresse.

Re-retour au département des transports, Sylvain démonte ses plaques pour la troisième fois de la journée et je retourne faire la queue. Ticket, numéro, attente, mon tour. Par chance, je tombe sur la même employée et tout avance plus rapidement. En 5 minutes j'ai payé, j'ai mes plaques en main et on les pose sur le van. "Voilà mademoiselle c'est bon vous pouvez y aller vous recevrez votre vignette sous 5 à 7 jours à votre adresse de résidence". Et merde. Je n'avais pas prévu ça, je pensais être libre de partir dès demain... Bien sur Jez pourrait me l'envoyer mais il est si facile à vexer que partir me fait prendre le risque de ne jamais recevoir cette vignette... Bon, on pensera à ça plus tard. Dans l'immédiat, on retourne à Machans Beach pour faire ensemble le virement de mon compte vers le compte de Sylvain et payer enfin le van, qu'il soit à moi. A MOI!

Oui, mais ce n'est pas si simple là encore. Normalement la procédure est toute con : je me connecte en ligne sur ma banque, rentre le rib ou l'iban du compte vers lequel je veux faire un transfert et reçoit un texto de validation qu'il me suffit d'entrer pour confirmer le virement. Un texto? Ah oui, un texto, sur mon ancien numéro français, sur une ligne qui n'existe plus donc... Grumph. Heureusement, maintenant qu'on a dématérialisé le compte en ligne, j'ai un numéro de téléphone qui me permet d'appeler 24h/24. Oui, mais l'agence en ligne ne peut se charger ni de modifier le numéro de téléphone, ni de prendre l'ordre de virement. Il faut que j'envoie un fax à l'agence physique. Un fax. A l'agence physique. Alors d'une à quoi ça sert de dématérialiser si à chaque fois qu'il y a besoin d'une vraie interaction on repasse par l'agence physique? Et de deux, un fax? Non mais sérieusement??? Mais ils vivent à quelle époque pour ne pas accepter les pdfs envoyés par mail? Rien à faire, un mail n'a pas de valeur juridique. On se retrouve donc à bidouiller un ordre de virement sur word, à y ajouter ma signature scannée sur un autre document, à enregistrer ça en format pdf et à l'envoyer à la mère de Sylvain qui a un fax et, miracle, sait s'en servir...

Au final, Sylvain et Marie dormiront ce soir encore dans le van, pour la dernière nuit, et je vais harceler ma banque ces prochains jours pour être sure que le virement passera bien avant leur départ d'australie, mercredi qui vient.

vendredi 30 novembre 2012

Passer le contrôle technique

C'est fou comme, après toute cette attente, les choses vont vite.

Cela dit, une fois le premier contrôle technique passé, mardi, la journée de mercredi se passe pour moi à attendre. Attendre le coup de fil de Sylvain qui va finalement trouver les pneus, réparer la rouille et le volant, après avoir cherché un volant partout.

Attendre l'estimation de Ian pour le montant des réparations. Et au final, on ne s'en sort pas si mal, même s'il n'est pas sur de pouvoir tout faire, ni de tout faire dans la journée de demain.

Mais c'est pourtant ce qui arrive. Déposé jeudi à 11h, le van est prêt jeudi soir à 17h, avec en prime un coup de fil de Ian à l'expert du contrôle technique qui nous fixe un rendez-vous au lendemain matin, vendredi, 10h. Ian a même trouvé la petite fuite à l'échappement et le bruit du moteur, et les a réparés, incluant ça dans le prix global qu'il nous avait déjà calculé. Je ne sais comment le remercier, d'autant que quand je le règle pour l'inspection des autres vans, il ne m'en compte que 3 sur les 4 qu'il a vu...

Jeudi donc, j'attrape Sylvain et Marie, sa copine, et nous voici partis pour le contrôle technique, en croisant les doigts pour que le volant et la rouille passent. Les réparations sont un peu à l'arrache mais on est relativement confiants parce qu'on ne voit pas en quoi ça menace la sécurité. On dépose donc le van et on va attendre plus loin que le contrôle soit fait. Un petit déjeuner vite fait avalé et le mécano nous rappelle. Mais c'est une mauvaise nouvelle qui nous attend à l'arrivée. L'expert ne veut rien entendre, il veut que ce volant soit changé (or il n'y a pas un volant de seconde main dispo dans les environs et un volant neuf coûte 800$) et il veut que la rouille soit mieux réparée que ça. Impossible de négocier, il nous oppose le fait qu'il risque sa licence s'il signe notre contrôle technique et se moque bien que moi ça ne me dérange pas de l'acheter en l'état. Sylvain lui réplique qu'il est sur que ça passerait auprès d'un autre mécanicien et celui-ci nous encourage d'un air sarcastique à nous en aller et à trouver quelqu'un qui validera notre contrôle technique en l'état.

