Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

samedi 19 janvier 2013

Tresser les palmiers, jour 1

De ces deux jours avec Kate et Stuart je garde une sensation de bouillonnement, d'intensité incroyable.

Déjà parce qu'à peine arrivée et mes affaires posées, la maison est envie de jeunes adultes et d'enfants (plus un bébé labrador) qui sont des amis du couple et qui viennent profiter de la fraîcheur de la rivière qui coule en contrebas de la propriété. C'est donc parti pour la rivière, où nous nous gorgeons de pastèque, de baies sauvages rouges, pointues et très riches en vitamine C vu le gout,  mais aussi d' "ice cream beans" de longues cosses de haricots, larges comme la moitié de la main, et remplies d'une chair duveteuse à la saveur douce, enrobant des haricots très noirs, et lisses comme des galets de massage. Plouf plouf, tout le monde à l'eau, ça saute des reste d'un ancien pont, ça rigole et s'éclabousse, ça attrape le chiot qui, même soulevé hors de l'eau continue à pédaler des 4 pattes. J'en profite pour beaucoup discuter avec Tania, une allemande venue ici par amour pour son australien de compagnon et vivant avec lui, leurs enfants, le chiot, une vache et des poules dans une petite propriété du côté de Kuranda. Dommage que je n'ai pas su cela avant car le courant passe bien entre nous et on passe la majeure partie de notre après midi allongée sur le fond de la rivière, la bouche au ras de l'eau, à papoter.

Retour dans l'incroyable maison que Kate et Stuart ont construite de leur main, on se régale de pizzas faites maison et d'un incroyable gâteau chocolat/coco/banane sans chocolat (la magie du black sapote, aussi appelé chocolate pudding, un fruit tropical brun et spongieux qui, une fois cuit, a un gout chocolaté). Puis on pousse la table et on descend la balançoire. La quoi??? Oui, au centre de la pièce, un immense panier suspendu permet de faire de la balançoire, ou plutôt, de la balancelle. Je ne peut pas résister à l'envie de m'y pelotonner  et Kate me prend en photo, en flagrant délit de régression.

Stuart, qui, même auprès de l'eau, avait toujours de quoi tresser dans les mains,
 s'est remis à l'ouvrage dès qu'on est revenus à l'intérieur.





Et puis aussi vite qu'ils sont arrivés, les visiteurs repartent, me laissant un peu étourdie, à musarder dans la maison en mitraillant de photos tellement je trouve ça beau.




Cette meringue aérienne, c'est mon lit enveloppé de sa moustiquaire protectrice
vue de ma fenêtre
ma porte vers l'extérieur












recto
verso







  



Depuis l'intérieur du panier
Mais assez rapidement, il est temps de se mettre à l'ouvrage! Dans un premier temps, Stuart me fait préparer  les palmes pour qu'il puisse le tresser, puis me montre, très rapidement (trop peut-être) le tressage d'un bol, et celui d'un chapeau. Si le bol m'intéresse, le chapeau moins, car je sais que jamais je ne le mettrais. Mais ce qui débloque tout, c'est les petits animaux en palme, comme ceux qu'on avait acheté en Guadeloupe avec mes parents. Une étoile, un poisson, une crevette et une sauterelle, ma première leçon sera riche et prolifique. Je fais, refait, défait, essaye de comprendre, regarde, analyse, réussit! Refait. Juste pour être sûre d'en avoir la maîtrise. Je leur ai dit que j'étais attendue pour Noël, dans une famille avec 5 enfants entre 2 et 13 ans, et Kate n'a donc de cesse de m'apprendre ces petites choses, et des décorations balinaises, toujours à base de palme.







Le repas de ce soir là, végétarien, est riche, goûtu, et assez rapidement après nous filons au lit, épuisés de notre journée à créer et batifoler dans l'eau.

vendredi 18 janvier 2013

Des laitues à Mission Beach

De Paronella à Mission,
l'orage menace mais l'arc-en-ciel me fait un clin d'oeil

C’est un peu à reculons que j’arrive chez Peter et Laurie Trott. La vérité est que je souhaitais m’extraire au plus vite de Machans Beach après un séjour bien plus long que prévu. Aucun hôte ne m’avait répondu en cette période pré-Noel, excepté eux, mais sur un ton qui ne m’avait pas trop enthousiasmée. Dès mon arrivée cependant, en voyant le visage de Peter qui ressemble tant à tonton Claude, je me dis « Lui, je l’aime bien ! ». Pour elle, je suis plus réservée, d’emblée. 

