Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

samedi 24 novembre 2012

De l'ordre au chaos

Mardi, après une visite au jardin potager de la maison, les frères d'Allister repartent sur Melbourne, non sans m'avoir copieusement invitée à venir les visiter lorsque je passerais dans le coin. Son père, lui, reste encore jusqu'à la fin de la semaine mais entend dormir sur le matelas du salon, me laissant la petite salle de méditation pour chambre. Je m'en étonne encore une fois, mais vu que deux autres personnes dorment également sur le balcon, un allemand et une hollandaise, je ne me fait pas prier pour avoir un espace un peu privé. C'est la maison du bonheur ici! Jez, le coloc d'Allister, a quant à lui deux allemandes qui dorment à son étage. D'accès difficile, il n'a pas eu l'air d'apprécier qu'Allister ne l'ai pas prévenu de ma visite et m'a dit sèchement que pour l'instant il n'avait pas de travail à me confier. Heureusement, ça se détendra un peu au fil des jours.





Sur le chemin du jardin, l'entrée d'une extraordinaire grotte de verdure...
Jez au jardin
Cette semaine se partage donc entre collecter les feuilles d'eucalyptus qui empoisonnent le sol des jardinières construites par Jez, ramasser et trier les tomates, se débarrasser des tomates pourries, et passer beaucoup de mon temps avec Rod, le père d'Allister, car ce dernier n'est presque jamais à la maison. Je vais tout de même lui filer un coup de main le samedi au  Rusty' market, ancien marché fermier qui propose maintenant des produits venant de toute l'Australie. Allister y tient le tout nouveau stand de l'association Real Food Network, dont il m'avait déjà parlé quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois. La journée,e encore une fois, est très très calme. La seule partie du stand qui attire vraiment les foules est le frigo qui contient des fromages locaux qui, s'ils n'ont pas la saveur des français, ne se défendent pas si mal. L'un d'entre eux notamment, aux noix de macadamia, a vraiment un gout incroyable.
Une des affiches du Real Food Network
Après la vie bien cadrée et apaisante de Koah, la désorganisation et la démotivation qui règnent ici (c'est moi qui insiste pour aller au jardin tôt, afin de moins souffrir de la chaleur, moi encore qui pousse pour qu'on y travaille réellement) me laissent un peu confuse. Mais l'éclipse est dans une semaine et Allister m'a, depuis notre rencontre, fait miroiter la possibilité d'aller aider à la préparation d'un grand rassemblement de sages de toutes nationalités, dans une communauté aborigène des environs. L'objectif est de créer une grande structure de bambous qui hébergera l’évènement. Une sorte de cérémonie doit avoir lieu, car cette éclipse est annoncée dans les prophéties aborigènes comme le début d'un nouvel age, et sont prévus des chants, danses et histoire traditionnelles. J'ai vraiment hâte de participer à ça et je mets donc de côté les désagréments de ce nouveau rythme, en me disant que je vais m'y habituer. En tout cas, la maison et le jardin sont incroyables...











Petit jeu de mot sur "tow"/remorquer et "toad"/crapaud...
Du coup moi j'ai le droit de me garer, en bonne française/frog!




La vie est quand même plutôt douce ^^

jeudi 22 novembre 2012

Plonger dans un tourbillon australien

A peine attrapée par Allister à la descente du bus, je me retrouve plongée dans une grande effervescence. Une des raisons pour lesquelles je n'ai pas poussé pour partir plus tôt de chez Nadine et Sarah (alors que j'aurais pu le faire dès jeudi) c'est qu'Allister accueille actuellement ses trois frères et son père, jusqu'à demain. Il y a donc des matelas partout dans la maison et sur le balcon.

Mais dans l'immédiat, ils envisagent de se diriger vers le Nord de l'Australie, notamment le parc national de Daintree. Et, petite chanceuse que je suis, il reste une place dans la voiture, malgré la présence d'Amanda, la copine d'Allister. On part donc à 7, moi un peu étonnée d'être intégrée aussi immédiatement et complètement. Les premiers moments ne sont pas évidents car sur trois rangs de passagers se tiennent trois conversations, toutes en anglais évidemment et en expressions chelous australiennes, et parfois les conversations des différentes rangées se croisent. J'ai la tête qui explose un peu et je reste très concentrée, souriante, mais plutôt silencieuse. La bouche pleine des provisions apportées par Amanda et de mangues ramassées en route, j'observe, j'écoute. Étrange sensation d'être là en tant qu'ethnologue, observateur des faits et gestes d'une famille australienne typique.

