Qui êtes-vous ?

Une frenchie à la découverte de l'autre bout du monde, partie voir là-bas si j'y étais.

lundi 17 décembre 2012

Tester le van, première partie


Puisqu’il y a une semaine à attendre avant la réception de ma vignette, plutôt que de rester coincée à Machans Beach, je profite de l’opportunité pour tester la bête.

Chaque jour ou presque va donc être l’occasion d’un petit road trip, rayonnant autour de mon point de chute. L’idée est de commencer Samedi même, mais au moment de fermer le coffre, panique. Le loquet est coincé et le hayon est donc bloqué en position ouverte, sans possibilité de le fermer. J’appelle Sylvain, qui ne voit pas où peut être le problème. Triturage de poignée, démontage de serrure, graissage, rien n’y fait, et je me résous la mort dans l’âme à appeler des garagistes pour en trouver un ouvert le samedi, sachant que mon mécano est lui fermé et en formation lundi et mardi. Et moi je bous d’impatience, je n’ai pas envie d’attendre mercredi. Je trouve heureusement assez rapidement un mécano qui, après quelques manipulations et avec l’aide d’un tournevis (ce que j’ai aussi tenté) me remet le loquet en position ouverte juste en appuyant sur la poignée. Et pouf, ça remarche. Le regard qu’il me lance, mi-amusé, mi-agacé, me fait me sentir encore un peu plus stupide. Heureusement, il ne me fait pas payer « l’intervention » et je repars, penaude, et furieuse contre moi de m’être stressée pour rien et de ne pas avoir essayé ça moi-même. La journée étant perdue, je ronge mon frein, morose, jusqu’au lendemain.

Dimanche au matin, nous voilà partis pour un tour dans les Tablelands, avec à la clé une petite visite chez Nadine et Sarah. Elles m’ont en effet envoyé un gentil mail pour me dire de passer les voir si j’ai le temps avant de partir pour le sud. Mais avant ça, Jez a préparé tout un programme de choses à voir tout au long de notre route. C’est une chance de l’avoir avec moi pour ce premier test car je serais probablement passée à côté de tout ça. Parce qu’il a vécu dans le coin aussi, nous allons voir son ancienne propriété et ce qu’il est advenu de son potager, de ses arbres, du café qu’il avait acheté. C’est bon de le voir sourire et être presque détendu, ça n’est pas arrivé si souvent depuis mon arrivée. Il a toujours l’air tourmenté par tous les soucis qui planent autour de lui. Mais aujourd’hui, par la magie du van, il semble presque serein. On s’arrête notamment pour voir deux figuiers magnifiques, nommés Le Rideau et La Cathédrale, qui culminent à près de 60m de hauteur et couvrent une superficie incroyable.












Plus loin, le lac Echeam nous tend les bras. Tout autour, des tables de pique-nique et des barbecues, où les Australiens viennent passer leur dimanche à manger des brochettes et à boire (beaucoup de) bière. Un tour à Yungabura, toute petite bourgade, et à Atherton et puis toute la route via Mareeba vers Koah. Juste avant d’aller voir Nadine et Sarah je profite de la proximité de David Creek pour aller tester mon van sur une « dirt road », de la caillasse compressée avec un relief de tôle ondulée. Test passé avec succès, malgré un petit dérapage du fait que je ne maîtrise pas encore le fait que mon van n’est pas tracté mais propulsé.









Assister à la rencontre entre Nadine, Sarah et Jez me remplit de joie. Car rencontre il y a, et j’ai l’impression d’être là en observatrice. Mais pas une impression désagréable, au contraire. Je suis contente de les voir si bien s’entendre. Nadine et Sarah sont très demandeuses de conseils, et Jez semble heureux de les renseigner. L’échange est simple, serein, ils m’en oublient complètement pour un moment et Jez se met même à jouer à renvoyer la balle à Sula, ce qui est normalement mon rôle. Une visite aux chèvres, pour voir le tout jeune bélier qu’elles ont ramené il y a deux semaines dans leur voiture de location. Le contrat disait, « pas de chien », il ne précisait pas « pas de bélier » me glisse Nadine avec un sourire mutin. Là encore la conversation dérive, du fait de l’expertise de Jez sur tout ce qui a trait à la permaculture, et je reste là à écouter, fascinée. Et puis alors que le soir s’annonce, nous repartons, dans un crépuscule flamboyant, après une brève étreinte échangée avec ces deux femmes qui sont quelque part devenues des amies, des personnes qui me font espérer que cette vie à laquelle j’aspire est possible. Qu’est-ce que j’aime cet endroit... Toute cette sérénité.