On est dégoutés, on fulmine, ça aurait pu tellement bien s’enchaîner... Alors retour auprès de Ian, pour lui demander s'il n'a pas une idée. Et Ian, miraculeux, en a une. Comme l'a proposé Marie sur la route, on peut essayer de trouver un propriétaire de Mitsubishi Express et lui demander de faire l'échange des volants le temps du contrôle technique, et Ian peut réparer la rouille, mais seulement sur son temps de weekend, car lundi et mardi il est en formation. Si la solution du volant me plait bien, je n'ai pas trop envie de payer encore pour la rouille et surtout pas envie qu'il perde son temps à ça. Sylvain lui demande donc si un autre expert ne pourrait pas être plus facilement enclin à nous laisser passer. C'est un peu risqué car qui dit autre contrôle dit risque que de nouveaux problèmes soient considérés comme devant être réparés, mais ça peut aussi marcher et dans ce cas, avec juste 66$, on sera tranquilles. 66$ et un carton de bière précise Ian. J'ai d'abord l'impression qu'il rigole mais il nous dit sérieusement que ça peut marcher. On est vendredi, bientôt vendredi midi, et pour les australiens c'est Beer o'clock, l'heure de la bière et du début du weekend. Ian appelle donc son collègue et lui explique en plaisantant la situation : Le véhicule a été contrôlé dernièrement, il a réparé tout ce qu'il fallait, on a juste besoin d'une petite signature pour pouvoir conclure la transaction, et il se pourrait qu'on amène de la bière. Si moi je suis dubitative Sylvain est emballé, et on file au supermarché acheter deux cartons de bière. Un pour l'expert, et un pour Ian si ça fonctionne.

Et ça marche! On se présente comme venant de la part de Ian, le carton de bière bien en évidence entre nos deux sièges et l'"expert" fait rapidement un tour du véhicule, le démarre, puis sa femme prend les numéro du moteurs et du châssis  On va pour laisser le siège passager relevé pour qu'ils puissent checker le moteur mais elle nous dit que ce n'est pas nécessaire. Et puis son mécanicien de mari ressort du bureau et nous dit "alors il parait que vous avez de la bière dans ce van?". Heu, oui, on en a. Ok, et ben 66$ et un carton de bière et tout est nickel pour moi, puisque Ian le dit. On se regarde avec Sylvain, complètement incrédules que ça se passe réellement comme ça, mais on n'hésite pas longtemps et 5 minutes plus tard on est de nouveau en train de rouler.

Premier arrêt à l'atelier de Ian, pour partager notre joie et lui déposer son carton de bière, qu'il accepte d'un air gêné en disant qu'on était vraiment pas obligés... Je l'embrasserais volontiers tiens! Mais là il faut qu'on file faire enregistrer le van à mon nom. Car pour l'instant il est toujours au nom de Sylvain, qui ne sait pas bien comment faire annuler son enregistrement et qui voudrait récupérer ses plaques. On va donc se rendre ensemble au département des transports, mais ceci est une autre histoire...

Acheter un Van

Ahhhh le roadtrip en campervan, quel mythe. Mais avant toute chose, il faut trouver la bête.
Sur les conseils de David, je me suis focalisée sur les Toyota, et un modèle en particulier, le HiAce, qui est considéré comme un des plus fiables et donc très recherché. Confiante, j'ai attendu après l'éclipse pour me pencher vraiment sur mes recherches, pensant que de nombreux backpackers venus pour l'occasion revendraient leur fidèle véhicule une fois passé le festival. Par l'intermédiaire de Jez, j'ai mis la main sur un mécano de ses amis qui accepte de jeter un oeil aux vans qui pourraient m'intéresser, mais encore faudrait-il qu'il y en ait qui m'intéressent...