A ce que je comprend, le premier but de notre roadtrip, après un arrêt à Mossman, est un terrain qu'Allister a acheté dans le Daintree, et sur lequel il envisage de faire construire une maison. On traverse la rivière en bac, espérant en vain voir des crocodiles, puis, rendus à pied d'oeuvre, on débarque en désordre. Je me sens encore une fois en décalage, avec mes chaussures de rando et ma crème solaire, alors qu'ils sont tous en claquettes et bataillent pour trouver des chapeaux. Heu, mais qui est local là? Parce que c'est bien gentil de vouloir aller marcher dans les hautes herbes mais c'est probablement blindé de serpents ici (un joli serpent arboricole vert et jaune qui nous reluque du haut de sa branche me donne rapidement raison). D'ailleurs Amanda, qui a déjà été mordue par un serpent (non venimeux) commence à psychoter. Comme je ne suis pas parfaitement à l'aise non plus, et que personne n'a de bandage de compression en cas de morsure, on reste là dans les hautes herbes pendant qu'Alli et deux de ses frères finissent le tour de la propriété. Son plus jeune frère, "blessé" au pied par une herbe coupante, reste également auprès de nous et de son père.


Allister au milieu de la clairière, ça lui va très bien

C'est finalement sur le dos d'Allister que sa petite amie fera le chemin inverse, persuadée qu'elle est qu'il y a des serpents qui grouillent autour de nous. On continue ensuite à remonter vers le Nord de l'Australie, et Cap tribulation, un des rares lieux où la forêt pluviale s'étend jusqu'à la plage. A chaque escale, c'est les chaises musicales, et je me retrouve ainsi assise à côté de chacun des frères à son tour, ce qui permet d'entamer de bien sympathiques discussions.



Une glace biodynamique au gout étrange plus tard, on s'arrête pour manger (oui, dans ce sens là) dans un café au milieu de la forêt, où les chants des oiseaux sont si forts qu'on a du mal à s'entendre discuter. Accolés au café, un vivarium et un mini-parc ornithologique donnent une idée de la palette des oiseaux tropicaux et reptiles plus ou moins sympathiques qu'on trouve dans le coin.

Pour ceux qui n'ont pas encore saisi l'immensité de l'Australie, cette carte postale est pour vous.
Aussi étrange que ça puisse paraître, ce petit serpent,
fin comme un trait de pinceau, est absolument magnifique

Alors que je somnole dans la voiture, on se dirige vers le Sheraton Mirage, un des prestigieux resort de Port Douglas. Complètement ensommeillée, je demande à Hillary, le plus jeune des frères, ce qu'on fait ici, car je n'ai pas suivi les discussions excitées qui traversent la voiture. Il s'avère qu'il s'agit d'une sorte de pèlerinage familial : lorsqu'ils étaient enfants leur père était très riche du fait de sa société de construction et il avait acheté un bungalow dans ce resort. On revient donc sur les traces de cet endroit qu'ils ont du vendre lorsque la société à fait banqueroute, et qu'Hillary, de 12 ans plus jeune que les jumeaux, eux-même 3 ans plus jeunes qu'Allister, n'a que très peu connu. Les jumeaux et Al sont en tout cas surexcités de revoir l'endroit et d'y retrouver des sensations, des souvenirs. Les marches de bois de l'escalier qui mène à la plage, et le magasin de bonbons où ils allaient en secret, alors même qu'ils faisaient mettre leurs achats sur la note de leur père.





La joyeuse petite troupe se replie en désordre
Passés l'émotion et les souvenirs, on remonte en voiture, moi à l'arrière avec Hillary qui est décidément le plus facile d'accès des garçons, et on papote tout le retour à propos de voyage, du site de couchsurfing etc. Il envisage de partir 4 mois en Amérique du Sud ce printemps et désespère de ne pas pouvoir étendre son voyage, au risque de perdre son emploi.

A bon port, on se dirige vers un restaurant thaïlandais que nous offre le père d'Allister, qui ne veut rien entendre de mes protestations. La nourriture, si elle n'est pas dans mes prix, n'est pas si chère que ça, et surtout, elle est divine. C'est un buffet, fin, plein de saveurs, et la conversation meure autour des assiettes qui ne cessent de se remplir et de se vider côté famille Lorden. Amanda et moi ne tenons clairement pas le rythme.