Peter et Laurie font pousser des salades en hydroponie, c’est-à-dire hors sol, dans des tables de cultures où les plantes sont alimentées par un milieu nutritif. C’est très (trop?) artificiel pour moi, mais j’ai envie de voir à quoi ça ressemble précisément.

Je leur ai annoncé que je travaillerais volontiers plus de 4h par jour et ils vont me prendre au mot. Durant les 5 jours où je vais rester, le réveil se fera autour de 5 ou 6h le matin, pour commencer par sortir les salades de leurs alvéoles et les empaqueter dans des feuilles plastiques puis dans des cartons, les jours de livraison. Le reste du temps, et comme on est en fin de saison (ils prennent 1 mois de vacances dans 1 mois), il y a des tables de culture à nettoyer, à grand renfort de jet d’eau et de brossette (et avec un merveilleux tablier en plastique qui me couvre jusqu’à mi-mollets). Mes autres tâches se répartirons entre récolter et trier les litchis, en essayant de ne pas se faire bouffer cru par les fourmis vertes, arroser les arbres natifs qu’ils ont replantés après la dévastation causée par les deux cyclones Larry et Yassi, et planter des jeunes pousses dans les tables toutes propres. La plantation en soit est incroyablement simple mais souligne encore l’artificialité du système : on met le système de nutrigation en route, on en vérifie le débit, puis on pose un plant dans chaque alvéole, et voilà, c’est planté !









Quelques uns des arbres à litchis, et à fourmis

Citrons et Pomelos

Mais mais...?

Mais oui! C'est un mimosa timide!! (appelé ici Sensitive weed)
Et il y en a PARTOUT partout partooouuuutttt! Guiliguili!

Argh, moins guili du coup.
Cette charmante bestiole est un peu plus grande que ma main.



L'après-midi, comme il fait chaud, on va se baigner dans la petite rivière voisine

Ce qui m’intéresse plus, c’est leur histoire. Laurie et Peter sont tous les deux (ou plutôt ont été) journalistes, et ont toujours eu des fermes à côté, preuve s’il en est que ce mode de vie est possible. A l’inverse d’autres habitations que j’ai pu voir jusqu’ici, leur maison est très européenne, décorée d’un certain nombre d’œuvres d’art. Moi, je dors dans mon campervan et je fais ma toilette dans la douche sommaire de la grange, car leur petite-fille occupe la chambre d'amis. Mais ça ne me gêne pas, ça me donne l'occasion de bien apprivoiser mon van, et de profiter de la fraîcheur des nuits, toutes portes et coffre ouverts mais protégés par des moustiquaires.

De ces quelques jours passés sur place, j’aurais une assez bonne vision de la dynamique de leur couple, qui va me donner envie de fuir très rapidement. Peter, bien plus âgé que Laurie, travaille comme un âne dans la ferme tandis que Laurie (probablement occupée par la présence de sa petite fille, puis de sa sœur malade) ne fait pratiquement rien, mais trouve le moyen d’être épuisée tout de même et de toujours être critique voir vraiment désagréable vis-à-vis de son mari. Une ou deux fois, alors que nous parlons toutes les deux et que la conversation est plutôt plaisante, je me retrouve à l’écouter critiquer ses décisions et son comportement, ce qui me met plus que mal à l’aise. Ajoutez à ça le fait que Hanna est très demandeuse d'attention, toujours à couiner qu'elle s'est fait atrocement mal ou que quelque chose ne va pas, et que Laurie lui fait tout le temps remarquer qu'elle est trop grosse, attitude dont j'essaye gentiment de lui expliquer que s'il est important de faire attention à ce que mangent les enfants, leur reprocher leur poids peut engendrer à moyen et long terme un vrai traumatisme... Et oui, vous imaginez pourquoi j'ai envie de bouger.

A côté de ça, Mission Beach en soi, le petit village qui se situe à une dizaine de minutes de voiture, est plutôt charmant, avec une très belle plage, quelques cafés et magasins, notamment de fringues et un excellent magasin bio, de nombreux campings, villages de vacances et hôtels pour backpackers. Juste en face, les îles de la barrière de corail font de l’œil aux backpackers et le lieu est un spot de saut en parachute.