Lundi, alors que le dos de Jez se ressent encore des suites de notre premier road trip, je l’abandonne pour partir explorer Babinda et les boulders, une suite de cascades qui porte la légende d’une jeune femme venue s’y jeter pour fuir un mariage arrangé et dont on dit qu’elle noie les jeunes hommes dans sa quête de son amour perdu. Lorsque je pensais à partir en bus, faute de van, j’avais prévu de passer une nuit à l’hôtel de Babinda. Un coup d’œil à mon arrivée me fait bénir mon van… car dans le grand établissement de bois, peint de couleurs pimpantes, seuls des hommes sont visibles. Accoudés au bar, jouant au billard, sirotant leur bière dans l’atmosphère lourde. Passer simplement la tête par la porte me vaut des regards inquisiteurs et pas vraiment bienveillants et je me dis que je me serais sentie bien misérable coincée ici pour la nuit.  Si la route pour venir est belle, les boulders me déçoivent. Le site à l’air magnifique mais du fait de sa dangerosité il est enclos de barrières et le seul accès se fait par un sentier balisé, avec des plates-formes qui permettent d’avoir soit disant les meilleurs points de vue. Je me sens nouille de ne pas oser sortir du sentier battu, mais c’est vrai que seule, je suis moins téméraire que lorsque quelqu’un est avec moi, à même de donner l’alerte si quelque chose tourne mal. L’eau, d’une pureté de cristal, est glacée, et je m’y assois quelques minutes, avant de partir explorer Babinda. La visite est rapide. De part et d’autres de la rue principale, les petites échoppes s’étalent, fermées déjà, alors qu’il n’est que 16h. Quelques maisons disséminées dans les rues perpendiculaires, et voilà, c’est Babinda.

















vendredi 7 décembre 2012

Une nuit à Tjapukai

Autre chose dont j'ai oublié de parler, c'est la soirée que j'ai passé au parc culturel aborigène de Tjapukai! Parce que j'étais tellement déçue de ne pas être allée à Yarrubah pour le rassemblement de l'éclipse (même si finalement ils n'ont rien vu, bien fait!), Jez m'a proposé qu'on aille passer une soirée au Tjapukai. Moi, j'ai plutôt tendance à fuir ces attractions touristiques mais mes guides en parle comme un des endroits à faire où on découvre vraiment la culture aborigène. Et puis le site est alléchant, bien que je ne regarde pas en détails. Une initiation à la culture aborigène, un repas à quatre plats, une démonstration de feu et de danse? Et puis bon, on m'invite. Alors ok.

Ce soir là, un peu habillés, on attrape donc un taxi pour se rendre au parc, dont on paye heureusement l'entrée au tarif local (heureusement, ouais...). On nous fait d'abord attendre dans la boutique du parc, où nous est servi un verre de bienvenue. C'est à ce moment là que débarque un car de japonais. Argh. Bon, mais après tout... On nous dirige vers une première petite salle où sont exposés des objets traditionnels aborigènes et où sont suspendus un certain nombre de tableau et de tentures, dont une tapisserie qui est censée être l'une des plus grandes et des plus anciennes de l'histoire aborigène, et est effectivement plutôt impressionnante.


Mais pas le temps de s'attarder sur ces broutilles (ah bon?) parce qu'au centre de la pièce, la petite scène s'est illuminée, et le reste plonge dans le noir, à l'exception de faisceaux lumineux en forme d'animaux. Je commence à flairer l'embrouille.