Arrivés à la "maison", alors que je m'apprête à dormir dans un coin sur mon matelas, Hillary me laisse spontanément son lit sous moustiquaire sur le balcon, pour partager un matelas avec un des jumeaux. Et pas moyen de refuser. Étonnant comme ces gens sont chaleureux et près à se plier en 4 pour vous alors même qu'ils vous connaissent à peine. Plusieurs fois au cours de cette journée je me suis demandée si nous, famille française, aurions fait de même. Et ce n'est pas la première fois que je me pose cette question depuis mon arrivée en Australie. Les habitants sont vraiment ouverts et serviables, ça me change de Paris!


lundi 19 novembre 2012

Dire au revoir

Lundi 5 au matin.
6h25, mes affaires sont empaquetées. J'ai avalé, le coeur serré, un dernier bol de muesli avec un peu de yaourt de chèvre maison et une cuillère de tahini dedans. Encore une gratouille derrière les oreilles de Sula qui ne comprend pas pourquoi ce matin sa promenade est retardée. A la périphérie de ma bulle de solitude, je vois Sarah qui vaque à des activités un peu prétextes, juste pour rester dans le coin.
6h30, mon sac dans la voiture. La gorge serrée, Sarah et moi on se dit au revoir. Les mots ont du mal à passer, d'un côté comme de l'autre. On a l'impression que j'étais là depuis des mois, il s'est passé tellement de choses.

Allez zou, on va pas pleurer quand même, je saute dans la voiture et on file avec Nadine vers Kuranda. On passe notre trajet à discuter de la possibilité d'aller ensemble voir la grande barrière de corail en palmes/masques/tuba dans les semaines à venir, et ça me remonte un peu. En me déposant à l'arrêt de bus, Nadine me serre dans ses bras et me dit que si je veux revenir, la porte m'est grande ouverte quand je veux. Une grosse inspiration qui tremblote, et je reste là, seule à attendre le bus. Pour distraire la solitude lancinante qui m'envahit, je prend quelques dernières photos de Kuranda.




Dans le bus, au milieu des écoliers qui descendent dans la vallée, je me cale contre une vitre, ma casquette enfoncée bas sur les yeux, ma playlist spéciale "c'est normal d'être triste, c'est ça aussi le voyage" dans les oreilles. Les larmes ne tardent pas et je ne les retiens pas. J'ai été heureuse et sereine ici à Koah, j'ai touché du doigt cette vie dont je me demande si je saurais la mener, j'ai rencontré de belles personnes. Mais c'est leur vie qui se déroule ici. Pas la mienne. La mienne est devant moi, encore à écrire, à construire, à découvrir petit bout par petit bout en creux, dans l'ombre de ce qui me manque dans les modes de vie des autres. J'espère juste que tous les adieux ne seront pas aussi durs. Et en même temps, à quoi bon voyager et vivre auprès des autres, partager avec eux, si on se tient en retrait, si on ne s'implique pas. Cette tristesse est profonde, mais elle est douce aussi, et je sais que je garderais en moi ces expériences. Elles me rendront riche, forte, comme cette terre féconde d'avoir été bien travaillée.
Farewell Nadine et Sarah, vous allez me manquer.


Un dimanche en forêt

Le temps passe et j'ai du mal à écrire le dernier jour de mon séjour chez Nadine et Sarah. Il faut dire que malgré les évènements riches en adrénaline (ou peut-être en partie grâce à eux) j'ai passé de très bons moments ici, au calme, sereine, avec la sensation rassurante que la vie peut-être aussi simple et aussi auto-suffisante que ça. Quelques poules, quelques chèvres, un potager, une voiture pour deux et un boulot à mi-temps. Mais allons-y pour la dernière journée.

Ce dimanche, une fois les tâches matinales expédiées, on part en forêt. Comme il a fait humide et plu ces derniers jours, je suis prévenue qu'il risque d'y avoir des sangsues (elles m'auront tout fait...). On se couvre donc en conséquence, mais sans oublier nos maillots car au fond de la forêt coule une rivière. Un petit détour par le marché de Speewah, où je règle rapidement les détails de mon transfert du lendemain avec Allister, et nous voilà partie pour la journée. La voiture de location perd un peu d'essence, et est si basse qu'on se demande à un moment si on va réussir à passer la piste qui mène au chemin de promenade. Mais finalement tout va bien, on se gare sur le bas côté et on commence une ballade de quelques heures dans la forêt pluviale australienne.