La fin de la semaine et toute la suivante vont donc se passer en check fievreux du site web, rafraîchit toutes les 15 minutes, pour ne pas louper LA perle, sillonage de la ville d'auberge de jeunesse en auberge de jeunesse, pour voir si les panneaux de petites annonces ne recèlent pas de trésors, visite de tous les concessionnaires auto (bien trop cher ma fille...) de Cairns... Un van d'une autre marque mais hyper bien équipé me passe sous le nez parce que je suis en dehors de la ville et que je n'ai qu'un bus par heure pour m'y rendre. On en voit deux autres, des Toyota, don l'un est vide, et l'autre que le mecano check pour moi, sans enthousiasme. Il n'est pas tout jeune, a beaucoup de kilomètres au compteur, semble ne pas avoir été très bien entretenu... Seulement voilà, il n'y a rien, celui-ci a le mérite d'être là, d'être haut de plafond, d'être déjà un peu aménagé, ce qui m'évitera de devoir construire un lit et une cuisine dedans... Et puis il vient avec tout un tas de garanties car il est vendu par un loueur de campervans. Bon, je suis un peu inquiète, mais ils prendront aussi soin de l'enregistrer pour moi, et il y a une assurance incluse... je suis prête à l'acheter. Mais Alain, un français qui fait lui aussi son business dans cette branche et que j'ai appelé par l'intermédiaire d'une petite annonce, me déconseille formellement ce van-ci, qu'il a vu lui aussi. En creusant un peu auprès du loueur je me rend compte qu'ils ne savent même pas précisément ce qui a été fait et quand sur le van, que la courroie de distribution, qui est censée être changée tous les 100 000 kms n'a probablement jamais été changée et que clairement, le van n'a pas été bien entretenu. Machine arrière toute, le matin même ou je dois aller le chercher, je rappelle pour annuler. Ça n'a pas l'air de les étonner plus que ça, et quelques dizaines de minutes plus tard, je le retrouve sur le site internet que j'ai déjà cité...

Je n'ai donc toujours pas de van. Pas de van. Et pas de petites annonces. Un autre Toyota, trop mignon, se présente. Modèle un peu vieux certes mais qui me ressemble bien, un peu bohème, avec sa couleur jaune et son pneu à l'avant. Son kilomètrage n'est pas faramineux et l'intérieur est vraiment trop mignon. Je suis sur le point de craquer quand Jez, qui jette un oeil à l'annonce par dessus mon épaule, me stoppe. Il s'agit d'un ancien van des télécoms australiens, des vans qui sont conçus pour ne pas pouvoir aller vite, ni loin, ce qui peut-être extrêmement dangereux sur autoroute ou en côte, lorsque je devrais rétrograder à 30 avec une file d'automobilistes furieux et près à me doubler à n'importe quel moment qui s'allonge derrière moi. Un petit coup de fil à la propriétaire (française) qui confirme qu'il est lent, et je lâche prise sur celui-ci aussi.





Et puis plus rien. Plus une seule nouvelle annonce. Mais où sont donc tous les vans qui étaient censés arriver après l'éclipse? Pas l'ombre d'un Toyota, à moins de regarder dans les petites annones du journal et d'accepter de payer 7500 à 8000 dollars pour un van vide, qu'il me faudra ensuite entièrement équiper. Je tourne en rond et je me rend bien compte que la patience de Jez, qui a mis un point d'honneur à m'accompagner pour ces démarches, histoire de pouvoir gérer la compréhension complète des informations, atteint ses limites. Je discute alors avec Violaine, qui me demande si ce ne serait pas plus simple et moins cher de prendre une voiture. Bonne idée!

Oui mais voilà, une voiture un peu fiable, c'est globalement le même prix qu'un van de backpacker. Et ensuite, il me faudra la revendre, pour acheter un van. Un emmerdement de plus. Et soudain, la révélation. A chaque fois, dans ma vie, que je cherche quelque chose et que je reste sur place pour l'attendre, rien ne se passe. Alors je lâche prise, et je commence à chercher comment me rendre à Brisbane en faisant des sauts de puce le long de la côte. Pas de covoiturage en vue, mais il existe un bus qui me permet, avec un pass trois mois, de monter et descendre où je veux. Enfin, où je veux là où il s'arrête, et sans possibilité de revenir en arrière. Après tout ce n'est pas si mal comme solution. Je ne serais pas libre comme si j'avais un véhicule, mais au moins je pourrais visiter un peu. Et puis mes futurs hôtes pourront surement venir me chercher dans la ville la plus proche de chez eux. Encore une fois, je suis prête à acheter. J'attends juste des réponses d'autres hôtes, plus bas sur la côte, pour savoir quand partir. Mais les deux me répondent que ce serait plus simple si j'avais un véhicule.