Un des quatre aborigènes présents sur l'estrade prend la parole et nous raconte rapidement l'histoire de la tenture, puis nous explique que nous allons assister à une cérémonie sacrée pour allumer le feu. Et que pour ça nous allons devoir participer. Une porte s'ouvre, et une employée chargée d'une brouette drapée d'une étoffe vaguement aborigène apparaît. Dans la brouette, des paires de clapsticks, ces instruments percussifs aborigènes qu'on frappe l'un contre l'autre pour émettre un son. Dans le même temps, un homme et une femme aborigènes font le tour de la salle, les mains couvertes d'argile noire ou blanche, et nous laisse sur les joues les marques de leurs doigts.



Le principe de la cérémonie est simple, nous explique celui qui porte le micro, il y a certains mots qui désignent le feu, et peuvent l'encourager à prendre et à se développer, alors nous allons chanter, en nous accompagnant aux clapsticks, une sorte de chanson à réponse, tandis que le joueur de didgeridoo s'époumone dans son instrument et que ses acolytes s'efforcent de produire du feu en tournant une baguette de bois tendre dans un support en bois dur (à moins que ce ne soit l'inverse?) le tout au dessus d'une sorte de kapok hautement inflammable.


Nous voilà donc tous en train de rythmer le chant et de répondre aux lancées du chanteur, avec plus ou moins d'enthousiasme dans la salle. Plutôt plus du côté du car de japonais et moins de mon côté, je dois bien dire. Mais là où l'attraction attrape-nigaud tourne à la farce, c'est quand les acteurs n'arrivent pas à allumer le feu. Ça s'éternise, ils se relaient, discutent, changent de position, de baton, un flottement tenace s'installe et un fou rire me guette. Le joueur de didgeridoo s'y met, puis finit par demande un briquet à la salle, en plaisantant à moitié. Et puis celui qui est manifestement le maître de cérémonie et le plus ancien des aborigènes présents prend les choses en main et en quelques secondes, de ce qui n'était jusqu'ici que de la fumée, s'élève une flammèche. Cris d'enthousiasme dans la salle.


Vient alors la seconde partie du show. Toutes lumières éteintes, à part la veilleuse du feu nouveau-né, un tonnerre artificiel se déchaîne et des éclairs néons illumine la salle, alors qu'une créature (un esprit nous souffle-t-on) vêtue d'un pyjama noir à étincelles, avec une couronne d'antennes lumineuses et des bras plus longs que nature, vient attaquer le feu. Heureusement, la minuscule braise résiste et le mauvais esprit est chassé par les courageux aborigènes. Applaudissements nourris des japonais, échange de regards consternés entre Jez et moi.

La double porte qui mène vers l'extérieur s'ouvre alors et nous suivons nos animateurs sous un porche, alors qu'il pleut à grande eau. De l'étincelle qu'ils ont fait naître, les aborigènes allument une torche, placée au bout d'une lance, qu'ils projettent avec un percuteur jusqu'au milieu d'un lac situé quelques 20 mètres en contrebas, où elle s'abîme manifestement dans une mare de pétrole, au vu de la flamme qui jaillit. Ooooohhh fait le foule. Puis, vite vite, on nous dirige vers le restaurant, nous faisant au passage déposer nos clapsticks dans la brouette.

A table, les boissons que nous avions demandées avant le show nous attendent. Ainsi que la buffet. Taïauuutttt, à nous le kangourou, l'émeu, et autre baramundi mariné, à nous les confitures et chutneys de fruits étranges, les noix et plantes de la forêt, les... la soupe miso et le riz au porc laqué? Comment ça??? 

Le buffet est définitivement international, avec un coin réservé à nos très chers hôtes japonais, où on m'indique que le tofu va dans la soupe miso et pas dans celle au potiron, avec celle au potiron j'ai le droit à la crème et aux croûtons, non mais. Ah. Heu, pardon, mais je vais quand même mettre du tofu dedans, un peu... Ce que je fait, sous le regard réprobateur de la serveuse et des japonais qui m'entourent. Le reste est à l'envi. Des salades composées, césar et autres, de la viande marinée, des pâtes... c'est à pleurer tellement c'est commun. On décide d'en rire plutôt. Si au moins c'était bon. Alors pour en rajouter une tranche, on se prend en photo, avec nos têtes de débiles et nos peintures de guerre.