De ce qu'elles m'expliquent, l'endroit est un ancien lieu de coupe et de débardage à cheval, et le premier chemin est large en conséquence. Le sous-bois est en fait assez sec, et nous ne devrions pas avoir à nous soucier de sangsues. Les premiers signes de présence animale se présenteront sous la forme d'excréments (frais) de Cassowary, cet animal de près de 2m qui est de plus agressif mais qui est aussi complètement nécessaire à la survie de la forêt puisqu'il permet la germination d'une bonne partie de ses graines, une fois qu'elles ont transité par son système digestif. Trace, mais pas son, et nous continuons notre ballade, moi m'émerveillant de la nature environnante. Certaines lianes, couvertes d'épines, pendent paresseusement en travers du chemin. Nadine, qui n'est jamais en reste d'une histoire horrible, m'explique qu'elle en a pris une dans l'oeil une fois (désolée Violaine, je sais... c'est rien, elle va bien, son oeil va bien, j'arrête de parler d'oeil) et, m'invite à jouer de l'opinel qui ne me quitte pas pour en éliminer une bonne partie. Elles sont effectivement acérées comme des couteaux et également très résistantes.

Cette perle naturelle et incroyablement brillante, c'est une noix de muscade et son macis


Pas pu m'empêcher de siffloter "l'air du vent" en songeant à Pocahontas, de Disney.
Assez rapidement on passe sur du chemin bien plus étroit et plus raide, où on ne peut passer qu'à un de front, et je laisse Nadine mener. C'est qu'il y a parait-il des serpents ici, et elles sont plus habituées que moi à scanner les environs. Un mouvement sur ma droite me fait bondir à un moment, car vu l'intensité du frissonnement des feuilles, il s'agit de quelque chose d'assez gros. Comme un gros lézard, un serpent, un petit rongeur. C'est à ce moment que je remarque que j'ai le pied sur une branche qui traverse le chemin. Et que si je le soulève puis le redépose sur la branche, les feuilles à ma droite bougent. Ahem. Effectivement, c'est quelque chose d'assez gros. Une soixantaine de kilos à vue de nez. Me moquant de moi à mi-voix, je rejoins Nadine, qui est déjà arrivée au premier trou d'eau et lui raconte, histoire qu'on soit deux à se moquer.

L'endroit est irréel, complètement magique. Un ruisseau serpente entre de gros blocs de pierre et se jette dans une sorte de piscine naturel à l'eau claire comme du cristal, où barbotent des petits poissons et des écrevisses. A priori, pas de crocodile. A priori. De toute façon l'eau est tellement froide qu'on ne fait guère qu'y barboter quelques instants. Un délice après la descente qui a été plutôt chaude.




Salut toi, ce soir on mange tes copines!
Petit pique-nique, et on repart pour un deuxième spot en suivant la rivière jusqu'à l'endroit où elle cascade et va se jeter, une trentaine ou quarantaine de mètres plus bas, dans une autre piscine naturelle. Nadine, toujours téméraire, me dit qu'elle cherche depuis des années un moyen de descendre, et commence à regarder de nouveau comment s'y prendre, sous les exclamations effrayées de Sarah. C'est que c'est haut tout de même.

Ici c'est le royaume de la plante epiphyte


Oh, une epiphyte en forme de coeur!
A défaut de descendre, on reste là un bon moment à papoter de nos vies, les pieds dans l'eau fraîche et les maillots qui sèchent sur la pierre chaude. J'aime leur vie, simple, emplie de petits bonheurs, même si tout comme Sarah je ne sais pas si je pourrais un jour me faire à un pays qui a une "saison des catastrophes"...
La remontée est moins sympa que la descente car l'air est aussi plus lourd, mais là encore de belles choses nous attendent : point de vue sur la mer, arbres géants au tronc rectiligne qui servaient pour les mats des bateaux... Plus confiante, je prend à un moment la tête, pour me faire brusquement retenir par le bras par Sarah qui murmure "snake". Un bond en arrière (alors que je suis à plusieurs mètres du serpent, soyons honnête) et je regarde, fascinée, Nadine s'approcher de ce que moi je n'aurais jamais remarqué : un long et fin serpent vert fonçé, extrêmement délicat, qui finit par s'éloigner en sinuant. Et hop, encore une petite bouffée d'adrénaline. Je repasse à l'arrière, donc, hein.











La bouffée suivante ne tarde cependant pas. Qu'est ce que... mais c'est un rugissement! Il y a des tigres en Australie??? Non. Il n'y en a pas. Mais il y a des Cassowaries. Le rapport? Ben un Cassowary ça cri comme ça  Et ça fout les jetons quand on est au milieu de la forêt et qu'on ne sait pas s'il est devant ou derrière nous. Non parce que moi, être picorée à mort par un bestiau de 2m, ça me tente moyennement... Mes hôtes n'ont pas l'air tellement rassurées non plus et pour détendre l'atmosphère, je commence à blaguer sur le fait de partir en courant les bras au dessus de la tête, histoire de lui faire croire qu'on est plus grandes que lui si jamais on le croise. 