Et puis coup sur coup, au début de la semaine suivante, alors que j'ai quasi abandonné l'idée et que je ne jette qu'un vague oeil,  je vois trois vans qui me plaisent. Et là ça va très vite, car je ne suis pas la seule sur le coup. J'arrive à convaincre les propriétaires de me les amener ici, à Machans Beach pour que Ian puisse les contrôler. Premier van checké, l'intérieur est juste génial, grand, bien aménagé, avec un lit qui se replie en banquette, un tas de matériel, un frigo et même une planche de surf. Mais Ian est un peu dubitatif sur le prix compte tenu de ce qu'il a relevé comme étant à faire sur le van pour être sur que je peux partir avec l'esprit tranquille. Je décide de prendre la nuit pour réfléchir et de voir un deuxième van, que je n'arriverais à faire venir que le lendemain. Les proprios du premier van sont censés me le garder au frais, mais en même temps des anglais sont aussi intéressés et pourraient dégainer les premiers. 

Le second van, s'il est plus fiable d'un point de vue mécanique, me plait vraiment moins. Plus petit, sans frigo, sans lit repliable, il me rend un peu claustrophobique. Seule la partie cuisine est sympa. Et même si Ian me confirme que de ceux qu'on a vu, c'est celui en meilleur état, je n'arrive pas à m'imaginer vivre dedans durant plusieurs mois. D'autant qu'il y a aussi des réparations à faire, que celui-ci n'a pas son contrôle technique, qu'il est enregistré à l'autre bout du pays et que je n'aurais jamais le temps d'y aller avant la fin de l'enregistrement, ce qui risque de compliquer les choses. Il n'a également pas de vitre arrière, ce qui peut poser problème pour le contrôle technique, et à la place un panneau sur lequel un aborigène a été dessiné à la brosse à dent. Pas évident à revendre non plus donc.

Ceci n'est pas mon van

Une cuisine bien sympa, mais ça ne fait pas tout
Pas mal le bureau à l'intérieur
 Les proprios sont super sympathiques mais pas mal stressés car ils doivent partir d'ici deux jours et n'ont trouvé personne pour leur reprendre le van. En discutant ils me disent que trois anglais étaient intéressés par leur van mais en ont vu un autre, dont le lit se transforme en banquette, et leur ont donc dit qu'ils allaient prendre celui-là. Soit le van que je voulais aussi! Je m'empresse de rappeler les autres proprios mais clairement c'est trop tard, les anglais sont surs, ils ont le cash avec eux, et moi je veux juste revoir le van et je ne peux les payer que par virement... Et voilà, second van qui me passe sous le nez. Je remercie les proprios de celui que je suis en train de voir et leur dit que je vais les rappeler dans l'aprem puis rentre de chez le mécano à chez Jez, déprimée d'avoir loupé celui qui me plaisait tant.

Nouvelle connection sur Gumtree à peine rentrée et un autre van me tape dans l'oeil. J'avais déjà vu l'annonce pour celui-ci il y a deux semaines mais elle a été modifiée depuis. Ce n'est pas un Toyota, mais un Mitsubishi, la deuxième marque la plus fiable selon Ian, avec un peu de kilomètrage, mais plutôt jeune, potentiellement bien entretenu, et à voir les photos, l'intérieur est pas mal. Je rappelle Ian et le proprio de ce van dans la foulée pour fixer un rendez-vous dans l'aprem. Au premier abord, le contact ne passe pas super bien avec Sylvain, le proprio, moins bien qu'avec les deux précédents couples, mais le van est clairement en excellent état et Sylvain est pressé de vendre. On négocie sur le fait qu'il y a la contrôle technique à faire et Ian nous liste ce qui pourrait éventuellement être relevé par l'inspecteur. Puis, parce que Sylvain pense que c'est plus sur qu'il aille se charger du contrôle technique, Ian appelle un de ses collègues et nous envoie vers lui, ou plutôt envoie Sylvain, qui se charge de la corvée tout seul. Au final, une liste un peu moins longue que ce que Ian avait relevé, mais pas mal de petites choses à régler. On discute, on négocie, et on arrive à un accord : Sylvain se charge de trouver de nouveaux pneus, de réparer le volant et les endroits rouillés et Ian réparera le reste, ensuite on partagera les frais. En deux parts égales. Je crois que j'ai énormément de chance sur ce coup là, parce qu'il pourrait clairement me le vendre en l'état (même si je négocierait à la baisse) ou au moins ne pas se charger de quoi que ce soit ou me laisser payer les réparations.