Et puis, alors que je me dirige vers les desserts (terriblement européens eux aussi) le spectacle de danse commence. Ahhhhh! Ah? Heu. Ah. Bon alors d'accord je n'y connais rien en danses aborigènes et ce n'est clairement pas ce que j'imaginais, mais ils ont quand même l'air de se faire chier là les danseurs. Non? Au final, après renseignement, oui c'est normal que les morceaux de danse soient si courts et si peu développés au niveau difficulté, mais ça n'explique pas le manque d'enthousiasme. Mais le pire est encore à venir, parce qu'ils demandent des volontaires dans la salle. Au final, ce sont deux enfants japonais qui montent sur scène pour s'essayer (sans succès) à allumer du feu et danser la danse qui va avec. La soirée culmine ensuite avec le moment des photos, où tous les touristes se ruent sur scène les uns après les autres, pour se faire immortaliser en compagnie des pauvres bougres qui arborent soit un rictus crispé qui cherche à passer pour un sourire, soit une pose animale caricaturale. A peine le flot épuisé, ils repartent qui vers leur bus, qui vers leur taxi, et Jez et moi restons là comme deux imbéciles, à finir notre boisson alors qu'autour de nous le staff s'active et vient nous retirer les assiettes les unes après les autres. Le tout à duré moins de deux heures, et, clairement, ils n'attendent plus que notre départ pour fermer.

C'était donc Tjapukai, haut lieu de la culture aborigène en Australie. Et bien c'était en quelque sorte très intéressant. Déprimant mais intéressant de voir que c'est là une des seules opportunités de boulot pour les aborigènes et que c'est la façon dont ils transmettent (ou dont on leur fait transmettre) leur culture.

Finalement, le climax de ma journée ce sera plutôt ces deux animaux qui nous attendent à notre retour à la maison :
Croa? Qu'est ce que tu me veux?

On l'a baptisé Hugo. Hugo le mini-gecko.

Les petits pois sont de toutes les couleurs

J'étais tellement excitée et obnubilée par cet achat de van que j'en ai oublié de vous parler de mon escapade sur la grande barrière de corail!
Retour vers le futur donc, nous sommes le dimanche 18 novembre.

7h - Une voiture s'arrête devant la maison et, alors que je tarde à finir de préparer mon sac, Sarah apparaît au coin de la piscine. J'arrive j'arrive! A l'extérieur, on voit Nadine faire demi-tour avec la voiture et revenir vers nous, avec l'air à la fois coupable et content d'un félin. Elle a trouvé des mangues tombées de l'arbre, elle qui en raffole, et en a ramassé quelques unes. Des mangues dans le coin, ce n'est pas ce qui manque, et je lui indique quelques autres spots à explorer quand elles me déposeront au retour.

Car oui nous partons ensemble voir la grande barrière de corail! Je suis vraiment contente de faire ça avec elles, parce que seule, ça n'aurait clairement pas la même saveur. Et puis du coup on a pu discuter les différentes agences et Nadine, qui a déjà fait plusieurs fois l'excursion snorkelling (palmes/masque/tuba) nous  trouvé quelque chose de bien et pas cher. 7h20, arrivée au bateau, même pas en retard, ce qui est manifestement inhabituel pour elles. La dernière fois, elles ont du louer un petit bateau avec chauffeur pour rattraper le bateau de croisière... On se présente, on donne nos noms et je ne suis pas sur la liste. Ah. Par contre l'argent a bien été retiré de mon compte hein. Et non, je n'ai pas confirmé 48h à l'avance mais Nadine non plus, et leurs noms y sont. Bon, on me laisse tout de même monter à bord, ils vont appeler le bureau pour vérifier. Ouf. Temporaire. On remplit un petit questionnaire qui nous mets aussi en garde contre les dangers de ce qu'on s'apprête à faire et on reçoit notre numéro de sécurité (qui sera collecté lors du retour au bateau, histoire d'être sur qu'on laisse personne en mer). En rendant le questionnaire, nouvel accrochage, je ne suis toujours pas sur la liste. Mais bon, ça passe, après que le ton soit un peu monté entre un des membres de l'équipage d'un côté, et Nadine et moi de l'autre. Oui oui, ils vont vérifier...

Au final, on part, donc j'imagine qu'ils ne vont pas me mettre à l'eau. Heu. J'espère!
Le temps est très couvert, il a même plu un peu ce matin, mais sur le Reef, cela devrait être dégagé. En tout cas Cairns et les collines alentours sont dans les nuages, c'est mystique...