Tous les deux impliqués dans la sauvegarde du patrimoine local, Laurie et Peter s’occupent respectivement d’un projet d’affichage permanent autour d’une localité voisine qui mettra à l’honneur les paroles d’une ancienne de la tribu aborigène locale (travail pour lequel Laurie me demande mon expertise de confrère et écoute avec intérêt mes remarques) et de faire des visites guidées du parc naturel voisin, avec présentation des plantes et animaux. Car dans le coin vivent de nombreux Cassowary, même si je n’aurais pas la chance d’en voir. Pour une de ses présentations, Peter a tressé un petit panier et je lui exprime mon intérêt, ce qui, par un curieux concours de circonstances, m’amènera directement chez mes hôtes suivants.

Car Peter et Laurie connaissent Kate et Stuart, un couple de tisseurs de fibres qui produisent des paniers, notamment en palme de coco, et qui vivent tout juste dans les environs. Mais le timing est un peu complexe car Noel approche et, même si ce n’est jamais dit clairement, il est plus que clair qu’ils ne souhaitent pas m’héberger à ce moment. Ce qui tombe bien, car j’ai plutôt envie de partir. Entre l’artificialité de leur agriculture (la préparation des cuves de nutriments, par addition de quantités précisément mesurées de produits chimiques en poudre m’a plus que convaincue que je ne veux pas m’engager là-dedans) et l’ambiance très tendue entre eux, il est déjà temps de prendre l’air. 

Par chance ( Mais est-ce bien de la chance ? depuis le début de ce voyage, et même le début de ce projet, dès que j’ai vraiment envie de quelque chose, cela arrive.), nous rencontrons justement Kate au marché, où j’avais hésité à venir. Ce sera ma récompense pour avoir arpenté des heures le marché de quelques allées en compagnie de Laurie, qui connait tout le monde et s’arrête tous les deux pas, Hanna sa petite-fille, dont l’enthousiasme et le consumérisme me glacent, et Lauren, qui « a un cancer tu comprends donc il faut être gentille avec elle », dixit Hanna. En tout cas Kate est plus que ravie à l’idée que je vienne leur donner un coup de main à tresser quelques paniers avant le grand rush du dernier marché avant Noël, et même si ce n’est que pour quelques jours. Ayant trouvé un hôte qui veut bien m’héberger pour la période des fêtes, mais qui se situe à plusieurs jours de route, je la prends au mot et saute sur l’occasion.

Une dernière matinée de travail avec Peter pour le décharger un peu de ces longues journées de travail les jours de distribution, un copieux petit déjeuner en compagnie de Laurie, une dernière photo avec Hanna et une de leurs poules qui s’invite dans le cadre, et me voilà donc partie, J+6 après mon arrivée, et gaie comme un pinçon. Il est 8h du matin, la journée est à moi et je vais apprendre à tresser des paniers !

Au final, je n'aurais pas vraiment eu le temps de me connecter à ces hôtes, je n'ai fait que passer dans leur vie, la période pré-Noël n'étant pas vraiment idéale et la présence de la famille non plus, mais vu que cela m'a mis sur la route de Kate et Stuart, je ne regrette pas.

mardi 1 janvier 2013

Paronella Park

Là encore, les photos sont ici.


Un tour rapide à Kurrimine Beach et je prends la direction de Paronella Park, avec dans l’idée d’acheter quelques provision supplémentaires en route, au petit magasin du dernier village avant le parc. Naïve que je suis. Je n’ai pas encore bien compris à quel point tout est loin ici et donc qu’il vaut mieux acheter quand on trouve plutôt que de se dire qu’on va trouver plus loin. C’est donc plus riche d’une petite boîte de champignons en conserve que j’arrive au parc, m’enregistre et vais me poser sur mon emplacement de camping. Les visites ayant lieu toutes les demi-heures j’ai largement le temps de me poser, de profiter de l’internet gratuit pour checker mes demandes de wwoofing, et constater que c’est la misère et que personne ne semble très motivé pour héberger autour de Noël.

Alors que je dévore une mini-tourte d’une main en pianotant de l’autre, on me tape sur l’épaule. Inge, la hollandaise qui a été hébergée avant moi chez Jez et Allister est devant moi. Venue de Cairns avec des amis, elle continuera ensuite sur Brisbane, pour passer les fêtes. On commence à discuter mais assez vite les sujets tournent courts et je la laisse rejoindre ses potes, sachant que nous devons nous recroiser pour la visite de nuit.