Je crois bien que j'ai trouvé mon van. Reste à voir le montant que Ian me demandera pour les réparations et négocier le prix final. En tout cas Ian m'aura été d'une aide précieuse. Cet homme est vraiment adorable. Il est même incroyable d'honnêteté et de serviabilité, essayant de négocier pour moi auprès des propriétaires, me donnant ses conseils sans jamais rien m'imposer en les formulant d'une façon toute paternelle : "si je devais mettre ma fille dans un van, ce serait plutôt celui-ci que les autres qu'on a vu".

lundi 26 novembre 2012

Quand vient l'éclipse

Lundi 12 novembre
Alors que le jour de l'éclipse s'approche, je n'ai toujours aucune réponse claire d'Allister, qui maintenant ne semble même pas sur d'aller lui-même à Yarrabah, la communauté aborigène. On est donc passés de "on va y aller ensemble ça sera super" à "Je peux surement trouver quelqu'un pour t'y emmener" à "je crois que je vais la regarder depuis la plage ici, tu devrais peut-être voir par toi-même comment t'y rendre". Bien bien bien, ce n'est pas comme si la première fois qu'on s'est rencontrés je lui avais très clairement demandé ce que je ferais si je venais chez lui (travailler au jardin, avec lui dans le réseau et pour préparer le rassemblement, normalement) et s'il était possible de se rendre dans la communauté pour l'éclipse.

Jez, manifestement plus fiable qu'Allister, est venu à ma rescousse quand j'ai commencé à me noyer dans les potentiels bus pouvant mener à la communauté et devant le manque d'information données par le site du rassemblement des sages. Après avoir passé une bonne partie de la matinée à appeler des loueurs de voitures et de van pour savoir s'il leur restait quelque chose (et pour découvrir par là même que tout est booké pour l'éclipse et le festival qui a lieu dans les Tablelands, mais genre TOUT), Jez fini par appeler Robert, du Real Food Network, un des seuls avec qui il ait gardé de bons contacts. Et là patatra! J'apprend qu'il n' a aucun moyen pour moi d'aller au rassemblement car les entrées sont sur invitation et que la seule façon de se faire inviter est d'avoir aidé à l'organisation et à la préparation. Au passage, Allister n'est pas non plus invité, car il n'a pas levé le petit doigt pour aider ces dernières semaines. Frustration, colère, je me laisse aller à dire à Jez que j'aurais aussi bien pu rester chez Nadine et Sarah à ce compte là, parce que si je suis venue c'est principalement pour voir l'éclipse dans la communauté et pour bosser avec lui, et vu qu'on ne fait presque rien au jardin... S'ensuit une bonne grosse engueulade car, comme me le fait comprendre Jez, lui n'a rien à voir avec ma venue et n'aurait même pas du se charger de moi, vu que c'est Sjoerd que j'avais démarché et que celui-ci s'est déchargé sur Allister, qui s'est déchargé sur son coloc.

Malaise. On arrive à calmer le jeu et à discuter plus en détails et je me rend compte alors du merdier dans lequel j'ai foutu les pieds : Allister et Jez sont associés dans cette histoire de jardin potager avec une autre personne, a qui appartient le terrain et qui leur a promis monts et merveilles au début, pour tomber ensuite malade et ne rien pouvoir tenir de ses promesses et projets. Ce n'est pas de sa faute mais c'est un premier paramètre. De son côté, Allister, qui devait aider 2 jours par semaine au jardin, fait tout sauf ça et est, comme j'ai pu le remarquer, plutôt non fiable. Ajoutez à cela le fait que Jez a de gros soucis de santé qui l’empêchent de conduire et de travailler mais n'est pas pour autant reconnu comme invalide donc n'a pas le droit à une pension. Paramètre important, ce défaut de pension fait qu'il n'a pas les moyens de construire et d'améliorer ce jardin (déjà impressionnant de productivité pour un ouvrage qui n'a que quelques mois). Ça commence à vous donner une idée de l'étendue de sa démotivation. Encore une petite couche? Il est en instance de divorce avec sa femme qui ne le laisse ni voir ni parler à son fils de 3 ans, femme dont les sentiments ont changé du tout au tout quand elle a arrêté la pilule (aahhh la magie des hormones) et du fait de sa grossesse difficile. Bref, j'en passe parce qu'il y a trop d'histoires à raconter, mais la vie est une sacré salope avec Jez et je n'arrive pas au meilleur de son envie de partager ce qu'il sait de l'agriculture.