Rapidement, le responsable de l'équipage nous réunit tous sur la plate-forme arrière et nous donne quelques règles de base de sécurité sur le bateau, et un peu d'information sur la plongée en elle-même. Jeune, dynamique, avec un discours bien rôdé et plutôt rigolo, il s'adresse clairement au public qui est là, principalement des voyageurs qui reviennent du festival de l'éclipse, sont encore bien stupéfiés et sont là pour s'amuser. Je crois qu'à part un autre couple, Nadine et Sarah sont les plus âgées. Quelques signes à retenir en cas d'homme à la mer, en cas de fatigue lorsqu'on palme autour du bateau, en cas de problème, ou si au contraire tout va bien, et il nous laisse à notre contemplation du paysage.










Le trajet vers la barrière de corail dure en fait près de 2h30 et à mesure qu'on s'éloigne de la côte, je suis de moins en moins rassurée. J'aime pas la pleine mer. J'aime pas ça, j'aime pas ça! Et puis si c'est si loin ça va être profond non? Et il y a des requins alors? Juste des petits répond Nadine, que ça amuse. Gnagnagnaaaa. Au moins, Sarah non plus n'est pas rassurée. Mais comme elle est culottée, elle demande au capitaine si on peut s'asseoir sur la banquette dans la cabine de pilotage et nous voilà toutes les trois en rang d'oignon à papoter avec le commandant du bateau. Moi, à mesure qu'on approche du premier spot, l'excitation et le stress commencent à me serrer le ventre. J'aime paaassss la pleine mer, j'aime pas l'eau profonde et d'abord il y a des requins...


Si le gps tombe en panne, on a la chance d'avoir un des derniers capitaines qui sait encore naviguer sans dans les parages. Youhou!

Première escale donc, avec une profondeur de 7m. Il y a quelques bateaux alentour mais ce n'est pas non plu bondé. Hop, on enfile tant bien que mal sa combinaison pour ceux qui en ont loué une, ou emprunté à David, comme moi, qui galère avec ma combinaison longue mais vais être bien contente de ne pas cramer ni geler une fois dans l'eau. On s'équipe, on se dirige en désordre vers les plates-formes de plongeon, armée de pingouins aux palmes colorées, l'air un peu stupide avec leur paille géante et leurs gros yeux.

Plouf. Et tout de suite ou presque, du simple fait de voir autour de moi, je suis plus rassurée. Même si clairement, durant cette plongée, je vais rester très près de Nadine et Sarah et veiller à ce qu'il y ait toujours quelqu'un entre moi et le "large" (comprendre : entre moi et un potentiel requin venant du large). La première impression est très mitigée. Il y a des poissons, pas mal même, mais je m'attendais à des formes et des couleurs incroyables, et je n'ai pas l'impression de découvrir d'espèces différentes de ce que j'ai pu voir en méditerranée (côté sardaigne) ou aux îles Gilis. Des portes-plumes, des poissons perroquets, d'autres qui ont l'air d'avoir un circuit imprimé fluo tatoué sur le museau, tout ça est joli mais déjà vu. Même le corail, dans ces premières minutes, me déçoit un peu.

Par contre il y a les bénitiers. Ces immenses coquillages, dont certains font pas loin de ma taille, vivants, plein d'une chair violet foncé ornée de paillettes vert fluo ou émeraude. Leur évent, blanchâtre, laisse voir l'intérieur de l'animal. Et c'est en regardant en détail leurs couleurs que je commence à me rendre compte de toutes celles autour de moi. Et de l'incroyable diversité de formes. Passé le moment de grisaille post plongeon, je découvre des tapis d'herbes sous-marine rosée, agités de mouvements fluides, des empilements calcifié, d'un jaune tendre, des forêts branchues, dures, d'une nuance de bleu jamais vue jusqu'ici. Et des verts d'eau, toutes les nuances de crème, de rose, de bleu, de vert, d'orange et de jaune, la majeure partie du temps pastels, mais parfois éclatants et tranchants sur le fond plus doux des autres couleurs. Incroyable, plus je regarde et plus ça change, plus je vois de différences, plus je perds aussi la notion du reste autour de moi.