Au final, la remontée se déroule sans incidents, et une bonne tranche de pumkin cake fait par mes soins en adaptant la recette d'Eugeny nous attend à la maison, avec un bon thé, pour nous remettre de nos émotions. En passant je prend enfin en photo une maison que je reluque depuis des jours, sans jamais avoir demandé qu'on s'arrête. L'arbre à côté, de ce violet très étonnant que la photo ne rend pas assez bien est un Jacaranda. Ça, les frangipaniers et les poinciana, des arbres sublimes et rouge feu, se sont de vrais régals pour les yeux...




C'est ensuite la valse lente du ré-empaquetage des affaires, où je me maudis pour la quarantième fois d'avoir "tant" de choses et un si petit sac. Mais tout fini par rentrer, en forçant un peu, et, pour le dernier repas, nous nous attablons devant les écrevisses pêchées dans la mare. Un vrai délice. On se détend, on blague à propos des derniers évènements  personne n'a trop envie d'aller se coucher... Et puis un cri horrible déchire la nuit. Une sorte de Blllblblblblblblblblblblleeeee furieux, accompagné de grands bruits. Pas le temps de comprendre, Sarah et Nadine ont sauté sur leurs pieds et sur la lampe torche en criant "un serpent!"/ "le coq!", et filent vers le poulailler. Le faisceau de la lampe s'agite un moment, et Nadine confirme "c'est un python! Là, dans l'arbre. Mais c'est bon, Harry n'a rien!". Harry, le coq challenger, qui dort dehors, dans un arbre, pour ne pas se battre avec le dominant, et qui vient de peu d'échapper à la strangulation.

Le pauvre bestiau tourne en rond, complètement paniqué, et pour être sûres qu'il ne risque rien, mes hôtes décident de l'attraper et de le mettre en sécurité dans une boîte à l'intérieur de la maison. Il faut pas moins de nous 3 et des deux chiens pour arriver à circonvenir l'animal, qui pousse des petits "cot" piteux et angoissés. On va ensuite voir le serpent de plus près, et, perché en hauteur, sur de lui avec ses deux mètres trente, celui-ci nous tire la langue... La décision suivante de Nadine m'est plus difficile à comprendre. Approchant l'échelle, elle monte décrocher le reptile, pour l'enfermer lui aussi dans une boîte. Sarah en profite pour me préciser que Nadine a eu des serpents comme animaux de compagnie en Allemagne  et qu'elle sait donc comment les gérer. Et en effet, alors qu'on vérifie qu'Harry va bien, Nadine arrive les bras chargés d'anneaux et dépose le serpent sur l'appui de la fenêtre intérieure, où il commence à s'écouler vers le sol. Je fais évidement encore un bon en arrière, derrière Sarah.


Pas tellement impressionnée Sarah. Elle aide Nadine à empiler les anneaux dans une petite boîte en plastique, qu'on sécurise avec un rondin, juste parce que je psychote un peu. Nadine envisage de déposer le serpent dans le toit pour se débarrasser des rongeurs qui y font la java depuis près d'une semaine. Ah ouiiii?? Mais il ne risque pas de redescendre de lui-même...? Finalement c'est peut-être bien que je parte. Dire que David m'avait dit peu après mon arrivée que si je voyais 5 serpents durant tout mon trip je serais chanceuse. J'en suis déjà à 2 en une journée.

Et le troisième ne tarde pas. Sauter hors du couvert de la terrasse nous a permit de nous rendre compte que le ciel est incroyablement pur après ces journées de fumée et de nuages. Les étoiles sont magnifiques et on décide de se rendre du côté des mares pour les voir encore mieux. Nadine part en éclaireuse et je l'entend me crier "Si tu veux voir un troisième serpent...". Je me précipite puis bas en retraite en réalisant qu'elle tient le serpent à la main. C'est un serpent arboricole, comme le vert de cet après-midi, mais marron cette fois, et à ce que j'en sais, un peu venimeux. Ca n'a pas l'air de les déranger, ni l'un ni l'autre, et une fois qu'elle l'a remis à terre il file s'enrouler autour de l'arbre le plus proche. C'est donc les deux pieds bien ancrés au sol, sans bouger, que je lève la tête vers le ciel de l'hémisphère sud pour ma première vraie vision de cette immensité inconnue.

Que d'aventures...