Il s'engage néanmoins à ce qu'on bosse sur des choses qui m'intéressent, à me fournir en livres, en documentaires, toutes ressources utiles et contacts pour la suite de mon voyage, dans la mesure de sa motivation. Et puis nous partageons un gout prononcé pour la musique, ce qui fait que les temps creux sont tout de même agréablement meublés d'heures d'écoutes de bonne musique et d'essais musicaux divers. Je décide donc de rester tout de même, et qu'on aille voir l'éclipse de la plage, puisqu'il est difficile de faire autrement.

Le jour J, mercredi, réveil à l'aube pour se rendre sur Holloway Beach, un tout petit peu au Nord de Machans, qui devrait être plus calme. On traverse pour ça un bras de rivière qui pour l'instant nous monte au genou mais va grossir avec la marée. On se trouve un bout de plage déserte, on se met en position et on attend que le soleil se lève. Ce qu'il ne tarde pas à faire, pour aller directement se planquer derrière les nuages. Et alors que l'éclipse est censée commencer, une petite pluie fine nous tombe dessus.





Une éclaircie nous permet d’apercevoir les premiers moments du passage de la lune devant le soleil, et mes lunettes sont assez bonnes pour que je puisse prendre des photos au travers. Ce n'est malheureusement pas le cas de celles de Jez (je vous ai déjà dit que ce mec était maudit?) et je le force à ce que nous échangions régulièrement, pour qu'il puisse voir un peu la progression du phénomène.


  
Et puis, de nouveau, de gros nuages masquent le soleil, et on commence à désespérer de voir la totalité. On décide donc de retraverser le bras de mer et de se rapprocher de la maison. Sauf que l'eau monte maintenant en haut des cuisses. Heureusement, prévoyante, je me suis mise en maillot sous mon pantalon, et, même s'il caille, je préfère être les cuisses nues qu'en pantalon trempé. On poireaute un peu de l'autre côté, hésitant sur la conduite à suivre, mais j'arrive à le convaincre de rester. Et je fais bien, car juste avant la totalité, le ciel se dégage un peu. Le soleil n'est alors plus qu'un croissant et la lumière autour de nous change de façon vertigineuse. Ça ne ressemble en rien aux lueurs de l'aube ou du crépuscule, c'est à la fois bien plus étrange et plus impressionnant que ça. Cette lumière qui magnifie les contrastes a quelque chose de profondément anormal, comme si du fond de mon cerveau reptilien, un ancien sens me disait "quelque chose ne va pas".





Photo de Jez
Et soudain, une vague d'ombre se dirige sur nous et nous enveloppe. Caché par la lune, le soleil n'irradie plus que sa couronne, d'un blanc lumineux qui ne nécessite plus le port des lunettes. Dans le ciel, une étoile brille, et l'horizon est bleu et rouge. Une immense exclamation secoue la plage et je me rend compte que je crie moi aussi, transportée, à la fois surexcitée et un peu angoissée, de cette angoisse primale qui te fait te dire "le soleil va-t-il revenir????". Excitée comme une gamine je rigole, bats des mains, souris aux anges et à la couronne solaire, là haut. Une photo, une seule, et puis j'arrête de regarder le monde à travers mon objectif et me remplit de ce moment.


Mais rapidement un petit nuage mutin vient se placer très exactement entre le soleil et nous. Nouvelle exclamation, de dépit cette fois, et nous restons tous là, le nez en l'air, à prier pour qu'il s'éloigne. L'intensité de la concentration des gens autour de moi est si forte qu'elle en est palpable.

L'éclipse qui disparaît derrière cette saleté de nuage!
Et puis, juste alors que la totalité de l’éclipse va s'achever, le soleil en gloire sort de derrière le nuage, et nous offre une dernière seconde de couronne solaire avant qu'un rayon perce et nous éblouisse, marquant le début de la phase de découverture. Une nouvelle fois nous hurlons tous ensemble, et je suis finalement contente d'être là, à partager cette expérience avec des gens que je ne connais pas, mais qui sont, dans cet instant, mes frères et soeurs en émerveillement.


Regarder une éclipse totale depuis son balcon... il y a pire.