Et puis d'un seul coup, coup de froid, malgré la combi, petit vertige. Il est temps de rentrer. Je me suis éloignée de Sarah et Nadine et n'arrive pas à les retrouver dans l'immédiat mais mon urgence est de retourner vers la stabilité du bateau. Grave erreur, car, à l'ancre et dans le courant, le bateau roule d'une flanc sur l'autre et le temps de me débarrasser de ma combinaison, j'ai pris une jolie couleur vert pâle. Pas petit déjeuner, fatiguée, je trouve plein d'explications, mais en attendant je m'allonge sur une banquette et j'essaye de calmer mon oesophage. Sarah, qui est aussi remontée, m'apporte une serviette humide et je reste là à agoniser. Heureusement, on repart assez rapidement et ça se calme dans mon ventre. Sauf qu'il est maintenant l'heure de manger, que l'odeur des saucisses bas de gamme grillées sur le barbecue me lève le coeur et que même le gout du pain et des salades me révulse. Mais le bateau avance toujours et je me force à manger, et ça finit pas passer. 

Deuxième escale, je me sens mieux, ré-enfile ma combi, resaute à l'eau et... AAHHHHH mais c'est profonnnnd!! Plus de 15 mètres, avec un mur de corail couvert de poissons à quelques coups de palmes de là, vers lequel je m'empresse de me diriger. Je me retrouve de nouveau dans une eau peu profonde, même s'il y a cette fois des creux à 8/10 mètres, et les formations coraliennes sont un peu différentes ici. Même scénario, je profite bien jusqu'au moment où je sens de nouveau une petite faiblesse. Pas vraiment envie de retourner sur le bateau ivre mais le courant est fort ici et je ne peux pas juste faire du surplace comme au premier spot. Un des moniteurs qui me voit lutter pour remonter et tourner au vert me conseille de redescendre à l'eau, en m'asseyant sur un boudin de mousse pour ne pas avoir à palmer. Me voilà donc, trônant sur ma frite en plastique mou, me retenant d'une main au bateau, les palmes dans 15 mètres d'eau. Je ne me sens pas très maline et, malheureusement, le simple fait de tenir le bateau et de le voir monter et descendre juste à côté de moi suffit à amplifier encore mon malaise. Bon et bien j'ai bien fait de me nourrir, au moins ça va servir aux petits poissons... Étonnant comme il est facile et presque agréable de vomir alors qu'on est déjà en quasi apesanteur dans l'eau.

Une fois l'estomac vide, je me hisse péniblement à bord et retourne m'allonger sur ma banquette de douleur, verte de nouveau. Là encore, dès que le bateau repart et que j'ai une serviette froide sur le front, la nausée passe. Et heureusement, car c'est l'heure du boom-netting pour les braves. Autant dire pas moi parce que je suis tout ce qu'il y a de plus fébrile. Mais Nadine et même Sarah y vont, enthousiastes. Alors le boom-netting c'est quoi? A l'arrière du bateau, l'équipage accroche un grand filet et, alors que le bateau avance (doucement dans un premier temps) une rangée de garçons saute, accrochés au bout du filet. Puis, le reste des enthousiastes saute tour à tour et vient s'accrocher dans le filet (ou dans les garçons, au choix). Le principe? Rester accroché quand le bateau accélère. Pour assurer le coup, la petite annexe va se poster 20 mètres derrière le bateau, pour rattraper les "hommes à la mer". Et c'est parti!











Au final, un certain nombre de filles décroche, le plus souvent rattrapées par le rang de garçons (aahh le mythe du chevalier servant) mais bataillant parfois de façon vraiment comique pour réussir à sortir du filet. Ça rigole certes, mais avec la pression de l'eau, certaines ont vraiment la sensation qu'elles risquent de se noyer. Au final, tout ce petit monde remonte en sécurité sur le bateau et, alors qu'on se dirige vers Cairns, sont servis en en-cas des crackers, du fromage, des fruits frais et des boissons. J'avale tout ça goulûment, puis me ré-allonge par précaution... et émerge deux heures plus tard.