La visite de jour me laisse un sale gout dans la bouche. Si le guide est sympa il s’adresse principalement à moi, en ignorant le couple de coréens qui sont avec moi, parle à toute vitesse et nous fait passer d’un point d’intérêt à l’autre tout aussi vite pour finalement nous lâcher sans transition, alors qu’on étaient bien lancés pour papoter. 5 minutes après, je le croise avec un autre groupe. Culture du rendement ou juste choix de sa part ? En tout cas j’apprécie bien plus ma balade en solo dans le parc, même si certaines des explications qu’il a données n’étaient pas inintéressantes. J’y apprends notamment que José, le constructeur de l’endroit, est venu en Australie pour faire fortune dans la culture de la canne, laissant sa fiancée en Espagne. Durant 11 ans, celle-ci l’a attendu. Mais voilà, étant sans nouvelles après 11 ans, elle a fini par épouser un notable du coin. José, revenu l’année suivante, ne s’est pas laissé démonter et a épousé la cadette, qu’il a embarquée avec lui au pays des kangourous.

L’autre truc qui me déçoit beaucoup c’est que, du fait que le « château » a été construit en (mauvais) béton allemand ( !), il est maintenant plus que partiellement détruit. Il faut dire que les deux cyclones qui se sont abattus sur la région ces 7 dernières années n’ont pas du aider. Mais il ne reste en tout cas plus rien de la splendeur de ce lieu qui a vu la bourgeoisie locale venir jouer au tennis, se baigner dans la rivière alimentée par la cascade ou assister à des représentations dans le théâtre ou des bals dans la grande salle.

Heureusement, la visite nocturne, à 18h, change un peu la donne. Principalement parce que celui qui la guide est le nouveau proprio du lieu, et que son enthousiasme est contagieux. A la lumière des lampes torches, nous allons voir les micro-chauves-souris voleter autour de l’entrée de ce qui aurait dû être le Tunnel de L’amour, un tunnel qui mène à une jolie cascade et qui aurait dû être formé de deux murs aquariums. Mais voilà, le mauvais béton n’était pas étanche et le projet a été abandonné. L’illumination du bâtiment où se tenaient les vestiaires du tennis et du lac a également un petit côté magique. Et puis au retour au point de départ, nous est distribué un petit sachet fluo qui contient un morceau du mur de la salle de bal qui s’est effondré en 2011. Le propriétaire nous explique que c'est un cadeau très spécial, pour nous rappeler qu’il faut toujours essayer et aller au bout de ses rêves. Sur le sachet est imprimé « José a pu réaliser son rêve, puissent les vôtres se réaliser aussi ». Le sachet est cheap, mais je ne peux m’empêcher de sourire en me disant que je suis sur ma voie.

Un bon petit dîner en solo dans mon van, et au dodo, demain je dois me lever tôt pour arriver à Mission Beach avant 8h.

Voir Undara et puis repartir

En raison d'une connection internet limitée je n’inclurais pas immédiatement les photos dans ce post, mais vous pourrez les consulter ici.


Réveil précoce pour un petit déjeuner avec la faune de l’aube puis une courte balade dans le site, en suivant les petites flèches qui m’emmènent jusqu’à l’un des points les plus hauts du coin, d’où je n’aperçois que de la savane, à perte de vue. C’est rocailleux, incroyablement dépaysant avec cette terre très rouge, ce ciel très bleu, cette végétation très sèche… Cette promenade est aussi l’occasion de passer de « oooohhhhh un kangourooouuuuuu ! » à « tiens, encore un kangourou ». Car ils sont des dizaines, par paquets de 5-6, à vaquer dans la savane, à se déplacer toutes pattes bondissantes ou à se vautrer à l’ombre entre les installations du parc qui, s’il est actuellement désert, à l’air de pouvoir accueillir un sacré nombre de visiteurs. Des bungalows, des wagons-couchettes, des tentes en dur, des sites de camping… Il y en a pour tous les goûts, et probablement pour tous les budgets.