Décidément, j'ai été une bien piètre compagne de virée. Nadine et Sarah, pas rancunières, s'arrêtent au passage chez David pour que je puisse lui ramener la combinaison (ce qui m'évite un trajet en bus) puis me déposent à Machans Beach chez Allister et Jez, avant de repartir vers Koah, tout en me proposant de venir m'y reposer si je ne me sens pas mieux les jours qui viennent. Elles sont vraiment en or.

Au final, malgré le mal de mer, qui n'est toujours pas réglé, contrairement à ce que je croyais vu que je ne suis plus malade en voiture, ça aura quand même été une chouette journée avec tous ces coraux! Je me souviens alors d'une phrase de la fille qu'hébergeait David quand je suis arrivée à Cairns et qui travaille sur un bateau de plongée "ce qui est incroyable, c'est qu'à chaque fois qu'on plonge, on en découvre de nouveaux!". Vivement la prochaine alors!

lundi 3 décembre 2012

Découvrir le contenu de ce que j'ai acheté

Acheter un van tout équipé à un backpacker, c'est un peu comme s'offrir une grosse pochette surprise. Alors que nous attendions le contrôle technique et les réparations diverses, j'ai eu tout le temps de vider le van et d'inspecter la totalité de son contenu.


L'aventure en photos, c'est par ici :

La bestiole sur la route, pour sa première sortie

Dans le van, il y avait tout ça!
Enfin non, pas le parpaing bleu ciel, ni le vélo, ni le lit, ni la chaise en plastique.
Mais tout le reste!

Une guitare, des tas de bouquins, des produits anti bêtes, un frigo, des palmes (trop grandes), une bâche, une paire de bottes (à ma taille), des tapis de sol, des guides de l'australie et de la nouvelle-zelande, des crèmes solaires, crème pour le corps, paquet de coton, insecticide...

Des casseroles, des saladiers, assiettes, tasse (x1), un duvet, une tente, une cible pour flechettes et ses flechettes, une raquette electrique anti-moustiques, une couette, des fringues de mec, des cables divers et variés, un sac à dos, une petite table pliante, du liquide de refroidissement, de l'huile moteur, un boîte pleine d'outils, de dégrippant, de cordes, sangles, rallonges, matériel de pêche...

La bonbonne de gaz du gaz cooker, une glacière pour l'eau, un bidon pour l'essence...
Je récupère même les restes de provisions!

Une fois trié, et mes affaires ajoutées à l'ensemble, tout remettre en ordre à l'intérieur :

Le lit, en version canapé banquette, et une bonne vue sur l'intérieur du van.
1, 2, 3, tout est là!
Ma cuisine, moins pratique que l'autre peut-être, mais bien équipée, et le hayon fait aussi étendoir à linge.
Le cockpit : un rideau à rayure pour isoler la "chambre", un frigo, et une casquette.
La route n'attend plus que moi!

Enregistrer son Van, c'est toute une aventure

A peine le contrôle technique en poche, nous filons vers le bureau d'enregistrement du queensland. Marie et Sylvain sont là encore d'une grande aide, restant avec moi et m'expliquant comment remplir les formulaires. Premier passage au comptoir, les documents sont prêts, tout est en ordre. Tout? Non, mon justificatif de domicile, une lettre de Jez sur papier libre, n'est pas suffisant. Il me faut le témoignage de quelqu'un ayant un permis de conduire, or Jez ne peut pas conduire. "Désolée, mais vous êtes coincée" m'annonce calmement la fonctionnaire.

Ok, plan B. Filer à Rusty's market pour demander à Allister s'il veut bien témoigner en ma faveur. Le petit hic? Jez et lui se sont engueulés méchamment hier soir, ou plutôt Jez l'a traité de tous les noms et menacé devant ses amis quand ils sont revenus à 8 ont commencé à se pourchasser partout au deuxième étage et à jouer de la guitare à 3h du matin... Jez a fini par les mettre dehors et même si je ne suis pas directement impliquée là dedans, j'espère qu'Allister n'est pas trop de mauvaise humeur. Arrêt au marché donc, on discute, on débriefe le drama d'hier soir et il signe bien volontiers le témoignage qui me permettra d'avoir la fameuse vignette sans laquelle je ne peux pas rouler. On se rend compte que l'adresse sur sa licence de conducteur n'est pas la même que celle de son domicile actuel, mais bon, c'est aussi le cas de ma carte d'identité et de mon permis et ça n'a jamais posé problème. Je file et le laisse à son ré-empaquetage en prévision du massage qu'il doit recevoir dans une petite dizaine de minutes.

Ahah. Retour au département des transports, re petit ticket numéroté, re-attente, nouvelle fonctionnaire. Très bien la feuille de témoignage est remplie et signée. Oh mais par contre il y a un problème, ce n'est pas la même adresse. Heu, ben non, il vient de déménager et... Ah oui mademoiselle mais là ça ne peut pas marcher, il faut qu'il change son adresse. Mais il peut nous appeler pour ça, si vous avez son numéro ça peut se faire très vite. Heu.. ben non, il vient aussi d'en changer..? Je me sens très misérable et piteuse sur le coup. Il faut donc retourner à Rusty's market, alors que je pense qu'Allister est déjà aux mains de la masseuse. Mais avant, détour par le parking de l'esplanade, où Sylvain et Marie sont censés récupérer leurs affaires, laissées dans le van de potes qui doivent partir d'ici ce soir. Sur le parking, les copains ne sont pas là, un coup de fil miraculeux car Sylvain est à bout de batterie et on les localise dans un des backpackers de la ville, en train de surfer sur internet. Conduire jusque là, prendre les clés, revenir sur le parking, prendre les affaires, retourner rendre les clés... Ça me laisse largement le temps de me rendre compte que le numéro d'Allister est noté sur la feuille de témoignage (ce qu'aurait pu me dire la fonctionnaire...), de l'appeler et de lui demander de passer le coup de fil pour changer son adresse.

Re-retour au département des transports, Sylvain démonte ses plaques pour la troisième fois de la journée et je retourne faire la queue. Ticket, numéro, attente, mon tour. Par chance, je tombe sur la même employée et tout avance plus rapidement. En 5 minutes j'ai payé, j'ai mes plaques en main et on les pose sur le van. "Voilà mademoiselle c'est bon vous pouvez y aller vous recevrez votre vignette sous 5 à 7 jours à votre adresse de résidence". Et merde. Je n'avais pas prévu ça, je pensais être libre de partir dès demain... Bien sur Jez pourrait me l'envoyer mais il est si facile à vexer que partir me fait prendre le risque de ne jamais recevoir cette vignette... Bon, on pensera à ça plus tard. Dans l'immédiat, on retourne à Machans Beach pour faire ensemble le virement de mon compte vers le compte de Sylvain et payer enfin le van, qu'il soit à moi. A MOI!

Oui, mais ce n'est pas si simple là encore. Normalement la procédure est toute con : je me connecte en ligne sur ma banque, rentre le rib ou l'iban du compte vers lequel je veux faire un transfert et reçoit un texto de validation qu'il me suffit d'entrer pour confirmer le virement. Un texto? Ah oui, un texto, sur mon ancien numéro français, sur une ligne qui n'existe plus donc... Grumph. Heureusement, maintenant qu'on a dématérialisé le compte en ligne, j'ai un numéro de téléphone qui me permet d'appeler 24h/24. Oui, mais l'agence en ligne ne peut se charger ni de modifier le numéro de téléphone, ni de prendre l'ordre de virement. Il faut que j'envoie un fax à l'agence physique. Un fax. A l'agence physique. Alors d'une à quoi ça sert de dématérialiser si à chaque fois qu'il y a besoin d'une vraie interaction on repasse par l'agence physique? Et de deux, un fax? Non mais sérieusement??? Mais ils vivent à quelle époque pour ne pas accepter les pdfs envoyés par mail? Rien à faire, un mail n'a pas de valeur juridique. On se retrouve donc à bidouiller un ordre de virement sur word, à y ajouter ma signature scannée sur un autre document, à enregistrer ça en format pdf et à l'envoyer à la mère de Sylvain qui a un fax et, miracle, sait s'en servir...

Au final, Sylvain et Marie dormiront ce soir encore dans le van, pour la dernière nuit, et je vais harceler ma banque ces prochains jours pour être sure que le virement passera bien avant leur départ d'australie, mercredi qui vient.