Un dernier détour par la piscine pour évacuer la sueur qui a déjà commencé à me tremper au cours de cette marche d’une heure et il est bientôt temps de rejoindre le bus pour le départ de l’excursion. La balade en elle-même, le lieu et la route pour venir m’ont déjà comblée, alors même si le tour payant est pourri, je serais quand même ravie d’être venue. Mais il va s’avérer très loin d’être nul. Un couple d’allemands est arrivé ce matin, et nous serons donc trois, plus le guide. La première chose que celui-ci nous explique est d’ailleurs que, en saison, le parc emploie 35 personnes et accueille une moyenne de 180 personnes par nuit, alors qu’en basse saison comme actuellement il n’y a qu’un employé sur le site (lui) et une visiteuse (moi ^^).

Pendant l’heure et demi qui suit nous allons visiter trois tunnels de lave, chacun avec sa spécificité. Le premier me coupe le souffle, avec son toit effondré qui laisse apparaitre la forêt pluviale environnante. Il parait à première vue couvert de peintures rupestres, qui ne sont en fait que des dépôts calcaire, mais dont les formes sont parfois très évocatrices. Dans les entrailles de ce boyau de lave, loin de la lumière du soleil, et dans un silence de tombe, l’atmosphère humide a provoqué ces dessins. Le guide nous apprend que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le toit des tunnels de lave est poreux, ce qui fait qu’il y pleut autant qu’à l’extérieur lorsque la pluie tombe. Il n’y a donc pas d’évidence de présence d’aborigènes les utilisant comme abris. Le second tunnel nécessite le test du briquet, pour vérifier que l’air y est respirable. La première chose qui me choque est surtout la forte odeur animale (des chauves-souris) qui disparait rapidement à mesure que je m’habitue. Dans ce tunnel vivent en effet des colonies de microbats, de minuscules chauves-souris qui, piaillent sous la lumière, manifestement mécontente que le type à la torche soit de retour. On y découvre aussi du corail de roche, là encore des concrétions calcaires qui laissent ces fleurs blanchâtres à la surface du roc.

En nous rendant sur les lieux du troisième tunnel, nous croisons un étrange échassier. Faisant environ 1 mètre de haut il se balade le cou tendu, l’air hautain, et porte le doux nom d’Australian bustard, que je confonds avec Australian bastard, ce qui va bien avec son air méprisant. Une autre « merveille de la nature » nous attend sur le site numéro 3. Des golden orbs. Ces araignées peuvent faire jusqu’à la taille de la main. Et même si elles ne mangent que des insectes, qu’elles saucissonnent en chapelet derrière elles pour les conserver, elles restent impressionnantes. Mais ce qui fait leur particularité c’est la couleur dorée de leur toile au soleil. Sublime. On dirait vraiment une sorte d’énorme bijou arachnomorphe suivi d’un semi de gemmes et monté sur un filet d’or.

De retour à l’accueil je fais rapidement le plein d’eau fraiche, chaude, et le niveau d’huile et me revoilà sur la route, avec devant moi pas loin de 6h de route pour rejoindre Mission Beach, où m’attendent mes prochains hôtes. 

Le ciel est incroyablement bleu, la terre incroyablement rouge et les pâturages et forêts rivalisent dans les tons de vert. Au cours de ces 6 heures je vais passer de la savane la plus aride au bord de mer tropical (cocotiers inclus) en traversant au passage la forêt pluviale, des prés verdoyants, avec en fond d’horizon des montagnettes bleutées par la distance. J’ai envie de m’arrêter toutes les 5 minutes pour prendre des photos et hurle plus d’une fois « Mais que c’est beaaauuuuuu ! » en sentant mon cœur se serrer devant toute cette magnificence. Les lumières et les contrastes sont incroyables, et ce n’est pas dû qu’à mes lunettes et à mon pare-brise teintés.

Pendant ces deux jours, j’ai été entièrement hors réseau et ce n’est qu’en arrivant à Innisfail que je retrouve un semblant de réception téléphonique, de quoi appeler mes hôtes pour savoir si je suis toujours la bienvenue ce soir. Patatra, ce n’est pas le cas, c’est-à-dire qu’ils doivent se rendre à Cairns demain, ça tombe mal, mais peut-être que je peux arriver demain soir ? Grumph, j’aurais bien aimé savoir ça avant et ne pas tant me presser pour venir, mais ce qui est fait est fait, les plages sont belles dans le coin et, faute d’endroit paumé pour poser mon van, je m’offre le petit luxe d’un camping un peu excentré. C’est là qu’en feuilletant les prospectus, après avoir échangé certains de mes bouquins contre ceux d’autres vacanciers, je tombe sur une pub pour Paronella Park.

Jez m’a parlé de cet endroit comme du rêve un peu fou d’un espagnol qui voulait se construire un château en… Australie. Les photos sont belles, le prix n’est pas monstrueux mais il est le même qu’on reste ou non sur place pour la nuit. Alors c’est décidé, demain j’y vais et j’y passe la nuit, je rejoindrais mes hôtes jeudi. Après tout, demain soir ou jeudi matin, ça ne change pas grand-chose.

Hit the Road John !

Ca y est ! Vendredi, j’ai enfin reçu ma vignette. Mon van signé par John Butler (le John Butler, de John Butler trio, que le précédent propriétaire du van a rencontré dans un bar un soir), est officiellement autorisé à prendre la route ! Reste quelques trucs à faire cependant, notamment un petit tour à Kuranda pour voir des amis que Jez a promis de me présenter, et quelques derniers préparatifs.

C’est donc lundi que je prends la route, pour de bon, après un au revoir difficile et un passage éclair chez le mécano, pour lui dire que tout s’est bien passé avec le test du van, le remercier encore, et recevoir sa bénédiction pour la suite de mon voyage. Direction : undara lava park, un parc national qui présente les plus longs tunnels de lave du monde, dans un environnement de savane absolument somptueux. Première mission, faire le plein, du réservoir et du jerrycan, car là où je vais, l’essence est rare, et chère.

Avant de m’enfoncer loin de la civilisation, je m’offre un petit tour des cascades qui sont sur ma route, en profite pour grignoter mon pique-nique (et m’ouvrir le pouce avec mon opinel, qui coupe toujours aussi bien) le cœur un peu serré de la tristesse des adieux et de l’anticipation impatiente de la route qui m’appelle.

Pas de temps à perdre, la nuit tombe tôt et mieux vaut ne pas se retrouver sur une route non revêtue, de nuit, avec des pâturages non clôts tout autour et la faune sauvage qui ne demande qu’à se jeter sous vos roues manifestement, vu le nombre de cadavres en bord de route. Et puis il y a la possibilité de devoir partager la route avec un « road train », un camion qui traine un train de remorque de 50 mètres et prend bien plus que sa part de la chaussée. Talkie-walkie (encore une des surprises du van) branché sur la fréquence 40, j’écoute grésiller les ondes dans les blancs de la musique qui marche à fond, et capte parfois des bribes de conversation qui semblent indiquer qu’un de ces mastodontes n’est pas loin. Je n’en croiserais finalement pas durant ces heures de conduite sans voir une voiture, ni devant ni derrière, à ne croiser que les pauvres bougres qui travaillent à restaurer la route sous un soleil de plomb. Mais, alors que la route commence à se faire longue et la fatigue à se ressentir, je me retrouve à éviter les vaches, quelques kilomètres avant Undara.

Et puis d’un seul coup, j’y suis, et ma première vision d’undara est celle du panneau d’accueil, sous lequel m’attend placidement un kangourou. Un kangourou !!! Le parc a l’air désert et, posant mon van dans le parking réservé aux arrêts courts, je m’enfonce entre les structures, à la recherche de la réception qui a, pour la basse saison, été transféré au bar. Au bar, m’attend un talkie walkie, et une petite note « Si je ne suis pas là, parlez dans le talkie et je vous dirais en combien de temps je peux vous rejoindre ». « Heu, hello ? ». Andrew, comme son badge l’indique, est là dans les deux minutes.

Petit moment de flottement lorsque je lui dis que je suis là pour passer la nuit dans un emplacement de camping et faire la visite le lendemain. Il y a bien possibilité de rester et de visiter hein ??? C’est ce que disait le répondeur quand j’ai appelé. Oui oui me rassure-t-il. Mais vu que je suis la seule personne sur site actuellement, je peux aussi bien aller me poser où je veux sous les arbres et profiter de la piscine, des tables et banquettes du restaurant (fermé), et du café et thé à volonté. Lui se volatilise et je ne l’apercevrais que brièvement au cours de cette fin d’après-midi et soirée que je passe seule au milieu du parc désert, à sourire au ciel nocturne. Le bar et le restaurant sont installés dans d’anciens wagons de train ré-aménagés et c’est sur leurs banquettes que je viens me vautrer avec un bon thaï chaud (car il fait enfin frais !) pour bouquiner tranquillement après mon repas.

Le lac placide,
qui a donné la fameuse couleur de guitare Fender Lake Placid Blue